Le dimanche 19 octobre 2025, à Rome, le pape Léon XIV canonisera la bienheureuse Carmen-Elena Rendiles (1903-1977). La future sainte Carmen-Elena est une figure spirituelle liée à la France, en particulier à Toulouse, mais aussi à Saintes ! Elle sera la première sainte de son pays, le Venezuela.
Carmen-Elena Rendiles naît le 11 août 1903 à Caracas, au Venezuela. Figure spirituelle majeure du XXe siècle, elle est connue comme la fondatrice des Servantes de Jésus au Venezuela et comme figure de la « femme eucharistique ». Toute sa vie spirituelle s’enracine dans les enseignements de la Toulousaine Mère Jeanne-Onésime Guibret, elle-même inspirée par Marie-Eustelle Harpain.
Marquée dès sa naissance par un handicap majeur – elle est dépourvue de bras gauche et porte toute sa vie une prothèse –, elle est scolarisée au collège « El Paraíso » fondé à Caracas par les Sœurs de Saint-Joseph de Tarbes en 1891. Elle y reçoit une éducation soignée et solide, apprenant le français et s’imprégnant de culture française. Elle vit au sein d’une famille très chrétienne, où l’on récite quotidiennement le chapelet. La maîtrise du français et l’accès à la culture française seront décisifs pour son avenir. Les deuils précoces de son frère Efraín (1921) puis de son père (1924) l’obligent à seconder sa mère comme maîtresse de maison et à veiller à l’éducation de ses sept frères et sœurs. Malgré son handicap, elle suit des cours dans une école d’art et de dessin et laisse plusieurs œuvres de peinture et d’ébénisterie.
Animée d’une vocation profonde pour la vie religieuse, elle renonce à ses études et à sa vie de famille et frappe à la porte de nombreux couvents de sa ville, mais elle est toujours rejetée en raison de son handicap et de son état de santé fragile, marqué par de nombreuses maladies et des épisodes dépressifs qui l’accompagnent tout au long de son existence.
En janvier 1927, elle apprend l’installation récente à Caracas d’une communauté de religieuses venues de France. Elle demande son admission et rejoint, le 25 février, la petite maison des Servantes de Jésus dans le Saint-Sacrement, également appelées Sœurs de Jésus-Hostie ou Servantes de l’Eucharistie. Les sœurs venues de Toulouse, encore étrangères à l’espagnol, sont intriguées de recevoir, à peine arrivées sur le continent américain, la demande empressée d’une jeune fille qui s’adresse à elles dans leur langue.
Une intime histoire avec la ville de Toulouse
Fondée à Toulouse par Mère Jeanne-Onésime Guibret (1828-1900), la Congrégation des Servantes de Jésus dans le Saint-Sacrement se caractérise par un esprit d’effacement : ses religieuses ne portent pas d’habit, et par une devise limpide : « Vive Jésus Hostie ! »
Mère Guibret, que Carmen-Elena appellera toute sa vie “Madre Onésima”, insistait sur la dimension missionnaire de l’Eucharistie : prière pour les prêtres, soutien au ministère sacerdotal, intercession pour les âmes éloignées du Christ. L’adoration eucharistique perpétuelle et l’adoration intérieure, ainsi que la réparation spirituelle, constituent le cœur de cette spiritualité.
Le 31 mai 1857, jour de la Pentecôte, Jeanne-Onésime entendit un appel : « Écris un acte de consécration de tout l’être au culte du Saint-Sacrement ». Tout partit de là : à partir de la chapelle du Mont-Carmel, en l’église de la Dalbade de Toulouse, où se fit la première consécration de trois jeunes filles toulousaines, des religieuses s’établiront dans de nombreux pays, sur trois continents.
Après sa profession religieuse perpétuelle le 8 septembre 1932 à Caracas, Carmen-Elena, devenue Sœur Marie du Mont-Carmel, est appelée en France pour parfaire sa formation. À Toulouse, alors qu’elle est déjà religieuse professe perpétuelle, on lui impose de suivre un second noviciat, d’une durée de vingt-deux mois.
Ainsi, profondément imprégnée du charisme de Mère Guibret et des coutumes de sa Congrégation, de retour à Caracas en 1934, elle est nommée maîtresse des novices dès 1935. Elle occupera cette charge de formatrice pendant huit ans. Son tempérament joyeux et son autorité naturelle attirent de nombreuses jeunes femmes. Elle organise des groupes de catéchistes, anime des ateliers de couture où elle lit et commente la Bible, et suscite de nombreuses vocations. Elle fonde plusieurs maisons pour sa Congrégation, au Venezuela et en Colombie, développant des établissements scolaires novateurs qui déploient le charisme de la Congrégation toulousaine et s’ajoutent à l’apostolat eucharistique et au service des pauvres.
Nommée Supérieure Provinciale pour l’Amérique latine en 1951, elle s’oppose dans les années 1960 aux nouvelles orientations prises par sa Congrégation en France. Une série de désaccords entre Caracas et Toulouse conduit, en 1965, à la création d’une Congrégation autonome en Amérique, les Servantes de Jésus au Venezuela. Elle y voit la condition nécessaire pour rester fidèle au charisme et aux coutumes de Mère Guibret, qu’elle défend avec fermeté. Elle se souviendra toujours des enseignements originels reçus à Toulouse dans ce qu’elle appelle son « Berceau » français. La rupture avec la France lui cause de grands tourments spirituels. Elle explique que pour rester fidèle et transmettre les enseignements reçus, elle préfère rompre en apparence. Cette rupture, douloureuse, est pour elle une épreuve spirituelle majeure.
Une vie marquée par la souffrance
Sa vie est marquée par la souffrance physique et psychique : tuberculose, pneumothorax, arthrite, anémie, allergies, douleurs chroniques et troubles psychiques s’ajoutent à son handicap. En 1942, elle doit subir une thoracotomie sans anesthésie.
Rappelée à plusieurs reprises à Toulouse pour les affaires de sa Congrégation, elle reste en dialogue constant avec ses sœurs européennes. De la spiritualité française, elle tient aussi une intense dévotion au Sacré-Cœur, qu’elle contemple pour accomplir sa vocation de “femme eucharistique”. Son message s’inscrit toujours dans la fidélité aux enseignements de sa fondatrice, Jeanne-Onésime Guibret, qu’elle déploie, et à la transmission rigoureuse d’un patrimoine spirituel venu de Toulouse. Elle s’attache particulièrement à la figure de Marie-Eustelle Harpain (1814-1842), lingère et sacristine de la ville de Saintes, qui était le modèle de la femme eucharistique pour Mère Guibret.
Après un grave accident de voiture en 1971, affaiblie par la série des maladies invalidantes, qu’elle affronte avec courage pour continuer son œuvre de fondatrice, Carmen-Elena meurt à Caracas le 9 mai 1977. Étrange coïncidence : sa mort survient dans un contexte de fièvre grippale qui avait aussi emporté, le 31 janvier 1900, la maîtresse spirituelle que Carmen-Elena avait cherché à suivre toute sa vie, Mère Jeanne-Onésime Guibret.
Aujourd’hui, les religieuses issues de la fondation de la bienheureuse Carmen-Elena poursuivent son œuvre et transmettent ses enseignements dans plusieurs pays, notamment au Venezuela, en Colombie, en Équateur, au Pérou et en Espagne.
François Bonfils
19 octobre 2025 : canonisation
Carmen-Elena Rendiles a été déclarée Bienheureuse par le Pape François en 2018. Elle sera proclamée Sainte de l’Église universelle par le Pape Léon XIV, au cours de la cérémonie de sa canonisation le 19 octobre 2025 à Rome. Carmen-Elena sera la première sainte canonisée originaire du Venezuela, devenant un modèle et une intercesseuse pour le monde, et tout particulièrement pour la France.



