Par Dominique Serre
Pentecôte : déjà une grande fête juive, fête de pèlerinage pendant laquelle le peuple vient remercier Dieu pour les prémices de la récolte et le don de la Thora, de la Loi, remercier Dieu de sa bénédiction qui permet à son peuple d’espérer vivre le bonheur sur sa terre, terre « ruisselante de lait et de miel », la terre de la Promesse.
Son peuple : voilà celui qui est comme le dit les Actes des Apôtres, réuni à Jérusalem pour la fête. Les juifs affectionnent le symbolisme des chiffres. 7 : chiffre de la plénitude, 12 : 12 tribus d’Israël, alors 8 ? Résurrection, et 2 ? l’humain, homme et femme. 2X8=16, comme les 16 nations, représentant toute l’humanité sous les cieux dans ce second chapitre des Actes des Apôtres.
Dommage que la célébration anticipée du jour de Pentecôte nous prive de la liturgie de la veille au soir qui donne à méditer des textes de l’ancien testament qui, au lieu d’insister sur la présence d’un Dieu rassemblant un peuple sur sa terre, le montrent le dispersant aux quatre coins du monde. Ainsi nous y voyons la dispersion de l’humanité grâce à la bienveillance de Dieu, pour qu’elle n’oublie pas que la vie c’est être en relation, histoire de Babel, (Genèse).
Le don de la Thora dans un grand souffle et le feu au sommet du Sinaï, Exode. Et, pour les chrétiens, dans les Écritures, chez les prophètes, déjà annonce de la résurrection, Ézéchiel, et du don de l’Esprit, Joël.
A la pentecôte, comme au jour du baptême de Jésus, nous passons de l’ancien testament au nouveau : Jean Baptiste le dit, lui n’est pas le Messie. Il ne peut ouvrir aux hommes les cieux. Il ne peut que les appeler au respect de la Loi pour avoir une vie heureuse dans ce monde.
« Soudain », tout à coup : C’est l’expérience de ceux qui voit Jésus « paraître » au bord du Jourdain, qui voient les cieux s’ouvrir, qui entendent la voix qui dit « celui-ci est mon fils dans lequel je trouve toute ma Joie » et qui voient Jésus jeté par l’Esprit au désert pour y être tenté avant d’aller annoncer la Bonne Nouvelle, personnellement et à travers ses disciples, jusqu’au bout de la terre.
C’est l’expérience des apôtres dans les Actes, irruption de l’Esprit. Pour eux : un évènement dans leur vie. Un évènement qui devient leur maître intérieur, qui les appelle à une fidélité à ce que porte cet évènement, ce maître intérieur comme le nomme Emmanuel Mounier, philosophe chrétien du vingtième siècle. Oui ! Voilà l’Esprit Saint, ce nouveau Maître intérieur des apôtres qui, par l’évènement de son irruption, envoie ces hommes porter l’Évangile en toutes langues jusqu’au bout de la terre. Leur vie, renouvelée, les fait advenir à eux-mêmes. Mais voilà que cet évènement se propage aux foules de pèlerins présents qui se doivent de prendre position sur les conséquences de ce qu’ils voient se dérouler devant eux.
Avec Saint Jean, nous voyons comment l’évènement du souffle de l’Esprit accompagnant Jésus Ressuscité fait sauter les verrous qui séparaient les disciples des juifs, en leur intimant la mission de porter « la déclaration de Paix ». C’est ce même Esprit Saint qui fait « évènement » dans la vie des catéchumènes, des recommençants, des confirmands – qui surgissent au milieu de nous et nous interrogent sur « comment être fidèle à ce Maitre intérieur ? », qui leur intime vivement de devenir eux-mêmes.
