Saint Pierre & Miquelon, Église Catholique de Charente-Maritime

Edito du mois de novembre 2020 par Mgr Georges COLOMB, évêque

Omnes sancti fratres omnes – tous des saints, tous des frères.

Chers frères et sœurs de Saint-Pierre et Miquelon,

La pandémie et ses conséquences sanitaires et aériennes m’empêchent de vous rejoindre sur l’archipel comme je l’avais prévu, comme ce fut le cas en juin. Sachez que je ne vous oublie pas dans ma prière et mes pensées, vous et vos familles et je compte bien vous rendre visite à la fin juin 2021. Je vous souhaite une bonne fête de Toussaint et vous envoie cet édito inspiré par la lecture de la troisième encyclique du pape François.  

Ne voyez aucune prétention dans ce titre que je donne à l’édito de ce mois inspiré par la troisième encyclique de notre pape. Tous des frères, cela signifie que nous allons tous devenir des saints ! C’est le magnifique défi que nous invite à relever le saint Père ! En cette fête de Toussaint, soyons attentifs à son appel. Commençons par méditer l’encyclique FRATELLI TUTTI sur la fraternité et l’amitié sociale.

La troisième encyclique du pape François (1) a donc été signée le 3 octobre à Assise et rendue publique le lendemain. Il s’agit d’un texte riche, foisonnant. Dans ce document structuré, présenté comme «encyclique sociale» le pape reprend nombre d’idées qui lui sont chères, déjà développées au cours des sept années de son pontificat et qui trouvent là une forme de cohérence. Un texte qu’il faut prendre le temps de lire. Mon propos dans cet édito n’est pas d’en faire une présentation exhaustive. Il existe dans la presse des articles fort bien faits qui remplissent déjà cette fonction. Il me semble plus important, ici, de mettre ce texte en perspective et de formuler quelques-uns des questionnements qu’il peut susciter.

L’encyclique Fratelli Tutti est un résumé dense de la pensée du pape François sur notre monde contemporain. Il y développe des thèmes largement abordés depuis le début de son pontificat : le souci de la paix, du dialogue, de la justice pour tous, du respect de la vie….S’adressant à tous les hommes de bonne volonté, le pape invite particulièrement  les catholiques à vivre en cohérence avec les valeurs évangéliques.

Dans son message de Pentecôte le pape François, revenant sur les défis que traverse notre monde confronté à la pandémie de la Covid 1, exhortait l’humanité à sortir meilleure de cette épreuve.   “Nous avons devant nous le devoir de construire une nouvelle réalité”, affirmait-il.   (Message du 30 mai 2020). Voici que, en ce début du mois d’octobre, des pistes nous sont ouvertes pour construire cette nouvelle réalité grâce à l’Encyclique FRATELLI TUTTI sur la fraternité et l’amitié sociale.

Notre monde post moderne est marqué par les “manières diverses et actuelles d’éliminer ou d’ignorer les autres” (FT §6). Face à cette tendance massive, le pape François suit le parcours du pauvre d’Assise, tout entier habité par l’amour de Dieu et de ses frères, faisant résonner au tournant du XIIIe siècle l’appel de Jean, le disciple que Jésus aimait : “Dieu est amour celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu” (1Jn 4, 16).

C’est à un “rêve de fraternité et d’amitié sociale” que le saint père nous convie, un rêve qui ne se cantonne pas aux paroles mais ouvre des pistes d’actions pour bâtir, grâce à l’engagement de tous,  un monde de paix, de justice et de fraternité.

Le pape François en appelle aux bonnes volontés individuelles mais aussi au monde politique et aux grandes institutions. La rédaction de l’encyclique a été marquée par la crise de la Covid-19, une crise qui “a mis à nu nos fausses certitudes” et a démontré  que “personne ne se sauve tout seul”  (FT § 7 et 8).

Les huit premiers chapitres de cette longue encyclique dénoncent “les ombres d’un monde fermé” que serait devenue notre époque. Dans ces temps qui sont les nôtres, des concepts aussi communs que la démocratie, la justice, le bien commun, le travail, le respect de la vie ont subi des distorsions mortifères. La vie de nombreuses nations mais aussi celle de beaucoup d’individus s’organise désormais autour de la recherche égoïste des plaisirs, de la richesse matérielle, du profit. Cette quête insatiable nous encourage à fermer les yeux sur les sacrifiés de notre époque : les pauvres, les femmes dont le corps connaît de nouvelles formes d’exploitation, les plus jeunes comme les plus âgés….tous victimes de nouvelles mafias prêtes à tout. 

Le constat est sombre et serait désespérant si le saint père n’évoquait la lumineuse et éternelle figure du Bon Samaritain, cet étranger qui s’est rendu proche de l’homme tombé à terre sous les coups des brigands. Construire une nouvelle société fondée sur la fraternité et l’amitié sociale exige de chacun d’entre nous de se faire Bon samaritain du frère que Dieu met sur notre chemin. La société inclusive et pacifiée que le pape appelle de ses vœux nous oblige à transcender nos répulsions, nos préjugés, à dépasser aussi, quand cela est nécessaire, nos intérêts particuliers pour faire prévaloir le bien commun. Car c’est le Christ lui-même qui se livre dans tout exclu (§85). Là où la modernité auto centrée construit des murs, l’amour pour lequel nous sommes faits, construit des ponts.

Si nous consentons à sortir de nous-mêmes pour entrer dans une dynamique de charité (et telle est la vocation ultime du chrétien) nous trouverons dans l’autre aux multiples visages “un accroissement d’être” (§88).  Le pape rappelle le rôle éminent de la famille dans cette éducation à la charité et à la fraternité (§114). Il réaffirme aussi le droit inaliénable de tout être humain à vivre dans la dignité, appelant de ses vœux une nouvelle “éthique des relations internationales” (§126). Le thème des migrations est largement abordé. Les migrants doivent être accueillis, protégés et intégrés, les nations accueillantes devant arriver à “une gouvernance globale” pour les migrations, qui puisse ouvrir des projets à long terme, en allant au-delà de la seule gestion des urgences, au nom d’un développement solidaire de tous les peuples (§129 et 132).

La seule politique dont nous avons besoin est une politique qui met l’humain, tous les humains, et tout l’humain au centre de ses préoccupations pour que naisse une société basée sur le service des autres, la réconciliation (le pape parle beaucoup du pardon) et le développement.

Parlant du danger permanent de la guerre, le pape appelle a l’élimination totale des armes nucléaires  et l’utilisation de l’argent ainsi récupéré pour la fondation d’un fonds mondial pour l’élimination de la faim (§255 et 262).

Pour conclure le pape qui a fait appel à toutes les bonnes volontés, se tourne vers les religions qui doivent servir la fraternité. Il rappelle que le terrorisme n’est qu’une interprétation erronée des textes et qu’un chemin de paix entre les religions est possible. L’Eglise ne peut pas et ne doit pas laisser sa mission être reléguée dans la sphère privée car la recherche du bien commun, comme celle du développement intégral de l’homme, sont des principes évangéliques qui ont vocation à être annoncés et vécus.  

Prenons garde à ne pas nous laisser séduire par les sirènes d’un monde contemporain trop facilement oublieux des hommes et de leur inaliénable valeur aux yeux de Dieu !

Cette encyclique surprendra et interrogera à juste titre le monde des décideurs car elle est aux antipodes du réalisme politique.

Mgr Georges COLOMB,
évêque de La Rochelle, Saintes et St-Pierre-et-Miquelon
le 21 octobre 2020

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Évangile du jour

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
    « Tenez-vous sur vos gardes,
de crainte que votre cœur ne s’alourdisse
dans les beuveries, l’ivresse et les soucis de la vie,
et que ce jour-là ne tombe sur vous à l’improviste
    comme un filet ;
il s’abattra, en effet,
sur tous les habitants de la terre entière.
    Restez éveillés et priez en tout temps :
ainsi vous aurez la force
d’échapper à tout ce qui doit arriver,
et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme. »

            – Acclamons la Parole de Dieu.