Homélie donnée par Mgr Colomb dimanche 14 juin

15 Juin 2020

           Fête du Saint-Sacrement

Dt 8, 2-3.14b-16a;  Ps : 147, 12-13, 14-15, 19-20; 1 Co 10, 16-17 ; Jn 6, 51-58

« Souviens-toi ! »

Souviens-toi, n’oublies pas, voilà ce qui pourrait être un commandement à méditer! L’homme moderne est l’homme de l’instantanéité, des chaînes d’information en continu et des SMS. Un événement chasse l’autre. La crise du coronavirus est presque derrière nous. Que sera le prochain scoop ?   Face à cette frénésie, l’homme de foi, est l’homme de la mémoire. Il détecte dans sa vie personnelle et au-delà, dans la vie de son peuple, les traces de Dieu. Aussi fragiles, aussi légères que la rosée, que le souffle du vent, que le frémissement des feuilles, Dieu passe, Dieu traverse ce monde pour y écrire une histoire d’amour. Et comme dans toute histoire d’amour il y a des dates, des souvenirs, des événements fondateurs. Le peuple de l’Ancienne Alliance est aujourd’hui encore le peuple de la mémoire. La libération d’Egypte, la traversée du désert, sont des événements fondateurs dans lesquels l’amour de Dieu pour l’humanité se révèle. Mais ils sont souvenirs. A nous chrétiens, le Christ a donné le signe le plus essentiel : il s’est livré lui-même, il se livre aujourd’hui, se faisant nourriture  dans le pain et dans le vin devenus son corps son sang. La célébration eucharistique actualise le goût et la force du don de Dieu, pour chaque baptisé, appelé, aimé, pardonné, pour l’Eglise, corps vivant et missionnaire, sous la mouvance de l’Esprit.

Souviens-toi, toi qui a été baptisé dans la mort et la résurrection du Christ ! L’eucharistie nous fait entrer dans la filiation du don de soi à la suite de Jésus !

C’est librement que le Christ a donné sa vie pour toi, et c’est librement que tu es appelé à entrer dans l’histoire du salut. Dieu se donne à chacun de nous depuis le baptême, dans le pardon, dans le pain et le vin. Quand je vais à la messe, je n’y vais pas d’abord pour rencontrer mes amis et avoir des nouvelles des voisins, même si l’amitié est importante. Pour cela il y a le club de sport, l’association philatélique et le loto du dimanche. Je n’y vais pas d’abord pour la musique et les chants, même si la beauté est importante aussi  car elle soutient la prière. Quand je vais à la messe, je n’y vais pas d’abord pour le prêtre qui célèbre, même si sans lui rien ne serait possible. Que je l’apprécie ou pas, que je dorme pendant l’homélie ou que je la trouve particulièrement inspirée,  cela ne change rien à l’essentiel à savoir que cet homme agit en lieu et place du Christ qui se livre pour moi.  Car quand je vais à la messe, j’y vais pour Jésus, j’y vais pour le Christ.  « Souviens-toi de Jésus Christ, ressuscité d’entre les morts » dit Paul (2Tm 2,8).  Comme un ouvrier patient et besogneux, comme un athlète recommençant sans cesse le même geste pour le parfaire, comme un soldat avec bravoure et persévérance, recherchant toujours la justice, la paix, la foi et vivant dans la charité, je viens vers toi Seigneur pour apaiser ma faim, étancher ma soif. Il m’est indifférent de savoir que la manne qui a nourri les hébreux au désert soit ou non le fruit d’un arbre. Il m’est indifférent d’entrer dans la querelle des juifs qui s’interrogeaient, avec une certaine légitimité du reste  » Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? « Ce que je sais, car à chaque eucharistie je m’en souviens, c’est que par le don de sa vie Jésus le Christ a libéré l’Esprit et que depuis le royaume des cieux est en marche. Je le sais parce que la foi me l’enseigne, je le sais aussi par la brûlure d’amour qui déchire mon cœur, qui a déchiré mon cœur, même si ce n’est qu’une seule fois dans ma vie, quand le Christ m’a fait signe. Et à chaque eucharistie, je me souviens du passage de Dieu dans ma vie, dans les ouragans et les tempêtes, comme dans la brise légère et le murmure du vent (1 R 19). Quand épuisé, je dis à Dieu dont je ne connais pas le visage « ça en est trop ! Reprends ma vie », je sais que Dieu me répond dans le Christ qui me révèle le visage du Père:    « Lève-toi, et mange ! » (1 R 19, 4-5)  Lève-toi et mange car il ne s’agit pas que de toi. Au-delà de toi il y a le monde à sauver, le genre humain à relever, l’Eglise à construire. L’eucharistie nous fait entrer, avec Jésus,  dans la filiation du don de soi. Elle ouvre notre cœur sur toute l’humanité !

Souviens-toi, que tu es membre du corps dont le Christ est la tête !  

Quand Dieu en Jésus-Christ vient se livrer par amour des hommes, c’est au service de la multitude qu’il se donne, pain et vin pour le salut du monde. Cette multitude n’est pas foule anonyme et indifférenciée, elle est corps rassemblé. Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain ». Malgré nos différences, au-delà de nos querelles que nous pouvons croire légitimes, l’Eucharistie qui nous sauve nous constitue en un seul corps.  En quoi est-ce si important, me direz-vous ? C’est important car ce n’est que dans la mesure où nous vivons dans l’unité, rassemblés par une parole de vie et par les sacrements,   aussi imparfaite que soit cette unité, que nous pouvons être signes pour ce monde. Se savoir membre du Corps qu’est l’Eglise, c’est accepter d’entrer dans un dessaisissement de soi-même, de ses égoïsmes, de ses certitudes, de son besoin si humain de tout comprendre. La division rend inaudible le message d’amour de Dieu pour le monde, et de ce message, nous ne sommes que les dépositaires. Rien ne nous autorise, à cause de notre attitude, à priver le monde de la Bonne Nouvelle du salut. Comme Jean le Baptiste, nous sommes là pour montrer celui qui vient  » Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29). La foi en Jésus Christ, en faisant de nous les membres d’un corps vivant, nous constitue comme témoins devant l’humanité qui « gémit dans les douleurs de l’enfantement » (R 8,22) du fait que Dieu n’abandonne pas ce monde. Depuis l’esclavage d’Egypte jusqu’au Golgotha, depuis l’Annonciation jusqu’au jeudi saint et à la Croix, depuis le lumineux matin de Pâques, Dieu nous appelle au Salut. Ce salut est un don gratuit que nous offre le Dieu Trinité. Il est l’accomplissement de toute l’histoire de l’Alliance et c’est en Eglise, qu’il est donné et vécu. Cette Bonne Nouvelle est pour tous les hommes, puissions-nous ne pas la défigurer, puissions-nous ne pas la garder jalousement pour notre seul salut personnel, ce serait pure illusion!

+ Georges Colomb

Évêque de La Rochelle et Saintes

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