Homélie de Mgr Colomb du dimanche 24 janvier 2021

24 Jan 2021

« N’oublions pas que le développement intégral de l’homme comprend aussi sa vie spirituelle », a invité Mgr Georges Colomb, évêque de La Rochelle et Saintes, lors d’une messe célébrée le 24 janvier 2021 à Sainte-Jeanne-d’Arc à La Rochelle, Charente-Maritime. Cette célébration se tenait à l’occasion de la clôture de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens.

1relect. : Jon 3, 1-5.10
Ps : 24 (25), 4-5ab, 6-7bc, 8-9
2e lect. : 1 Co 7, 29-31
Évangile : Mc 1, 14-20

Les lectures de ce jour sont une invitation à la conversion. Dieu veut sauver tous les hommes, sans distinction. Cette conversion n’est pas facultative. Elle est l’œuvre de toute notre vie. Elle est invitation à regarder toujours plus loin. Elle est urgente ! En ce jour où nous prions, dans notre diocèse avec nos frères et soeurs migrants, le thème proposé par le Saint Père « Contraints de fuir comme Jésus Christ », inspiré par la constitution apostolique Exsul Familia du pape Pie XII (1952) nous interroge sur les fuites des personnes déplacées par contrainte. Elles nous interrogent sur nos fuites devant les dures réalités de notre monde et les appels qui nous sont adressés !

La conversion, fruit d’une rencontre, chemin de vérité !

Jonas est le missionnaire envoyé par Dieu vers les nations païennes. Et cela ne fut pas facile. Jonas comprenait bien qu’il fallait annoncer la volonté de Dieu au peuple hébreu, son peuple. Mais les païens avec leurs dieux, leurs traditions et coutumes, lui semblaient bien peu dignes de la sollicitude de celui qu’il considérait comme son Dieu. Après de multiples aventures (nous n’avons pas oublié son séjour dans le ventre du poisson) voilà qu’il se met en route vers Ninive, la ville païenne à convertir. C’était une grande ville cosmopolite où tous les excès semblaient autorisés. Et contre toute attente, les païens se convertissent.

« Aussitôt, les gens de Ninive crurent en Dieu » et se détournèrent de leur conduite mauvaise. Sachons prendre en considération nos frères et sœurs migrants dont les traditions et coutumes sont différentes, n’oublions pas ceux qui ne partagent pas notre foi chrétienne, apportons leur le témoignage de la nôtre. N’oublions pas que le développement intégral de l’homme comprend aussi sa vie spirituelle.

Dieu pardonne au pécheur qui se convertit, à celui qui cherche avec passion à connaître sa volonté et à la mettre en pratique : « Seigneur, enseigne-moi tes voies, fais-moi connaître ta route. Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi », nous dit le psalmiste. Dieu est « le Dieu qui me sauve ». Le chemin de la conversion passe par l’humilité. Il faut s’être découvert pauvre, fragile et faible pour se tourner vers Dieu avec sincérité en se rappelant qu’il est à l’œuvre dans l’histoire des hommes : « Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse, ton amour qui est de toujours ». Dieu seul est fidèle !

La conversion, c’est reconnaître la nécessité, avec l’aide de la prière et des sacrements, de nous laisser remettre sans cesse sur le chemin de la vérité, la conversion c’est laisser grandir en soi l’appel à changer de vie. Concrètement quelles sont mes priorités ? Est-ce mon confort personnel, mon niveau de vie ou bien l’aventure spirituelle et humaine avec le Christ sur les chemins de ce monde ? Le Pape François, lors de l’un de ces voyages, a invité les prêtres et les consacrés à se souvenir de l’appel entendu un jour. Souvenons-nous de cet appel car il y a effectivement un avant et un après. Parmi vous, aujourd’hui, nombreux sont ceux qui ont entendu l’appel au service de nos frères et sœurs venus d’ailleurs, Réfugiés, Migrants.

Écoutons le pape François, il nous rappelle que nos frères sont contraints de fuir comme Jésus-Christ. Il nous invite, en Église, à accueillir, protéger, promouvoir, intégrer ! Il attire tout spécialement notre attention sur les personnes déplacées internes. Le pape nous dit qu’il faut connaître pour comprendre (comme les compagnons d’Emmaüs), Il faut se faire le prochain d’autrui pour servir (le bon Samaritain), il faut écouter pour se réconcilier (Dieu a envoyé son fils unique) il faut partager pour grandir (La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme). Il faut impliquer pour promouvoir (Jésus et la samaritaine). Il faut collaborer pour construire (1Co : frères, ayez tous un même langage). Il faut le faire ensemble avec tous nos frères chrétiens orthodoxes et protestants.

Ceux d’entre nous qui pensent ne pas avoir entendu un appel du Seigneur, qu’ils tendent bien l’oreille, qu’ils ouvrent leurs yeux et leur cœur sur ce monde qui nous entoure et ils entendront l’appel car toute personne est appelée à aimer Dieu, ses frères, à servir, à travailler pour le bien commun.

Quand nous entendons l’appel, répondons !

La conversion est une urgence. Comme pour Ninive, il ne reste que peu de temps. « Il passe ce monde tel que nous le voyons », nous dit Paul. Un monde nouveau est en train de naître, et c’est vers ce monde que nous devons regarder. Le Royaume de Dieu vient. L’échelle de nos valeurs va s’en trouver bouleversée. C’est pourquoi « ceux qui ont une femme » peuvent être « comme s’ils n’avaient pas de femme », « ceux qui pleurent, comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui ont de la joie, comme s’ils n’en avaient pas, ceux qui font des achats, comme s’ils ne possédaient rien, ceux qui profitent de ce monde, comme s’ils n’en profitaient pas vraiment ».

Le Royaume qui vient ne s’inscrit pas dans un temps chronologique. Le Royaume vient au cœur de chacune de nos vies, aujourd’hui et maintenant. Comme les Vierges sages, nous devons nous tenir prêts à chaque instant pour la venue de l’Epoux. La conversion, c’est cette attente heureuse du monde qui vient.

La conversion nous met en route pour suivre Jésus !

« Les temps sont accomplis », dit Jésus. Jean le Baptiste qui offrait un baptême de conversion a vécu le martyre. C’est maintenant le temps de la prédication de Jésus. « Le règne de Dieu est tout proche », c’est dire que le Royaume est un don. Il nous est impossible de le conquérir, impossible de le mériter. La seule chose qui est attendue de nous c’est la conversion et la foi. C’est dans un même mouvement que nous nous convertissons et que nous adhérons de tout notre être à la vérité de l’Evangile. Cette adhésion, cette conversion nous mettent nécessairement en mouvement.

Croiser la route de Jésus fait de nous des hommes nouveaux. Aujourd’hui encore se convertir à Jésus c’est se mettre en route. Comme Simon, comme André, comme Jacques, comme Jean, nous sommes appelés. Notre réponse n’est peut-être pas aussi rapide que la leur : « Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent » et « Alors, laissant dans la barque leur père Zébédée avec ses ouvriers, ils partirent à sa suite », elle doit être aussi radicale ! L’Appel de Dieu est permanent. Il nous attend. Il ne tient qu’à nous de nous mettre en route.

Car Dieu nous offre le Royaume et veut nous associer à son œuvre de salut. Nous qui avons reçu le baptême, nous nous nourrissons de l’Eucharistie et recevons le sacrement du pardon, nous sommes invités à entraîner nos frères sur le chemin de la conversion. Ne soyons pas les spectateurs du monde qui passe, soyons les disciples missionnaires que le Seigneur !

Interrogeons-nous, quels sont les talents qui m’ont été donnés, quel est mon charisme ? Comment vais-je vivre l’Alliance avec le Seigneur ? Le jour de mon baptême, j’ai revêtu le Christ, je suis devenu un homme nouveau ! C’est tout simplement merveilleux. Cela change tout !

Certes, je partage plus ou moins les joies et les peines de mes contemporains, mais quels que soient ma chance ou mon manque de chance dans la vie, quel que soit mon statut dans la société civile, la société des hommes, je suis un enfant de Dieu qui a fait alliance avec l’humanité, avec moi aussi ! Que je vienne d’Afrique, d’Amérique, d’Asie, d’Océanie, d’Europe, je suis un homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu et moi aussi j’ai des talents à faire fructifier, j’ai un charisme ! Chers frères venus d’ailleurs, apportez nous votre expérience, partagez la avec nous.

Prenez le temps du discernement ; chaque jour est une page blanche à écrire avec le Seigneur, chaque jour est une déclaration d’amour à faire à l’humanité habitée par l’esprit de Dieu. Nous sommes invités à ne pas fuir nos responsabilités, à les assumer et quels que puissent être nos soucis, nous sommes ensemble, en Eglise, le corps du Christ.

En cette Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié dans notre diocèse, souvenons-nous que c’est l’accueil réservé aux plus pauvres qui sera pour nous un signe de bénédiction ou de condamnation:  » Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire…alors il siégera sur son trône de gloire…Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : “Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli… » (Mt 25).

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