Homélie donnée par Mgr Colomb dimanche 16 février 2020

Publié le 17 février 2020

6ème dimanche T.O

(Si 15, 15-20;(Ps 118 (119), 1-2, 4-5, 17-18, 33-34;1 Co 2, 6-10;Mt 5, 17-37)

L’homme est une créature libre. La Loi a été donnée pour éclairer ses choix. Cette Loi Jésus est venu l’accomplir, c’est-à-dire en révéler toute la puissance quand elle est mise sous la lumière de l’Amour de Dieu.

Choisir la vie 

Le livre de Ben Sirac peut nous paraître bien loin de nos préoccupations ! C’est un livre ancien, livre de sagesse, c’est-à-dire ni prophétique ni historique. Pourtant il devrait nous parler, à nous hommes et femmes du XXIème siècle ! Aujourd’hui comme à l’époque du sage, la mode est au relativisme. Jérusalem est occupée par les grecs et les idées nouvelles circulent, toutes plus séduisantes les unes que les autres. La Loi de Moïse et son observance s’en trouvent comme relativisées. Et si les grecs avaient raison, si cette Loi donnée par Dieu après la libération du peuple d’Egypte était révolue ? Non dit Ben Sirac !  “il dépend de ton choix de rester fidèle” et rien jamais ne surpassera la Loi donnée par Dieu. Les modes changent, une idée en balaye une autre, mais la Loi donnée par Dieu ne passera pas car elle est précepte de vie “La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix.”  Choisir la loi, en homme, en femme libres c’est faire sa part de l’Alliance. Dieu veut sauver l’homme “Il n’a commandé à personne d’être impie, il n’a donné à personne la permission de pécher”. L’Israël de Ben Sirac, au milieu des nations, doit garder son identité et sa foi. C’est sa mission. Aujourd’hui, notre mission c’est aussi de garder le cap, de garder les commandements, dans un monde qui semble avoir perdu le sens !

Jésus et la Loi

Jésus lui-même s’inscrit dans cet attachement à la Loi : ” Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir”. L’accomplissement de la Loi nous emmène au-delà d’une observance scrupuleuse de ses innombrables prescriptions pour nous faire découvrir la loi gravée au plus profond du cœur des hommes. L’apôtre Paul nous éclaire quand il proclame la Sagesse, ” sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, établie par lui dès avant les siècles, pour nous donner la gloire”, sagesse de la Croix  (1Cor 2, 7)  Depuis la croix, la Loi est  inscrite dans le cœur des croyants.

Là où l’homme de l’ancien testament était libre d’observer ou non la Loi, l’homme de la nouvelle Alliance dans le Christ est libre de suivre le Christ ou de ne pas le suivre. Souvenons-nous du jeune homme riche qui décide finalement de ne pas suivre Jésus (Mt 19). Il observait la Loi à la lettre, comme Jésus lui-même le recommande. Il a cependant été incapable de franchir la dernière étape, suivre Jésus en se dépouillant. C’est cette nouvelle liberté acquise par le Christ sur la croix qui nous permet aujourd’hui de choisir la vie. SI nous sommes “adultes dans la foi” comme dit Paul, nous sommes capables de comprendre que la source de notre liberté est en Dieu et que nos choix doivent se fonder sur l’amour. La liberté du chrétien n’est pas un laxisme tolérant tout.   Elle est d’abord sagesse de Dieu et justice pour les hommes. Elle se fonde et se nourrit de l’Alliance, voulue par Dieu, accomplie en Jésus-Christ. La Loi d’amour ne vient pas abolir la Loi de Moïse ; elle en révèle le sens ultime.

Et nous le savons bien nous, humains, qui, parfois préférons renoncer à la loi qui nous donne raison pour accomplir un plus grand bien. Ainsi en est-il du conjoint trompé qui préfère le pardon de l’amour à l’application de la loi civile du divorce, du parent esseulé qui trouve l’excuse de l’amour pour pardonner l’oubli de ses enfants, de la femme qui préfère garder son enfant malgré les pressions qui l’invitent à avorter pour de bonnes raisons mondaines.

Quand nous accomplissons la Loi, il ne s’agit pas d’abord de se donner bonne conscience ou de nous conformer à une règle par peur de la sanction. Alors notre “justice ne surpasserait pas celle des scribes et des pharisiens”, il s’agit de répondre à l’amour à Dieu qui nous a aimé le premier.

Disciple du Christ : suivre le chemin du bonheur

Un bonheur selon le monde n’est qu’ un bonheur selon la mode du temps, un bonheur organisé par des lois changeantes, selon des opinions versatiles et des groupes de pression. Dans un tel contexte, les notions de bien et de mal sont relativisées selon les besoins du moment.  Il s’agit d’un bonheur pour occuper le peuple, pour l’anesthésier, un bonheur qui offre du pain et des  jeux, comme le fit l’empire romain, un bonheur sécularisé, programmé, qui ne laisse pas de place à la grâce de Dieu, à la liberté de l’homme dont nous parle le livre de Ben Sirac le Sage (La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix).

Nous sommes invités à exercer la liberté que Dieu nous donne pour discerner, pour choisir, pour depasser ces vérités données  qui sont bien loin de la Vérité révélée. Le “temps est à Dieu” selon saint Augustin, la mode est aux Hommes. Les saints et saint Paul notamment nous rappellent que le Seigneur donne la sagesse aux petits. Ne nous fions pas aux critères de la société. Le succès, la réussite ne s’apprécient pas seulement en termes matérialistes. Paul fustige cette sagesse de “ceux qui dominent le monde et déjà se détruisent” !

La vérité, c’est le Christ. Il nous enseigne que l’homme sage est celui qui se nourrit de la parole de Dieu. Il nous apprend que le bonheur, la paix intérieure, s’apprécient, sont évaluées dans le cadre de notre relation aux autres : le respect de la vie, de l’intégrité physique, la chasteté y compris dans les paroles. Il nous invite à la franchise. Si nous suivons cet enseignement du Seigneur, nous serons en contradiction avec les pratiques d’une sociêté qui, trop souvent, flatte l’individu et se nourrit de démagogie.

Imitons les vierges sages qui gardaient leur lampe allumée dans la fragilité d’une flamme. Ne nous laissons pas aller à l’obscurantisme des idées toutes faites qui se veulent puissantes car issues “du moment”,  “à la mode” du temps. Ce sont des idées de vierges folles qui se veulent les idées puissantes de ce monde mais ce sont elles qui resteront à la porte !

Suivre le Christ, c’est suivre un chemin de bonheur comme le rappelle le psaume “Heureux les hommes intègres dans leurs voies qui marchent suivant la loi du Seigneur !”.

+ Georges Colomb

Évêque de La Rochelle et Saintes