Pâques 2021 : la pierre d’angle de nos vies

4 Avr 2021

Le psaume 117 nous le dit et nous l’avons chanté : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ». Ce psaume est devenu l’exultation par excellence. Le Christ est cette pierre méprisée, rejetée par les bâtisseurs : il est devenu la pierre d’angle, la pierre de fondation de l’humanité nouvelle. Désormais, l’humanité libérée de la mort peut chanter avec lui : « Non, je ne mourrai pas, je vivrai pour annoncer les actions du Seigneur ». N’ayons pas peur des pierres rejetées, c’est la rançon de la liberté ! N’ayons pas peur d’être nous-mêmes la pierre rejetée. Ne tombons pas dans les pièges d’une société qui flatte notre ego de consommateur ou d’électeur.

Sachons rester des serviteurs du Christ. C’est-à-dire, des serviteurs du Bien commun, de nos frères les plus pauvres, de l’évangile, du Christ, en l’annonçant par le témoignage de notre vie, malgré le péché qui est le nôtre. Ne cherchons pas à plaire aux foules qui complotent, accusent et condamnent ! Quelle est la pierre angulaire de notre vie ? Sur qui repose-t-elle ? Qui est celui qui oriente nos choix, nos décisions importantes pour la vie familiale, l’éducation des enfants ?

Il est ressuscité, il nous élève pour que notre vie ait le niveau de la croix, le niveau de l’amour divin

Soyons clair, nous ne trouvons, nulle part dans l’écriture, une phrase pour dire que le messie ressuscitera. Au bord du tombeau vide, Pierre et Jean ne viennent donc pas d’avoir une illumination comme si une phrase précise, mais oubliée, de l’Ecriture revenait à leur mémoire ; mais, tout d’un coup, c’est l’ensemble du plan de Dieu qui leur est apparu ; comme dit Saint-Luc à propos des disciples d’Emmaüs, leurs esprits se sont ouverts à « l’intelligence des Ecritures ».

A notre tour, nous n’aurons jamais d’autre preuve de la résurrection du Christ que ce tombeau vide… Dans les jours qui ont suivi la crucifixion, il y a eu les apparitions du Ressuscité. Mais aucune de ces preuves n’est vraiment contraignante… Notre foi devra toujours se donner sans autre preuve que le témoignage magnifique des communautés chrétiennes qui l’ont maintenue jusqu’à nous. Mais si nous n’avons pas de preuves, nous pouvons vérifier les effets de la résurrection. Comme l’écrit Saint-Paul, la transformation profonde des êtres et des communautés qui se laissent habiter par l’Esprit est la plus belle preuve que Jésus est bien vivant ! Si vous êtes ressuscité avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut ! Il faut regarder le monde du haut de la croix, c’est-à-dire avec les yeux de l’amour !

Si le Christ n’est pas ressuscité, nous dit Paul, vide alors est notre message, vide aussi notre foi.” (1 Cor 15, 14). On ne saurait être plus clair ! Face au mystère de la mort, entrons-nous en vérité sur le chemin de vie que nous ouvre le Christ et que nous propose l’Eglise ? Ou bien, nous laissons-nous gagner par le désespoir du matérialisme et de l’individualisme ambiants ou encore par les vagues promesses teintées de New Age et d’ésotérisme de croyances qui voudraient faire fi de la tragédie de la vie humaine vouée à la mort sans l’intervention gratuite et salvifique du Père ?

Les femmes au tombeau, mais aussi les cinq cents frères (1 Cor 15, 3-8) auxquels Jésus ressuscité est apparu, de Thomas aux pèlerins d’Emmaüs, de Paul à la foule des saints qui ont eu la vision du Christ ressuscité, une chaîne ininterrompue se déroule au travers des siècles et dans cette chaîne, frères et sœurs, vous avez votre place, une place unique que vous seul pouvez occuper.

Oui, vous êtes, vous aussi, appelés à témoigner de la résurrection du Christ et de la foi qui vous fait vivre. Le mal, la mort, le péché n’ont plus le dernier mot, et de cela vous aussi êtes les témoins. C’est dans la mort et la résurrection du Christ que vous avez été baptisés, dans cette mort et cette résurrection que des milliers de catéchumènes, parfois au péril de leur vie, ont été baptisés hier ou seront baptisés aujourd’hui et dans les semaines à venir dans le monde entier. Nous sommes solidaires avec eux dans la foi. Avec eux, nous formons l’Eglise, une sainte, catholique et apostolique.

Malgré les faiblesses et les pauvretés de certains, l’Eglise est dépositaire du don de la foi, du don de l’espérance, du don de la charité et rien ne doit ni ne peut nous séparer de l’amour du Christ. Aujourd’hui le Christ vient à nous. Il est sacramentellement et vraiment présent. Le Christ vu par les témoins de la résurrection, nous allons le recevoir dans l’Eucharistie. Il nous ouvre ses bras en nous donnant son pardon dans le sacrement de la réconciliation. Il est présent et agit en nous dans chacun des sacrements que nous recevons depuis notre baptême.

Aujourd’hui nous sommes devant le tombeau vide. Avec Jean qui a cru sans hésitation, avec Pierre qui, par trois fois, a renié le Seigneur, avec les saintes femmes, nous sommes appelés, chacun de nous, dans l’état de vie qui est le nôtre, à cette rencontre personnelle, intime et réelle avec le Christ. Puissions-nous, avec l’aide de l’Esprit Saint, prendre conscience du bouleversement de l’histoire des hommes qu’a introduit le matin de Pâques ! Depuis ce jour-là, malgré nos larmes, nos souffrances, nos échecs, la joie est possible, elle nous est offerte, avec l’espérance car nous sommes déjà ressuscités dans le Christ ! Comment entrer dans cette vie nouvelle ?

A la suite du Seigneur : faire le bien !

Avec Marie-Madeleine, venons chaque premier jour de la semaine, trouver les disciples : la communauté église ; célébrons ensemble le mémorial vivant et vivifiant du Ressuscité : l’eucharistie ; faisons des 52 dimanches de l’année une unique Pâque déchirant la prison du temps et goûtant déjà l’éternité. Avec Simon Pierre contemplons avec humilité les signes qui nous sont donnés : l’eau et le chrême du baptême, le pain et le vin de l’autel. Illuminés par les paroles de l’écriture nous découvrirons la présence et l’action du Ressuscité. Avec le disciple qu’il aimait, laissons nous saisir par la grâce de notre baptême qui fait de nous des hommes nouveaux.

Que dimanche après dimanche, Pâques après Pâques, nous soyons toujours plus transformés en Lui jusqu’au jour où, Lui étant devenu semblables, nous le verrons tel qu’Il est (cf. I Jn,3,2).Le discours de Pierre à Césarée nous rappelle que c’est Dieu qui agit : « Jésus de Nazareth, Dieu l’a consacré par l’esprit saint et l’a rempli de force ». Jésus de Nazareth était un homme apparemment semblable à tous les autres, mortel, il faisait le bien, il guérissait… ». Pierre, dans un premier temps, présente Jésus comme il le ferait pour tout homme remarquable par sa vie. Quand il parle du Christ, il utilise un autre langage : « Dieu l’a ressuscité, il lui a donné de se montrer aux témoins qu’il avait choisis d’avance, Dieu l’a choisi comme juge des vivants et des morts… »

Désormais, Pierre vient de le comprendre, tout homme, juif ou païen, peut, grâce à Jésus-Christ, être, lui aussi, consacré par l’esprit saint et rempli de sa force ! Voilà la beauté de notre foi, voilà sa richesse. Chacun de nous est appelé à recevoir l’esprit saint et à en vivre ! Nous pourrons, à notre tour, faire le bien, apporter la guérison des détresses de la vie que nos frères attendent parfois. En ce jour de joie faisons nôtre la prière du pape François : « Que le Seigneur nous fasse participer à sa Résurrection : qu’il nous ouvre à sa nouveauté qui transforme, aux surprises de Dieu qui sont si belles ; qu’il fasse de nous des hommes et des femmes capables de faire mémoire de ce qu’Il accomplit dans notre histoire personnelle et dans celle du monde ; qu’il nous rende capables de le reconnaître comme étant le Vivant, qui vit et agit au milieu de nous ; qu’il nous enseigne chaque jour, chers frères et sœurs, à ne pas chercher parmi les morts Celui qui est vivant », afin qu’en Lui et pour Lui nous puissions vivre à jamais, dans le réconfort et la paix.

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