Saint Eutrope

Saint Eutrope passe pour avoir été le premier évêque de Saintes, vers le IIIe siècle.

On ne sait que très peu de choses certaines sur sa vie : son nom grec, Eutropius, qui signifie « tourné vers le bien », nous indique qu’il était oriental.

L’évêque de Poitiers et poête Venance Fortunat, au VIe siècle, ne parle que de la rénovation de l’église où il est enterré par un de ses successeurs, saint Léonce. Grégoire de Tours, à la même époque, est le premier à indiquer qu’il fut martyrisé.

Son tombeau, retrouvé plusieurs siècles après sa mort et sur lequel fut batie une grande basilique romane, devint une des étapes des chemins vers le pèlerinage de Compostelle, ce qui diffusa sa popularité.

Aujourd’hui saint Eutrope est le personnage-symbole de la première évangélisation de la Saintonge. Mais, s’il est difficile de contester son historicité, rien n’est véritablement connu de son activité, ni même l’époque exacte où il a vécu.

De saint Eutrope.

Eutrope, également martyr de la ville de Saintes, fut envoyé, rapporte-t-on, en Gaule par le bienheureux évêque Clément, qui le consacra par la grâce de l’ordination pontificale. Après avoir rempli sa mission [d’évêque] et prêché aux incroyants, il vit s’élever contre lui les païens, à qui l’auteur de la chute ne voulut pas permettre de croire ; il fut frappé à la tête et repose dans la victoire. Mais, en raison de la persécution qui régnait, il ne fut pas enseveli dignement, et les chrétiens ne purent pas lui rendre les honneurs qui con-venaient. On oublia alors complètement qu’il avait été martyrisé. Voici comment cela fut révélé. Bien longtemps après, une basilique fut construite en son honneur, et dès qu’elle fut achevée, Palladius, qui était l’ordinaire du lieu, convoqua les abbés et fit transporter les cendres dans le lieu qui leur avait été préparé. Quand cela fut fait, deux des abbés ayant soulevé le couvercle, examinèrent le corps saint et découvrirent une cicatrice à la tête, à l’endroit où le tranchant de la hache avait frappé. Mais pour que ceci n’eût pas été vu en vain, il s’y joignit bientôt un enseignement céleste : la nuit suivante, alors que les membres du clergé dormaient tranquillement, il [Eutrope] apparut à deux d’entre eux et leur dit : c’est par la cicatrice que vous avez vue sur ma tête qu’a été consommé mon martyr. Ainsi, les peuples reconnurent par là qu’il était martyr ; car on ne possédait pas l’histoire de sa passion. »

Grégoire de Tours

In gloriam martyrum, chap. LVI. - Traduction de S. Torqueau in Saint Eutrope, Histoire et Légendes du saint fondateur.

La légende de saint Eutrope

Les légendes, écrites au fil des siècles à partir du Moyen-Âge, donnent bien plus de détails sur la vie de ce saint évêque.

Le Codex Calixtinus, manuscrit conservé à Saint-Jacques de Compostelle et comprenant un livre connu soue le nom de « Guide du Pèlerin de Saint-Jacques-de-Compostelle », explique qu’il était contemporain du Christ, originaire de Perse (l’actuel Iran), et même fils du roi Xerxès. Il assiste à la multiplication des pains et des poissons, puis à l’entrée de Jésus à Jérusalem, il rentre dans son pays pour lever une armée afin de libérer Jésus après son arrestation. Il rejoint ensuite les apôtres et les premiers disciples, puis il part évangéliser l’Europe. Saint Pierre l’envoie alors à Saintes, grande ville romaine de Gaule.

D’autres légendes parlent d’Eustelle, fille du gouverneur de Saintes, que saint Eutrope convertit avec de nombreuses personnes dans les quartiers pauvres de la ville. Son père la renie suite à son baptême à l’âge de treize ans, à la suite duquel elle vit auprès de l’évêque. Or, ce gouverneur, ne supportant pas l’idée que sa fille serve un chrétien, offre 150 livres à des bandits pour le supprimer. Ceux-ci provoquent une émeute et font lapider l’évêque. Eutrope est frappé à coups de hache à la tête. Eustelle et les disciples du saint recueillent son corps la nuit suivante et l’enterrent dans le jardin d’Eustelle. Ce tombeau devient alors un lieu de vénération et de miracles. Eustelle, décapitée sur ordre de son père, fut enterrée auprès d’Eutrope.

Quelques siècles après la mort d’Eutrope, sous l’épiscopat de Palladius (saint Palais), les restes du saint furent retrouvés grâce à un songe, et l’on put vérifier qu’il s’agissait bien du crâne d’Eutrope, une trace du coup de hache marquant profondément l’os. En songe, Eutrope confirma lui-même cette découverte (raconte Palladius) et lui disant ” Cette cicatrice que vous avez vue sur mon crâne est celle qui m’a fait martyr. ”

En 1842, on retrouva dans la crypte de la basilique Saint-Eutrope de Saintes, un sarcophage, marqué du nom d’EUTROPIUS, et contenant les os de plusieurs personnes, attribués à Eutrope et Eustelle.

Saint Eutrope est invoqué quand on doit subir une opération à la tête.