Homélie donnée par Mgr Colomb dimanche 19 avril 2020

19 Avr 2020

    Dimanche de la Miséricorde   

    « Heureux ceux qui croient sans avoir vu »

(Ac 2, 42-47; Ps 117 (118), 2-4, 13-15b, 22-24); 1 P 1, 3-9; Jn 20, 19-31)

« L’humanité ne trouvera pas la paix tant qu’elle ne se tournera pas avec confiance vers ma Miséricorde » voilà le message de Jésus à Sœur Faustine, un message qui résonne cette année avec une force particulière en ce dimanche de la Miséricorde, alors que l’humanité se découvre vulnérable, fragile, comme livrée à elle-même, à la merci d’un virus si petit et pourtant si puissant qu’il fait vaciller toutes nos certitudes. Pourtant la Miséricorde de Dieu, manifestée dans le sacrifice de la Croix est offerte à l’humanité. Sans relâche, Jésus vient à nous, comme il le fit pour Thomas. Tous nous sommes invités à faire l’expérience du Christ ressuscité, tous nous sommes appelés pour être envoyés vers nos frères.

Faire l’expérience du Christ ressuscité

Dans les premières communautés les croyants « étaient assidus à l’enseignement des Apôtres, à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières », nous rapporte Luc.

L’enseignement des Apôtres, la communion et les prières, sont comme les trois piliers d’une vie de croyant.

Se laisser enseigner c’est entrer humblement dans un chemin de conversion pour reconnaître combien nous avons besoin de la miséricorde de Dieu que nous devons sans cesse demander dans nos prières, recevoir dans les sacrements. Nos sociétés et nous-mêmes, à titre personnel, avons acquis un sentiment diffus de toute puissance et d’invulnérabilité. Rien ne semble devoir nous résister ! Nous pensons pouvoir tout maîtriser, tout expliquer. Quand quelque chose nous échappe, et c’est bien ce que nous vivons aujourd’hui dans l’expérience de la pandémie et du confinement imposé, il semble que le sol se dérobe sous nos pas. Devant ces scientifiques qui reconnaissent leur ignorance, que deviennent toutes les promesses de la modernité ? Nous n’étions pas sortis du scientisme, du positivisme du XIXème siècle. Nous avions oublié ce que Rabelais nous enseignait, que la science sans la conscience n’est que ruine de l’âme.  Il est vain de chercher des responsables. Il est préférable de se souvenir que, quelle que soit notre puissance, l’homme n’est rien sans la miséricorde de Dieu.

C’est bien en Dieu seul que se trouve notre salut comme le dit le psaume « On m’a poussé, bousculé pour m’abattre ; mais le Seigneur m’a défendu. Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ; il est pour moi le salut. « Nous pouvons être « affligés  pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves », comme le dit Pierre, mais nous savons, dans la foi, soutenus par la prière et les sacrements, que notre Dieu est Dieu de miséricorde qui « nous a fait renaître pour une vivante espérance, grâce à la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts ».

C’est de cette foi vivante dont nous sommes les héritiers. C’est le même esprit – saint qui, aujourd’hui, comme hier, nous rassemble et nous invite à faire l’expérience du Christ ressuscité. Comme Thomas, nous connaissons le doute. Parfois, nous avons peur et nous nous  divisons. Le Christ vient à nous. Il prend l’initiative : « Jésus vint, et il était là au milieu d’eux », nous dit Jean. Oui, sans relâche, Jésus vient à nous, nous laissant contempler ses plaies, preuves de l’amour ultime dont il nous a aimés.

A Thomas qui a refusé de se fier au témoignage de ses frères il ne fait aucun reproche. Dieu sait combien il est difficile aux hommes de croire. « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant ».

A nous il fait une promesse plus grande encore « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ». Heureux sommes nous en effet, quand notre cœur devient brûlant de la présence vivante du Seigneur ressuscité et que, dans l’Esprit Saint, nous pouvons dire « Mon Seigneur et mon Dieu » !

De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie

Cette révélation, nous ne saurions la garder jalousement pour nous seuls. Ayant reconnu, en Jésus ressuscité, le Messie, le fils de Dieu, ayant reçu sa paix, sa miséricorde et le don de son esprit, voici que nous sommes envoyés vers nos frères : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie », dit Jésus aux disciples. Ne  verrouillons pas nos portes à double tour. N’ayons pas peur de ce monde et de ce qu’il contient, n’ayons pas peur de la maladie, du virus, de l’isolement, vivons en chrétiens, c’est-à-dire dans la présence du Christ ressuscité qui offre à tous les hommes sa miséricorde. L’humanité souffrante attend la révélation du Sauveur.   Abandonnons-nous dans la confiance, pour nous-mêmes et pour nos frères. Rappelons-nous que c’est sa paix qu’il nous donne, c’est-à-dire la sérénité d’un cœur qui se sait sauvé, aimé et pardonné.  Là où Dieu est présent, l’espérance est vivante. Offrons au monde l’expérience du Dieu vivant et miséricordieux. Rendons le visible dans nos communautés, même dispersées par l’épidémie. La fraternité n’attend pas. La prière n’attend pas non plus.  Ce voisin, cette relation trop longtemps oubliée, ce parent éloigné, attendent un signe de notre part. L’humanité malade, crucifiée, nous donne des frères à aimer, comme le Christ nous a aimés. Notre société, de plus en plus judiciarisée, cherche sans cesse des responsables, veut des jugements, des procureurs, des accusés, parce que tout doit réussir, tout doit être payé, tout est dû ! L’échec, la faute, l’erreur, sont inconcevables. Le Seigneur vient nous donner, comme il le fit à sainte Faustine, un autre langage, celui de la miséricorde. La miséricorde de Dieu est à l’œuvre en ce monde, elle a besoin de notre voix, de nos mains, de notre sens de la fraternité.

+ Georges Colomb

Évêque de La Rochelle et Saintes

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