Homélie donnée par Mgr Colomb le 26 janvier 2020

Publié le 27 janvier 2020

Dimanche 26 janvier 2020 – 3ème dimanche T.O

Is 8, 23b – 9, 3; Ps 26 (27), 1, 4abcd, 13-14; 1 Co 1, 10-13.17; Mt 4, 12-23)

Avec l’arrestation de Jean-Baptiste une page semble se tourner. Le temps des prophètes de l’Ancien testament est clos, celui de la prédication du Fils de Dieu s’ouvre.  Jésus part à Capharnaüm. Matthieu cite Isaïe pour nous rappeler que c’est d’abord en terre païenne que Jésus va se fixer pour inaugurer son ministère public.

La liberté de Dieu n’a pas de limites, elle ne connaît ni frontières, ni préjugés; elle est souverainement libre et partout où elle se manifeste elle inaugure un temps de conversion qui transforme à jamais la vie de celui qui se laisse toucher.

Dieu souverainement libre nous invite à la liberté

La volonté de Dieu est de marcher avec son peuple. Devant lui quand il se fait colonne de feu et de lumière, au milieu de lui quand il chemine avec les disciples d’Emmaüs. Il est la seule lumière qui puisse guider nos pas : ” Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière” nous dit Isaïe. Cette lumière c’est le Christ lui-même et la Parole vivante qu’il nous a laissée. C’est ce qu’a voulu nous rappeler le pape François en faisant du 3ème dimanche du Temps ordinaire le dimanche de la Parole de  Dieu.

Cette Parole vivante nous rejoint au cœur même de nos vies blessées, cabossées, et dissipe toutes les ténèbres. Nous sommes bien ce peuple qui marche dans les ténèbres et, là où nous sommes, Dieu veut nous rejoindre et nous guider. “La mer de Galilée” est un vaste lac aux eaux fraiches où le poisson est abondant. Sur ses rives, vit une population cosmopolite, païenne le plus souvent. C’est là que Jésus choisit de se retirer et de demeurer. C’est à partir de ces rives qu’il appelle ses premiers disciples, Simon Pierre et André, puis Jacques et Jean fils de   Zébédée. Car le Salut de Dieu ne souffre pas de limites. La nouvelle Alliance doit ramener dans le sein du Père toutes les nations.

La Parole de Dieu pour l’homme privé de repères

Aujourd’hui, Dieu veut rejoindre l’homme privé de repères. Il veut aussi soutenir le croyant grâce à sa Parole vivante et aux sacrements. Dans une société où plus rien ne fait sens, où tout est relatif, où la satisfaction des désirs est la règle, sans exigence éthique, avec une mentalité individualiste, Dieu nous appelle du milieu de ces terres païennes où nous vivons pour nous ouvrir un avenir, nous soutenir dans la foi et l’espérance, pour faire de nous des missionnaires.

Mais les divisions nous déchirent au sein même de l’Eglise. Est-ce nouveau ? Il est important d’entendre et de méditer la parole de Paul aux Corinthiens : Moi, j’appartiens à Paul disent les uns,  Moi, j’appartiens à Apollos  ou à Pierre disent les autres…Et Paul de nous inviter à prendre nos distances par rapport à toutes ces querelles : ”  Le Christ est-il donc divisé ? Est-ce Paul qui a été crucifié pour vous ? Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? “Revenir à l’essentiel, voilà la clef : l’essentiel c’est-à-dire le Christ Jésus mort et ressuscité pour le salut du monde, le Christ Jésus, signe de la souveraine liberté de Dieu qui, sans cesse nous appelle à la conversion, nous donne son pardon et nous envoie vers nos frères comme témoins.

Un temps de conversion

Car l’Evangile de ce jour résonne comme un appel pour l’homme moderne. C’est dans ce monde, dans ce pays, dans la situation où nous sommes, chacun de nous, que le Christ nous rejoint. Il n’a pas peur d’habiter Capharnaüm, au milieu des païens, pour les relever et les sauver.  

Dès le début, Jésus exerce, de manière pleine et entière, la mission pour laquelle il a été envoyé : appeler, enseigner, proclamer et guérir les hommes. A celui qui croise sa route, il propose la conversion, c’est-à-dire le déplacement du regard sur soi et sur le monde pour se reconnaître pécheur, mais pardonné, sauvé et appelé.  

Tous sont appelés et envoyés pour témoigner de la lumière rencontrée sur les routes de la Galilée païenne. C’est à cette même rencontre que nous sommes invités aujourd’hui. Aujourd’hui Jésus nous appelle d’une manière aussi forte, aussi vivante, aussi efficace, qu’il le fit pour les premiers disciples sur les bords de la mer de Galilée.  Les siècles ne changeront rien à la puissance de l’appel, cet appel qu’entendent toutes celles et ceux qui se mettent en route aujourd’hui à la suite du Christ.

L’appel  déchire toutes nos nuits. Il est envoi pour des missions multiples, mais toujours orientées vers la manifestation du Royaume de Dieu : la mission de l’évêque, celle du prêtre, celle des religieux et religieuses, celle encore des acteurs pastoraux ….ou celle, non moins importante, des parents, des époux, des grands-parents, des fiancés, des plus petits parmi nous, malades, infirmes, pauvres…Tous, nous sommes appelés à la mission et pour répondre à cet appel, nous devons laisser notre barque, celle dans laquelle nous sommes peut être confortablement installés, pour suivre une parole faite chair qui nous ouvre les portes du royaume. Rencontrer cette Parole faite homme, c’est se laisser recréer. La Parole de Dieu est libératrice. Elle nous met en route, elle nous mobilise. Et tant pis si, pour elle, nous devons quitter notre quotidien ! La joie sera de toute façon au rendez-vous ; “Tu as prodigué la joie, tu as fait grandir l’allégresse”,  nous dit le prophète Isaïe.

Aujourd’hui, en Eglise, nous recevons cette Parole avec le pain et le Vin de la vie, avec  le pardon promis par Dieu. C’est la nourriture de notre vie d’hommes et de femmes appelés. Mettons nous en route !

+ Georges Colomb

Évêque de La Rochelle et Saintes