Messe de Requiem pour le Père Louis Morandeau : homélie de Mgr Colomb

11 Juil 2021

Les relations fraternelles doivent primer sur la recherche de l’efficacité, a indiqué Mgr Georges Colomb lors de l’homélie pour la messe de requiem du Père Louis Morandeau, le samedi 10 juillet 2021 à Montlieu-la-Garde (Charente-Maritime). Agé de 73 ans, le Père Louis est mort brutalement le 8 juillet dernier après 45 ans de sacerdoce.

Issu de la Congrégation, le Père Louis Morandeau (1948-2021) qui vient de nous quitter a su mettre en valeur les talents qui lui avaient été donnés par le Créateur. Il avait notamment une attention particulière pour les familles, pour les préparations au mariage, a salué l’évêque de La Rochelle et Saintes. Il avait un don pour l’accueil fraternel, menait une vie simple et savait recevoir chez lui chacun, sans distinction.

« Le départ du père Louis, que nous confions à la miséricorde de Dieu, vient nous rappeler la brièveté et en même temps l’importance du temps qui passe, a indiqué Mgr Colomb. Ne perdons pas notre temps et attachons toujours plus d’importance aux relations fraternelles. Interrogeons-nous sur celles-ci : elles doivent avoir la première place avant la recherche de je ne sais quelle efficacité ».

Montlieu-la-Garde, le 10 juillet 2021

Chers frères et sœurs,

Le pape François ne cesse de le répéter : « Soit l’Église est en sortie, soit elle n’est pas l’Église. Soit elle est annonce, soit elle n’est pas l’Église ». A tous les baptisés, incombe la mission de rendre le Christ visible notamment en vivant sur le mode missionnaire « les choses les plus ordinaires de la vie quotidienne ». Chacun doit le faire selon son état de vie, en faisant fructifier les talents donnés par le Seigneur. Soyons conscients de la beauté de notre baptême qui fait de nous des prêtres, des prophètes, des rois !

Le Père Louis qui nous quitte, que nous vénérons ce soir tout particulièrement, a mis en valeur les talents, notamment son attention spéciale pour les familles, pour les préparations au mariage. Il avait un don pour l’accueil fraternel, la vie simple avec les paroissiens, sans distinction. Nous sommes un peuple de prophète !

« Je n’étais pas prophète ni fils de prophète ; j’étais bouvier, et je soignais les sycomores ». Il a plu à Dieu d’avoir besoin des hommes pour accomplir son œuvre de salut. Dieu n’appelle pas les hommes les plus hauts placés, il appelle largement car la moisson est abondante. Aucun de nous n’est trop ignorant, trop fragile, pour être écarté de la mission. Samuel, Élie, Amos, Isaïe… jusqu’à Jean Baptiste, jusqu’aux disciples d’aujourd’hui, des hommes se lèvent pour, sans ménagement, sans peur, dire à d’autres hommes leur péché, la miséricorde de Dieu et les chemins de la conversion.

Ce que le prophète dévoile, ce n’est pas l’avenir mais l’absolu de Dieu qui traverse tous les âges pour se révéler aux hommes. Ce que le prophète annonce, ce n’est pas sa parole personnelle mais la parole de Dieu. Soyons à l’écoute de la Parole de Dieu, comme nous y invite le psalmiste et nous pourrons entendre le cri des hommes. Les premiers envoyés en mission sont les Douze, les Apôtres. Mais Dieu compte sur nous tous car tous nous avons été « comblés des bénédictions de l’Esprit ». A nous qui avons tant reçu, nous qui avons eu la chance de rencontrer Jésus et la foi, il nous est demandé de donner à notre tour et de témoigner de l’amour que nous avons reçu.

Alors comment faire ? Nous n’allons pas partir sur les routes sans vêtement de rechange, sans pain ni nourriture ! A nous d’adapter aux réalités de notre vie l’appel de Jésus en y répondant avec la même radicalité évangélique que les apôtres. A nous d’apporter à nos frères et sœurs le pain de l’amitié, la tendresse de l’écoute. A nous de partager vraiment, sincèrement avec eux, l’ordinaire des jours car c’est là que Dieu veut se manifester. Toute cette part-là dépend de nous. Mais le résultat final de l’évangélisation ne peut être que l’œuvre de Dieu. De nos jours, de nombreuses personnes semblent indifférentes au message de l’évangile ou ne veulent pas entendre. Est-ce parce que l’évangile dérange ou bien parce que nous, chrétiens, sommes trop loin d’eux ?

Au cours des derniers mois, le Père Louis a vécu de près cette affaire qui s’est passée il y a plus de vingt ans au Rwanda. Il a fait preuve de tellement d’empathie, qu’il a pris sur lui toute cette souffrance humaine, cette douleur. Nous avons mesuré ces dernières semaines combien les appels des journalistes, les visites et les interviews ont été pour lui une source préoccupation et de grande tristesse. Il en venait même à pleurer…

Le départ du père Louis nous interroge tous sur la famille que nous formons. Les religieux ont une famille : ils vivent en communauté. Les cloitrés, les contemplatifs également. Les prêtres séculiers, notamment les prêtres diocésains, ont une famille qui n’est pas religieuse mais qui est ecclésiale : c’est le peuple auquel ils sont envoyés. La famille d’un prêtre, c’est sa paroisse et ses paroissiens. Nous en avons tous une famille, en plus de notre famille biologique.

Laissons l’Esprit-Saint agir. Comme le levain dans la pâte, il travaille mystérieusement les cœurs et, peut être, un jour, le cœur aujourd’hui fermé s’ouvrira ! L’important c’est que le grain soit semé. Nous sommes les semeurs de la Bonne nouvelle et nous pouvons trouver, dans notre vie quotidienne, mille occasions de semer, dans le service rendu, dans la parole donnée, dans l’écoute fraternelle, dans le partage du repas et de la joie de vivre, dans la fraternité et la solidarité, dans les épreuves et les difficultés de la vie.

L’été est la saison des rassemblements familiaux et amicaux. Nous avons été éprouvés par le confinement, par les restrictions et privations de visites et de rencontres aux êtres chers. Ouvrons nos maisons, nos cœurs, pour nous faire accueil et partage de la bonne nouvelle. Ouvrons nos églises, maisons de Dieu, maisons du peuple, lieu du recueillement, de la prière, de l’écoute, du partage, lieu de la rencontre avec le Seigneur dans le sacrement de l’eucharistie.

Le départ du père Louis, que nous confions à la miséricorde de Dieu, vient nous rappeler la brièveté et en même temps l’importance du temps qui passe. Ne perdons pas notre temps et attachons toujours plus d’importance aux relations fraternelles. Interrogeons-nous sur celles-ci : elles doivent avoir la première place avant la recherche de je ne sais quelle efficacité.

+ Georges Colomb
Evêque de La Rochelle et Saintes

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