2021 : Vœux de Mgr Colomb aux prêtres du diocèse de La Rochelle

Publié le 24 décembre 2020

La Rochelle, le 21 décembre 2020

Chers frères dans le sacerdoce,

A la veille de la nativité du Seigneur et au terme d’une année éprouvante pour chacun, je veux avec vous me tourner vers l’année nouvelle, avec des aspirations diverses et des souhaits sincères, tous aussi importants les uns que les autres : un arrêt définitif de la pandémie, des solutions économiques pour les plus éprouvés par la crise qui s’annonce, l’apaisement des tensions internationales, une unité renouvelée dans notre nation et la conversion des cœurs à celui qui seul est le prince de la paix et le roi de l’univers.

L’Avent nous a offert de méditer la mission de saint Jean Baptiste, l’humble voix qui crie dans le désert au nom du Verbe. Le précurseur du Seigneur a beaucoup à nous enseigner sur notre mission au cœur du monde d’aujourd’hui, pas celui d’hier il y a 20 ou 40 ans, mais celui de 2021. Ne nous trompons surtout pas d’époque. Comme saint Jean Baptiste nous devons devenir passeurs pour l’aujourd’hui du Salut.

Nous pouvons devenir ces passeurs car il nous incombe d’être authentiquement des catalyseurs d’espérance. Cette période de crise sanitaire et de terrorisme islamique en 2020 nous plonge paradoxalement dans une réalité semblable à celle que le peuple juif subissait au temps de l’épiphanie du Seigneur (douleurs de la persécution, violences politiques, occupation étrangère…). Dans cette situation de souffrances, l’attente du jour de Dieu se faisait espérer sans cesse mais semblait toujours
être repoussée !

Toutefois, Dieu intervient dans notre histoire. C’est pourquoi nous ne pouvons nous laisser aller au défaitisme. Nous sommes, comme les juifs de Palestine de l’an 0, plongés dans une affliction consternée, et Dieu aujourd’hui et demain interviendra dans notre histoire. Certains en doutent, comme les zélotes qui voulaient agir par eux-mêmes et par la force politique, ne suivons pas cet exemple, louons et proclamons la victoire du Seigneur en priant pour ceux qui nous persécutent et en souhaitant
le bien à ceux qui nous calomnient.

A Noël, nous est né un Sauveur, le Christ Seigneur ! Nous chanterons sa gloire dans quelques jours. Comme le Baptiste, nous devenons porteurs d’une parole d’espérance dans un monde devenu désert. Désert où l’autre, tel un scorpion, est devenu un porteur “sain” d’un danger mortel, un désert où le peuple de Dieu en marche ne peut étancher sa soif de Dieu car il est ignoré, un désert où le chemin est à tracer quotidiennement sans une réelle vision pour le lendemain, un désert civilisé dans lequel le seul salut proposé par la société sécularisée vient uniquement de l’humain.

Notre sacerdoce nous configure au Christ qui comble toutes les attentes impossibles d’un monde en souffrance. Invitons nos contemporains à ne pas se tromper de sauveur en attendant l’homme “providentiel”, le vaccin “miracle” ou en se tournant vers les idoles de l’hédonisme, du matérialisme, du scientisme ou de l’occultisme. Comme le Baptiste, chers confrères, nous nous découvrons, peut-être plus qu’hier, responsables non seulement de l’annonce de la foi mais aussi de l’espérance. Cette vertu théologale nous donne la joie profonde et durable que personne ne peut nous ravir. Le Seigneur nous invite à la joie parfaite et nous l’offre si nous sommes unis à lui. Comme le Baptiste, nous voici en 2021, précurseurs du messie dont nous sommes les porte-voix.

De nombreux croyants, aujourd’hui, font l’expérience dont Job fut affecté. (Jb 30, 26). Ils attendaient le bonheur, le malheur s’est abattu sur eux. Ils espéraient la lumière, l’ombre est advenue. Puisque nous participons au sacerdoce du Christ, nous devons aider nos frères et soeurs à franchir les « jourdain d’aujourd’hui », pour passer des ténèbres à la lumière, de la crainte à l’espérance, de l’erreur et du doute à la foi en notre Seigneur.

L’Emmanuel, Dieu avec nous, nous ouvre encore un horizon pour
aujourd’hui et demain, mais un horizon qui ne peut faire l’économie de la foi, de l’espérance et de la charité. Saint Jean Baptiste aida ses frères à passer de l’attente du messie au dévoilement de celui qui se tenait au milieu d’eux, à la suite de Moïse, en les faisant traverser par un baptême de conversion. Ce baptême aujourd’hui est celui d’une illumination par le Verbe Divin qui, seul, nous offre un abandon renouvelé en Dieu, passage du doute à la lumière, baptême pour passer d’une peur palpable à la liberté
intérieure.

Nous sommes ministres du Jour de Dieu pour notre monde. Toute action humaine est incontestablement tournée vers un contentement, une béatitude que Dieu seul peut offrir. Chaque homme aspire à un bonheur durable. S’il n’y a pas de paix en nous, il nous sera impossible de la transmettre aux autres. Le porteur d’espérance se trouve ainsi invité à naître chaque jour “artisan de paix”, c’est à dire transmetteur de la joie de Dieu. Le moine Russe saint Seraphim de Sarov écrivait : “Acquiers la paix intérieure et une multitude d’hommes trouvera le salut auprès de toi”.

Voilà pourquoi, chers confrères, comme ministres du Christ nous pouvons, en ces temps incertains, porter une parole d’espérance, et proposer une allégresse réelle qui engendre la paix en tournant vers le Christ ceux qui nous approchent. Lorsque saint Paul enseigne la paix du coeur, il y conjugue l’amour et le corps du Christ : “Puisque vous êtes choisis, sanctifiés et aimés par Dieu, revêtez donc des sentiments de compassion, de bienveillance, d’humilité, de patience (…) et par-dessus tout, revêtez l’amour : c’est le lien parfait.

Que règne en vos coeurs la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés tous en un seul corps” (Col 3, 12 -15). Puisque nous sommes un dans le Christ, la paix qui réside en un seul se répand dans le coeur de toute l’Eglise. C’est pourquoi l’Eglise, notre communauté diocésaine, peut et doit devenir cette année le temple de l’espérance, la maison de la paix, le rempart de la joie, en un mot l’abri du Christ dans le monde, l’oasis de Dieu dans ce désert. De cette Eglise, le Saint Esprit nous a constitué les serviteurs apaisés et responsables.

Puisse cette nouvelle année être le temps où nos frères et soeurs rencontreront le Seigneur qui leur fait signe pour puiser en lui la vraie liberté et la santé de l’esprit. Nous sommes ses témoins à titre personnel et communautaire. Je souhaite à chacun d’entre vous, un joyeux et paisible Noël et une heureuse année 2021, autant que la providence nous l’accordera. Que le Christ Prêtre vous accorde toutes ses bénédictions de paix, de santé et de joies pastorales.

Dans le Christ Sauveur, votre évêque,

+ Georges Colomb
Evêque de La Rochelle et Saintes