Ordination diaconale de Gérard DAUGE

19 Juin 2017

Gérard Daugé a été ordonné diacre permanent au service de l’Eglise de La Rochelle et Saintes, dimanche 18 juin 2017 à Saintes.

 

Homélie de Mgr Colomb 

Cher Gérard, chers frères et sœurs,
Le dialogue entre Gérard, futur diacre, et moi-même pendant la liturgie de l’ordination qui suivra cette homélie vous indiquera quelle est la mission du diacre. Il s’agira, pour Gérard, de faire progresser le peuple chrétien en aidant l’évêque et les prêtres, de proclamer la foi par la parole et pas ses actes, de célébrer la liturgie des heures, d’intercéder pour le peuple de Dieu et pour le monde entier, de conformer sa vie au Christ dont il prendra le corps et le sang sur l’autel pour le partager aux fidèles. Les lectures de ce jour nous parlent aussi de la vocation du diacre :
 

  • héritier de la tradition, il a mission de la transmettre
  • Sa demeure est demeure de Dieu
  • homme de la mémoire et de l’espérance
  • homme du partage et du service

 

Héritier de la tradition :

Je vous ai transmis la tradition qui vient du Seigneur, écrit Saint-Paul dans la lettre aux Corinthiens. Cette tradition, c’est la foi que nous avons reçue, c’est aussi l’eucharistie que nous célébrons, chers frères et sœurs. « Vous ferez cela en mémoire de moi », nous a demandé le Seigneur !
 

  • ce n’est pas seulement une habitude, un dépôt précieux que nous transmettons
  • depuis 2000 ans, la tradition nous unit au Seigneur
  • nous transmettons le dépôt de la foi. Il vient bien du Seigneur et non de nos petites idées personnelles
  • cette tradition construit le corps du Christ tout au long de l’histoire de l’humanité
  • l’eucharistie, communion au corps du Christ, construit l’unité de l’Eglise et aspire à la communion avec l’humanité.

 
A quoi se mesure notre fidélité ?
 

  • à la récitation d’enseignements reçus : NON !
  • A notre manière de vivre, notre art de vivre !

 
Or, Paul s’inquiète des mauvaises habitudes que sont en train de prendre les Corinthiens. « nous avons tous part à un seul pain », écrit-il. Il fait allusion à la participation aux sacrifices d’animaux par certains convertis ! Quelques versets plus loin, Il leur rappelle les exigences de la vie fraternelle… « Je n’ai pas à vous féliciter, il y a des divisions.. ». Que dirait-il aujourd’hui en voyant tant de schismes et de divisions parmi les chrétiens au XXIème siècle ?…
 
D’où vient l’exigence d’une vie en communion ? Elle vient de l’eucharistie ! « La nuit même où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain ». Paul fait un lien direct entre la passion du Christ et ce geste….entre le don de soi et le partage du pain de vie. Vous ferez ce lien, cher Gérard, entre le don de vous-même par le oui que vous allez dire et le partage du pain de vie avec ceux auxquels vous serez envoyé en mission…
 
De ce malheur de la mort sur la croix…Livré, trahi, incompris, Le Seigneur va faire le geste suprême de l’Alliance entre Dieu et les hommes.  Haine et aveuglement vont conduire à l’amour et au partage (Ma coupe est pour vous, mon corps est pour vous)…
Le pardon, c’est ce don parfait, et par là même, Jésus montre la puissance de l’amour, seul capable de transformer les forces de mort en sources de vie. Il est vraiment grand le mystère de la foi. C’est ce mystère de vie pleine, surabondante, dans le Christ, ce mystère d’amour que nous célébrons ensemble.

Homme qui est dans la demeure de Dieu

               La Bible nous parle de la  « tente » (Ex 26-27) où l’arche de l’Alliance était placée durant la marche au désert du peuple d’Israël, la « tente de la rencontre » (Ex 33) dans laquelle Moïse parlait à son Seigneur comme on parle à un ami.
Le corps de Jésus – la chair du Verbe incarné – est devenu la tente définitive de la rencontre entre Dieu et l’homme, le lieu ultime de l’adoration. Ainsi chaque tabernacle est le rappel de l’événement essentiel (Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous), chaque tabernacle est la tente à l’intérieur de laquelle commence la création nouvelle de ceux qui sont en Christ (2Co 5, 17)…
« Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui », nous dit le Seigneur, dans l’évangile de ce jour.
Par fidélité à l’Incarnation, il n’est pas étonnant que l’Eglise ait très tôt compris sa mission comme une incarnation de surcroît, comme la mission de demeurer en un lieu pour qu’à travers elle, le Christ puisse étendre profondément ses racines dans la pâte humaine. La mission consiste d’abord dans le fait de demeurer, un rétrécissement certes, mais comme l’Incarnation fut un « rétrécissement » de Dieu. Jésus, en effet, n’a pas embrassé l’humanité en étant tout d’abord partout présent. Mais il n’a pu devenir dans sa résurrection universellement « partout présent » que parce qu’il est d’abord apparu dans la singularité du peuple choisi – Israël –, dans la singularité d’un lieu (Nazareth, la Galilée, la Palestine), dans la singularité d’une époque donnée… Il le dit lui-même : « je suis venu pour les brebis perdues de la maison d’Israël ». C’est seulement à l’heure de sa mort qu’il a pleinement découvert que son sacrifice devait être offert pour le salut du monde entier (Jn 12, 32). Ainsi, sans les rencontrer, fait-il dire aux Grecs qui voulaient le voir : « Si le grain de blé tombé à terre ne meurt pas, il reste seul, mais s’il meurt, il portera beaucoup de fruits » (Jn 12, 24). C’est seulement dans l’enfouissement jusqu’au bout – celui du grain de blé qui doit pénétrer dans les profondeurs de la terre – que Jésus a pu devenir à jamais le pain qui donne la vie et que la Syro-cananéenne et tous les païens avec elle ont pu manger (Mc 7, 27-28) et ont pu ainsi avoir part en plénitude au banquet de la vie éternelle.
              C’est dans cette logique de l’Incarnation – magnifiquement illustrée par l’image de la tente – que nous comprenons que l’Eglise a, depuis le début de sa mission, privilégié des façons de « demeurer » – que ce soit dans la figure de la paroisse, du monastère, de la fraternité religieuse… En tous ces lieux rayonne le pain de vie dont nous parle Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui, le Saint-Sacrement et nous nous souvenons que, pour Charles de Foucauld, l’idée première d’aller aux confins vers ceux qui ne connaissaient pas Jésus était de porter le Saint-Sacrement pour qu’il sanctifie dans le silence du désert les habitants de ce lieu comme Jésus, que portait Marie à la Visitation, a sanctifié en silence Jean le Baptiste et Elizabeth.
 Quelles que soient les nécessaires évolutions de la mission, l’Eglise ne pourra jamais passer outre la spiritualité de l’incarnation en faisant brûler en un lieu concret le brasier ardent de sa charité. Ainsi l’Eglise doit entrer profondément dans la chair d’un peuple pour que le Seigneur puisse transfigurer cette chair en l’associant à son eucharistie. En ce sens, la première mission de l’Eglise, c’est de délimiter l’espace sacré de la tente de la rencontre, de « dédicacer » un lieu et un peuple au Seigneur en lui annonçant justement l’Evangile et en célébrant les Saints Mystères dans la langue de ce peuple. Ce sera votre mission, cher Gérard, participer au service de l’autel, porter le pain de vie à ceux qui ont faim d’une nourriture qui est communion au corps du Christ, parler à nos frères malades le langage que vous leur connaissez, dédicacer l’hôpital au Seigneur, pour que cet espace qui accueille nos frères malades ne soit pas lieu d’épreuve ou d’angoisse, mais un foyer d’amour.
C’est cette charité qui a poussé l’Eglise à ne pas rester à Jérusalem, mais qui l’a, au contraire, entraîné vers Antioche, Rome, Alexandrie, l’Europe, l’Asie, l’Amérique et l’Afrique… pour sans cesse planter de nouvelles tentes formant comme une lumineuse constellation de tabernacles qui éclairent le monde.
Ce double mouvement d’enfouissement et de dispersion est remarquable dans la destinée du Père de Foucauld. En effet, il ne put devenir en vérité le « petit frère universel » que parce qu’il s’incarna profondément à Tamanrasset parmi les nomades touaregs,  mais en même temps, c’est parce qu’il s’est mis à l’écoute des appels de l’Esprit, avec son étonnant « sens des circonstances » que louait l’Abbé Huvelin, son directeur spirituel, qu’il a pu se laisser conduire vers ceux qui étaient pour lui les plus éloignés du « banquet divin ». Il faudrait ici relire à profit ce qu’il écrivait au tout début de son sacerdoce : « Prêtre libre du diocèse de Viviers, mes dernières retraites de diaconat et de sacerdoce m’ont montré que cette vie de Nazareth, ma vocation, il fallait la mener, non pas dans la Terre Sainte tant aimée, mais parmi les hommes les plus malades, les brebis les plus délaissées. Ce banquet divin, dont je suis le ministre, il fallait le présenter, non aux frères, aux parents, aux voisins riches,  mais au plus boiteux, aux plus aveugles, aux âmes les plus abandonnées ». Telle est votre belle mission, cher Gérard.

Homme de l’attente et de l’Espérance :

Nous sommes aujourd’hui le corps du Christ en train de grandir.  Chaque fois que nous proclamons le nom du Seigneur, nous annonçons son témoignage d’amour jusqu’au bout
Nous nous engageons dans la grande œuvre de réconciliation et d’alliance inaugurée par Jésus. nous mesurons le prix de la liberté qui nous est donnée par Dieu. Le livre du Deutéronome nous le rappelle  » Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert… Le Seigneur voulait t’éprouver. »  L’épreuve au désert, c’est le lieu de la vérité. Notre dépendance à l’égard de Dieu est vitale pour nous, comme elle le fut pour les Hébreux….C’est le seul moyen de ne pas devenir esclave des autres, c’est la condition de notre liberté. Se reposer sur Dieu, se souvenir du chemin parcouru, se souvenir de nos traversées du désert ! En ce jour de votre ordination, cher ami, vous vous souvenez du chemin parcouru, vous goûtez la pédagogie divine qui vous a fait grandir et cheminer avec vos parents, votre épouse Françoise, vos enfants Guillaume et Floriane, votre famille et nous nous associons à votre action de grâce pour ce chemin de foi et d’espérance parcouru dans la charité. Vous saurez aider vos frères à lire, à relire leur vie, à la Lumière de la parole de Dieu pour leur révéler sa présence en levant le voile qui aujourd’hui la cache à leurs yeux.
Pour la fête du Corps et du sang du Christ, Saint-Jean nous rapporte cette parole de Jésus  » Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous…. Celui qui mangera ce pain vivra éternellement ». Le pain béni par le Seigneur est un don de Dieu. C’est le sens de l’offertoire, de la préparation des dons à la messe. Préparation des dons de Dieu. C’est le sens de votre mission, cher ami qui allez être ordonné diacre « préparez et offrir les dons du Seigneur aux hommes », servir à la célébration de ce sacrement sublime de l’eucharistie, porter la vie à vos frères !
Et Jésus nous dit aujourd’hui ce qu’il disait aux disciples « Donnez leur vous-mêmes à manger ! », et nous disciples du Seigneur, faisons-nous de même ou bien disons-nous comme les disciples : « Renvoyons les chez eux ! » ? C’est votre mission, cher ami, qui allez être ordonné diacre, de donner le corps du Christ, de partager votre foi, votre espérance à vos frères qui n’ont pas eu cette chance de recevoir la foi qui est la vôtre.

Hommes du partage et du service

Les trois évangiles synoptiques (Marc, Matthieu, Luc) rapportent l’institution de l’eucharistie le soir du jeudi saint. Saint-Jean raconte le lavement des pieds : « ce que j’ai fait pour vous, faites le vous aussi… ». Nous sommes les disciples du Seigneur, nous sommes les hommes du partage du pain et du lavement des pieds. Puissions-nous le demeurer ou le devenir ! Vous qui allez être ordonné diacre, vous allez recevoir la force de l’esprit du Christ. Vous devrez, par conséquent, porter devant le monde le témoignage de sa passion et de sa résurrection, si bien que votre vie, pour reprendre une expression de Saint-Paul répande en tout lieu le parfum attrayant de Jésus. Si bien que notre Eglise grandisse par attraction. L’Eglise, peuple de Dieu, qui est le corps du Christ, reçoit de lui des grâces variées, que le Saint-Esprit répartit entre les chrétiens pour que ce corps progresse dans l’unité et la charité. Soyez donc membre vivant de cette Eglise et, sous la conduite de l’esprit saint, efforcez-vous de vous dévouer à tous les hommes, comme le Christ qui n’est pas venu pour être servi, mais pour servir.
Si la paroisse est la figure la plus « incarnée » de l’Eglise qui restera la forme commune de sa présence au monde, aucune paroisse, aucun diocèse ne peut faire l’économie d’une écoute toujours renouvelée de l’Esprit Saint pour être fidèle à sa mission dans les circonstances présentes. Nous savons en effet combien, à cause du péché humain, la mission qui consiste à « demeurer » peut si vite se transformer en un immobilisme qui empêche tout zèle missionnaire. Il faut sans cesse que l’Eglise reprenne le bâton de pèlerin sur les chemins vers les périphéries comme ne cesse de nous le rappeler le Pape François : « Évangéliser suppose que l’Église ait la liberté de sortir d’elle-même. L’Église est appelée à sortir d’elle-même pour aller jusqu’aux périphéries, pas seulement les périphéries géographiques, mais aussi les périphéries existentielles : là où réside le mystère du péché, de la douleur, des injustices, de l’ignorance et du mépris de l’évangile et de la pensée, là où résident toutes les misères ». Et, pour cela, l’Eglise est sans frontière linguistique, culturelle, sociale, humaine !
Il  s’agit d’une véritable expérience spirituelle qui n’est pas l’apanage des monastères ou d’autres lieux de vie communautaire. Votre service en milieu hospitalier, votre participation à la pastorale des jeunes dans notre diocèse vous conduiront vers ces périphéries pour proclamer l’évangile.      
 Cher Gérard, nous prierons pour que vous soyez un bon serviteur des pauvres, de la parole, de l’autel. Que Dieu vous donne la grâce de grandir dans ce service qui est désormais le vôtre dans l’Eglise !
+ Georges Colomb

Retour en images sur l’ordination

 

 
Vidéo de l’ordination avec RCF17
 

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