Homélie de Mgr Colomb pour le 33e dimanche du temps ordinaire

Publié le 15 novembre 2020

1re lect. : Pv 31, 10-13.19-20.30-31
Ps :
127, 1-2, 3, 4-5
2e lect. :
1 Th 5, 1-6
Évangile :
Mt 25, 14-30 (ou brève : 14-15.19-21)

Les lectures de ce 15 novembre nous invitent à considérer que le travail, la prière et la famille sont les lieux privilégiés pour trouver le chemin du bonheur. “La parabole de ce jour nous présente ce qu’est l’attitude juste du disciple. Serviteur bon et fidèle, il entrera dans la joie de son Seigneur si, sans crainte, il a fait fructifier les talents reçus”. Retrouvez l’homélie de Mgr Colomb pour ce 33e dimanche du temps ordinaire.

Homélie de Mgr Georges Colomb

Journée mondiale des Pauvres
Dimanche 15 novembre 2020

En ce dimanche 15 novembre, 33e dimanche du temps ordinaire, nous sommes invités à considérer que le travail, la prière et la famille sont les lieux privilégiés pour trouver le chemin du bonheur en mettant les talents que nous avons reçus au service du royaume.

La femme, modèle de talents mis en valeur pour la construction de la famille, nous est donnée en exemple dans le livre des Proverbes. Qui peut être cette “femme parfaite”, celle qu’un homme doit épouser pour être heureux ?

Cette femme qui fera le bonheur de son mari est travailleuse et fidèle. On peut compter sur elle. Elle veille à la bonne marche de sa maison et tend la main aux pauvres. Cette femme  fonde sa vie sur de vraies valeurs. Ni star ni femme d’affaires, elle “mérite la louange” et “est précieuse plus que les perles”.

Des femmes comme elle… nous en connaissons tous ! Ce sont nos mères, nos épouses, nos sœurs, nos compagnes, nos filles, celles qui veillent discrètement au bonheur dans l’ordinaire des jours.

La femme créée, comme l’homme à l’image de Dieu, travaille en ce monde avec et au côté de l’homme. Co-créatrice, coresponsable, elle est un pilier indispensable à l’accomplissement du projet de Dieu sur le monde. Elle est le vis-à-vis de l’homme, celle avec laquelle il peut entrer dans un dialogue fécond. Elle est source d’inspiration dans la réponse qu’il doit donner avec elle à l’appel du Seigneur qui lui confie des talents et des responsabilités afin de participer à l’œuvre de la création.

Le statut de la femme a évolué. Il appartient aujourd’hui aux femmes chrétiennes de trouver leur place juste la société actuelle tout en gardant l’essentiel : placer  leur vie sous le regard de Dieu.

On ne demande pas à la femme parfaite présentée dans le livre des Proverbes d’être une maîtresse de maison accomplie ou une mère irréprochable, ni un premier prix de beauté car “le charme est trompeur et la beauté s’évanouit”, on lui demande de craindre le Seigneur, c’est-à-dire de l’aimer et de respecter ses commandements. Alors : “aux portes de la ville, ses œuvres disent sa louange !” 

C’est encore de bonheur dont il est question dans le psaume. “Heureux qui craint le Seigneur et marche selon ses voies !”. Accomplir ses devoirs à l’égard de Dieu et de son prochain, ne pas oublier la dimension religieuse de nos vies, ouvre les vannes de l’amour de Dieu qui inonde nos familles, nos cités, notre monde.

Car Dieu a créé l’homme pour le bonheur. Le chemin de ce bonheur pour beaucoup passe par l’expérience de l’amour donné et reçu dans le mariage, par la joie de la fécondité du couple : “Ta femme sera dans ta maison comme une vigne généreuse et tes fils, autour de la table, comme des plants d’olivier.”

L’œuvre de Dieu est ainsi rendue visible en nous et par nous, dans et par nos familles, dans et par notre Eglise. L’homme contemporain sécularisé, ignorant de Dieu, est invité à trouver le secret du bonheur, d’une vie simple, d’une vie donnée, dans la méditation de la parole.

Il faut préparer nos cœurs !

Les Thessaloniciens, comme la majorité des premiers chrétiens, attendaient avec impatience le “jour du Seigneur”, c’est-à-dire sa manifestation visible et définitive en ce monde. Personne ne connaît ni le jour ni l’heure de cette venue : “Vous savez très bien que le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit”.

Dieu seul est maître du temps. “Quant à ce jour et à cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges des cieux, pas même le Fils, mais seulement le Père, et lui seul.” (Mt 24, 36). Les jours de l’homme sont comptés mais pour Dieu “un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour”, rappelait Pierre (2 Pi 3,8).

Nous vivons le temps de la conversion, de la foi  qui espère sans voir, dans la confiance et dans l’humilité. Le temps du témoignage aussi, le temps nécessaire à l’annonce de l’Evangile.

Pour le reste, nous n’avons pas à nous en soucier. Notre prière fervente, notre confiance dans l’accomplissement des promesses, hâtent la venue du Seigneur. Ce qui importe avant tout, avant de prétendre connaître le jour et l’heure, c’est de préparer dans la joie la venue du Seigneur.

Nos communautés, à l’exemple de celle de Thessalonique doivent devenir des lieux où règnent paix, l’amour et la confiance, des lieux où se vivent la fraternité et la miséricorde, dans lesquels la prière est fervente. Préparons et proposons ces espaces aux hommes et femmes de notre temps afin qu’ils viennent se nourrir de la parole et se désaltérer à la source de la vraie vie.

Des disciples qui deviennent des missionnaires.

L’édification du Royaume ne se fera pas sans nous. Dieu nous confie le monde, à chacun selon ses capacités : “C’est comme un homme qui partait en voyage : il appela ses serviteurs et leur confia ses biens. À l’un il remit une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul talent, à chacun selon ses capacités”. Il leur fait confiance.

Le “talent” est une ancienne monnaie romaine, de grande valeur. Au fil du temps cette monnaie est devenue symbole des dons que nous possédons tous naturellement pourrait-on dire et, au-delà, des grâces de notre baptême.

Qui ne s’est pas émerveillé devant les capacités d’un enfant qui peint, joue de la musique, prend soin des fleurs du jardin, est attentif aux plus jeunes et aux aînés… ?

Par la grâce de notre baptême nous avons reçu d’autres dons : celui de l’intelligence de la Parole de Dieu, ceux donnés aussi dans les sacrements. Ces dons sont comme les arrhes du Royaume de Dieu, qui vient. Par eux, c’est le Christ lui-même qui se donne, qui manifeste sa présence d’amour vivifiante au milieu de nous et en nous.

C’est le Christ lui-même qui nous a confié ces talents avant de partir et il nous appartient de les faire fructifier. Ces talents, chacun les a reçus selon ses capacités : soyons rassurés, il ne nous sera pas demandé plus que nous ne pouvons donner, mais ce que nous pouvons donner ne doit pas être retenu jalousement, peureusement. Il ne nous est pas demandé de faire des calculs d’apothicaires, mais d’entrer dans le projet de Dieu sur nos vies !

La parabole de ce jour nous présente ce qu’est l’attitude juste du disciple. Serviteur bon et fidèle, il entrera dans la joie de son Seigneur si, sans crainte, il a fait fructifier les talents reçus. Nous avons reçu la grâce de connaître Jésus-Christ, d’être entrés par le baptême dans la grande famille des chrétiens, comment faisons-nous fructifier ce don immense ?

Savons-nous, avec les moyens qui sont les nôtres et à notre place, être missionnaires dans nos familles, nos quartiers, sur nos lieux de travail… A cette maman qui n’a pas le temps d’emmener ses enfants au catéchisme, proposons-nous notre aide ? Avons-nous accueilli ce jeune couple qui s’interroge sur le mariage pour lui faire découvrir les joies de la vie conjugale et familiale ?

Sommes-nous disposés à donner quelques heures pour tenir la main d’une personne en fin de vie et lui murmurer ce qui fait notre espérance et donne sens à notre vie ? A ce jeune homme qui doute de l’avenir, apportons-nous un réconfort, donnons-nous des conseils ? Nous croisons chaque jour des personnes qui attendent de voir rayonner sur nos visages quelque chose de la beauté de Dieu, de sa miséricorde.

Il est confortable de penser que la bienséance ou les lois de la laïcité nous contraignent à la discrétion, mais ce confort illusoire est synonyme de lâcheté. N’enterrons pas les dons reçus, ne mettons pas un frein à la progression du royaume de Dieu en ce monde.

Notre responsabilité est grande, elle fait appel à notre intuition et à notre courage. Partageons largement notre Espérance et notre foi qui est un trésor fait pour être partagé avec générosité. Soyons audacieux, imaginatifs, créatifs au service de l’annonce de l’Evangile ! Ainsi soit-il.