Homélie donnée par Mgr Colomb pour la fête de Toussaint 2017

1 Nov 2017

 Homélie donnée par Mgr Colomb pour la fête de Toussaint 2017

 
Nous sommes cette foule immense de témoins du Christ
Foisonnant d’images, le Livre de l’Apocalypse déroute le lecteur moderne. Jean, exilé à Patmos s’adresse ici aux sept Eglises d’Asie Mineure. Persécutées, ces Eglises doivent être affermies dans la foi  et protégées des faux prophètes qui ajoutent trouble et confusion dans l’esprit des croyants.
Le genre littéraire  du livre de l’apocalypse touche le cœur et l’imagination autant que l’intelligence. Il était  bien connu dans les temps anciens. Les apocalypses juives cherchaient à déterminer le temps et les circonstances des derniers jours. L’Apocalypse de Jean, sous la mouvance de l’Esprit Saint, nous exhorte à la vigilance, au courage et à l’espérance.
Le jour du jugement viendra et Jean s’interroge : « qui peut subsister? » (Ap 6,17). Question que nous sommes en droit de nous poser ! L’humanité marquée par le péché a besoin d’être sauvée. la lecture nous montre l’ange de Dieu envoyé pour marquer de son sceau le front des serviteurs de Dieu. Par le baptême, le Dieu tout-puissant, Père de notre Seigneur Jésus Christ, nous a   libérés du péché et  nous  a fait renaître de l’eau et de l’Esprit. Nous faisons partie de son peuple, nous avons été marqués de l’huile sainte le jour de notre baptême et nous demeurons éternellement les membres de Jésus Christ, prêtre, prophète et  roi. »
Les premiers marqués du sceau ce sont les « cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des fils d’Israël. » On a beaucoup glosé à la fois sur le nombre, 144 000 et sur la question des tribus d’Israël. 144 000 est multiple de 12 et ce nombre implique toujours l’idée de quelque chose de parfait en vue de l’accomplissement de l’œuvre de Dieu (les 12 patriarches, les 12 apôtres….). Ce qui compte n’est pas une quantité arithmétique. 144 000 représente le peuple de l’ancienne Alliance, celui de la nouvelle Alliance et l’ensemble des tribus, nations et peuples du monde qui ont ouvert leur cœur à la Bonne Nouvelle de Jésus Christ. C’est l’Eglise, rassemblement du peuple de Dieu, capable de proclamer que le salut est offert à tous les croyants.
Jean voit une foule  vêtue de robes blanches.  » Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils, et d’où viennent-ils ? » Ce sont « Ceux-là viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes,ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau « . Ce sont les martyrs, au sens propres du terme, les témoins. Nous sommes sûr que si par notre vie, nous témoignons de l’évangile, de sa force d’amour, de pardon, de vie renouvelée, de guérison offerte, alors nous ferons partie de ce peuple d’élus. Même si nous sommes encore prisonniers des tribulations de ce monde, nous pouvons en avoir la certitude : nous faisons partie du peuple de Dieu, ce peuple immense qui s’étend jusqu’aux confins de la terre, ce peuple des croyants, et nous sommes déjà et pour l’éternité un peuple  racheté, délivré, préservé. Tel est le message d’espérance qui nous est délivré aujourd’hui. Nous pouvons donc penser aux êtres chers que nous honorons en effectuant une visite au cimetière, à ce que nous avons reçu d’eux comme témoignage de belle vie, à leur foi vécue que Dieu seul connaît, à l’esprit qui les a habités.  Ils sont avec les élus auprès de Dieu.

Ne soyons pas victimes des idoles, nous sommes des hommes libres !

« Qui peut gravir la montagne du Seigneur ? » interroge le psalmiste. Nous pensons à Moïse qui demande : « Je t’en prie, laisse-moi contempler ta gloire » et auquel Dieu répond : « Je vais passer devant toi avec toute ma splendeur, et je proclamerai devant toi mon nom qui est : LE SEIGNEUR. Je fais grâce à qui je veux, je montre ma tendresse à qui je veux ». (Exode 19)
Mais pour que cette rencontre soit possible l’homme doit purifier son cœur et choisir de renoncer aux idoles pour n’adorer que le Dieu unique. Il faut être un homme au cœur pur, aux mains innocentes, qui ne livre pas son âme aux idoles, comme nous le rappelle le psalmiste. Cet homme-là  » obtient, du Seigneur, la bénédiction et de Dieu son Sauveur, la justice. »
Tout au long de son histoire, dispersé parmi les nations païennes, le peuple d’Israël sera rappelé à l’ordre par les prophètes « Ils ont sacrifié à des idoles qui ne sont pas Dieu, à des dieux qu’ils ne connaissaient point. Ils se sont fait un veau en fonte, ils se sont prosternés devant lui, ils lui ont offert des sacrifices. Or Dieu, comme le rappelle Saint-Jean, nous place au coeur, au centre de ce monde. C’est l’homme qu’il faut servir. En le servant, c’est Dieu qui est servi. Dans sa première lettre Jean nous invite à contempler l’amour de Dieu pour l’humanité, celui qui nous établit comme des  fils « pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes ». Ne soyons pas addicts des idoles du temps présent et sachons préserver la liberté, fruit de notre baptême dans l’esprit !

Un bonheur paradoxal mais vrai !

C’est un bonheur paradoxal qui est annoncé : Heureux les pauvres, heureux ceux qui pleurent, heureux ceux qui ont faim et soif de justice…… Car Jésus connaît l’état de ce monde qu’il est venu sauver et le fond du cœur des hommes assoiffés de bonheur mais prêts à tous les égarements. Jésus dans son enseignement s’adresse aux disciples qui seront envoyés en mission et qui donneront leur vie pour le Royaume, il ne déroule pas un programme politique plein de promesses pour être élu. Vivre les Béatitudes est indispensable pour entrer dans le chemin qui mène au Royaume, pour devenir disciple, pour être envoyé en mission.
C’est une mission qui est confiée, d’abord à son « premier cercle », les douze qu’il a appelés, mais aussi à  tous ceux qui, dans la foule immense entendront ses Paroles, les laisseront germer dans leur cœur et qui, à la question de Dieu : » Qui enverrai-je, et qui marchera pour nous? » répondront  » Me voici, envoie-moi! » (Esaïe 6, 8-9)
Dans un message adressé à la jeunesse du monde en 2014, le Pape François s’exprimait ainsi : » Cela fait toujours du bien de lire et de méditer les Béatitudes ! …Les Béatitudes de Jésus sont porteuses d’une nouveauté révolutionnaire, d’un modèle de bonheur contraire à celui qui nous est communiqué habituellement par les médias, par la pensée dominante. »(Message du pape François pour la XXIXe Journée Mondiale de la Jeunesse 2014)
Annoncer les Béatitudes a toujours été difficile. Mais aujourd’hui comme hier, notre monde est marqué douloureusement par des pauvretés nouvelles, des guerres fratricides, des injustices… la violence. Dieu qui a créé et sauvé ce monde porte un regard miséricordieux sur l’homme qui souffre. Jésus a passé sa vie terrestre à guérir, consoler, apaiser, Dieu en Jésus ne peut être suspecté d’une complicité morbide avec le malheur, la maladie, la pauvreté. Ceux qui sont proclamés heureux le sont parce qu’ils placent avant tout, même avant leur statut social, la justice, la solidarité, la consolation des affligés, la douceur dans la vie quotidienne, la recherche de la paix, le sercice de la vérité !
Ce chemin suivi par Dieu lui-même est le chemin proposé aux bienheureux. A la femme qui l’interpellait : » Heureuse la mère qui t’a porté en elle ! », Jésus répond : »Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent !  » (Lc 11, 27-28). Le secret, la source de ce bonheur réside dans la Parole de Dieu méditée, répétée, vécue ! Tout est affaire de discernement dans notre vie quotidienne, sur ce chemin de bonheur auquel nous aspirons. Le monde nous propose des chemins de bonheur, et il ne faut pas les mépriser car ils sont si nombreux ceux qui en sont privés ! Mais pour reprendre l’injonction du pape François à la jeunesse « Si vraiment vous laissez émerger les aspirations les plus profondes de votre cœur, vous vous rendrez compte qu’il y a une soif inextinguible de bonheur en vous, et c’est cela qui vous permettra de distinguer et de refuser les nombreuses offres “à bon prix” que vous rencontrez autour de vous. Quand nous recherchons le succès, le plaisir, la possession égoïste et que nous en faisons des idoles, nous pouvons, certes, expérimenter des moments d’ivresse, une fausse impression de satisfaction ; mais à la fin nous devenons esclaves, nous ne sommes jamais satisfaits, nous sommes poussés à vouloir toujours plus…. »

Le chemin du disciple sur lequel nous sommes tous appelés, est autre. Il est chemin de sainteté.

« Le Seigneur nous appelle à un style de vie évangélique caractérisé par la sobriété, à ne pas céder à la culture de la consommation effrénée. Il faut rechercher ce qui est essentiel, apprendre à se dépouiller des mille choses superflues et inutiles qui nous étouffent. Mettons Jésus à la première place. Lui peut nous libérer de l’idolâtrie qui nous rend esclaves » rappelait le pape François.
Jésus à la première place, et tous proches de lui, le pauvre, l’affligé, celui qui œuvre et qui prie pour qu’advienne en ce monde plus de paix, de justice, celui qui est capable de pleurer devant l’insondable douleur du monde comme Jésus devant le mystère de la mort de son ami Lazare,  celui qui, avec douceur et persévérance, ne se résigne pas, tous ceux-là sont lavés dans le sang de l’Agneau et admis à la contemplation éternelle du Visage de Dieu.  Ils sont les saints qui nous précédent dans le Royaume. Nous le savons bien pour avoir vécu avec des êtres chers qui nous ont quittés, ce chemin de sainteté est notre vie quotidienne ! Bonne fête de Toussaint en communion avec nos parents et amis qui sont particulièrement dans nos pensées et notre prière aujourd’hui.
+ Georges Colomb
 
 
 

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