En ce 25 mai 2026, fête de sainte Marie, Mère de l’Eglise, le pape Léon XIV a publié Magnifica Humanitas, sa première encylique sur »La protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle ».
LETTRE ENCYCLIQUE
MAGNIFICA HUMANITAS
DU SAINT-PÈRE
LÉON XIV
SUR LA PROTECTION DE LA PERSONNE HUMAINE
À L’ÈRE DE L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE
1. La magnifique humanité créée par Dieu se trouve aujourd’hui face à un choix décisif : ériger une nouvelle tour de Babel ou bâtir la cité où Dieu et l’humanité habitent ensemble. Chaque génération reçoit en héritage la tâche de façonner son époque : faire mûrir l’histoire comme un lieu où la dignité de toute personne est préservée, la justice promue et la fraternité rendue possible. Mais sur chaque époque pèse le risque de construire un monde inhumain et plus injuste. Là où l’humanité court le danger de perdre son visage, nous, chrétiens, nous levons les yeux vers le Dieu qui s’est fait chair, sachant que « le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné ». Cette magnifique humanité devient en Jésus-Christ le Chemin, la Vérité et la Vie, ouvrant à chacun de nous la voie vers la plénitude.
2. Fondés sur le Christ, pierre vivante, nous faisons l’expérience de l’action puissante et mystérieuse de l’Esprit Saint, et nous croyons que tout effort humain authentique visant à coopérer avec Lui pour le bien sera béni par le Père céleste en qui nous plaçons notre espérance. C’est pourquoi nous pouvons participer activement à toutes ces initiatives qui construisent un monde plus juste, et nous pouvons appeler d’autres personnes à collaborer avec nous dans la promotion du développement intégral de chaque être humain. Nous souhaitons entrer en dialogue avec tous les hommes et toutes les femmes de notre temps avec lesquels nous partageons les événements, les questions et les aspirations de l’humanité. Nous voulons trouver, avec eux, de nouvelles voies pour le bien commun et la promotion d’une vie digne pour tous. Cette attitude de dialogue fait partie intégrante de la vocation de l’Église, car celle-ci, constituée « dans le Christ, en quelque sorte comme le sacrement […] de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain », reconnaît dans l’histoire le lieu où l’Évangile interpelle et accompagne l’expérience humaine.
3. C’est dans cet esprit qu’en 1891, Léon XIII a publié l’Encyclique Rerum novarum dont nous célébrons cette année, avec une profonde reconnaissance, le 135 e anniversaire. Par ce document, mon bien-aimé Prédécesseur a donné une impulsion à cette réflexion sur la société, sur l’économie et sur la politique que nous appelons aujourd’hui la Doctrine sociale de l’Église. Et lorsque certains objectaient que l’Église ne devait pas gaspiller son énergie en questions mondaines mais se préoccuper de communiquer un message de vie éternelle, il répondait avec réalisme et sagesse que l’annonce de l’Évangile ne peut oublier la vie concrète des peuples. [4] De nombreuses décennies se sont écoulées depuis, et le Magistère, les pasteurs, les théologiens comme les fidèles ont continué à réfléchir aux questions sociales à la lumière de l’Évangile. Aujourd’hui, la Doctrine sociale de l’Église est un patrimoine de sagesse où nous trouvons des principes pour penser, des critères pour discerner ou juger et des orientations concrètes pour agir. Elle se fonde sur l’Écriture Sainte et sur la Tradition. Ainsi en dialogue avec les sciences, elle nous aide à analyser avec lucidité les défis du présent, en identifiant les voies appropriées pour vivre un témoignage chrétien authentique, dans la joie et au service du monde. Ce n’est pas un ensemble statique de concepts, mais un corpus vivant de vérités qui préserve et interprète la vocation de l’humanité à une vie pleine et juste. À cette tradition vivante, je désire donc ajouter ma voix, en invoquant l’aide de l’Esprit de sagesse qui habite le monde depuis son commencement (cf. Pr 8, 22-31).



