Homélie du dix-septième dimanche du temps ordinaire


Par Dominique SERRE, diacre

« Avez-vous compris ? » demande Jésus. Et ceux qui l’écoutent, la foule répondent : « Oui ». Mais Jésus, qui est malin, comme l’Esprit, sait bien qu’ils n’ont pas compris ce que vraiment il voulait leur dire. Souvenez-vous que Jésus comprend qu’après l’épisode de la multiplication des pains, les douze qui sont montés avec lui dans la barque restent inquiets alors qu’ils manquent de pain : décidément eux aussi n’ont rien compris. Jésus le dit après les paraboles : ils ont des oreilles et n’entendent pas, ils ont des yeux et ne voient pas. Ce qu’ils ont compris, c’est que ces histoires de champs et de trésors, de perles précieuses, en achetant et en vendant, disent tout le profit qu’on peut en espérer. Ils ont compris que du filet on fera un tri de ce qui nous plait et on jettera tout ce qui nous paraîtra mauvais comme le font les scribes et les pharisiens dans leurs jugements !

« Alors Jésus ajoute » une parole qui pour une fois ne critique pas les scribes, ces scribes qui sont, avec les pharisiens, les gardiens de la tradition. Au contraire Jésus exprime à leur sujet une parole d’Espérance : « s’ils deviennent des disciples du Royaume des cieux, ils seront comme des maîtres qui sortent de leur trésor de l’ancien et du nouveau ». « Maître » : cela nous renvoie au « lavement des pieds » où Jésus dit aux douze qu’il est bien « Maître » lui qui est en train de leur enlever la poussière qui les prive d’un avenir afin qu’ils voient les cieux ouverts. Voilà le trésor : faire de l’avenir avec de l’ancien et du nouveau, et non des questions d’argent ou de respect tatillon de principes moraux.

Pour lancer une flèche le plus loin possible, il faut viser avec un arc que l’on dirige vers le ciel et dont on tire la corde loin en arrière. C’est ce que nous dit le refrain du psaume : « de quel Amour j’aime ta loi, Seigneur ? ». De quel Amour ? Il faut savoir que l’Amour dont parle la Bible n’est pas l’amour dont prétendent s’aimer les jeunes à l’occasion de rencontres éphémères, même si parfois elles peuvent faire naître de véritables amours. L’Amour dont parle la Bible est une relation qui ouvre chacun à l’infini, l’infini de soi-même, l’infini de l’autre, l’infini de Dieu ; un infini dont on ne peut pas connaître l’origine ni le terme ; un infini qui est un souffle qui nous pousse vers de nouveaux horizons, vers nous-même, vers l’Espérance d’un royaume nouveau.

J’aime à entendre que, selon le psaume 84, « Amour et Vérité se rencontrent », ce souffle de l’éternelle nouveauté de l’infini de l’Amour rencontre la Vérité, la Loi, témoin de la tradition, de l’ancien pour que dans l’avenir « Justice et Paix s’embrassent ».
Avec le baptême de Jésus, nous passons de l’Ancien au nouveau testament. Avec Jean Baptiste, voilà un baptême de conversion fidèle à la Loi, et au baptême de Jésus, on voit l’infini s’ouvrir et la voix de l’Amour de Dieu se faire entendre : « en lui j’ai mis toute ma Joie ».
Salomon lui aussi exprime son désir d’Amour infini à l’image de celui de Dieu : il s’oppose au désir de richesse et de puissance pour préférer le bonheur d’un Peuple nombreux, que l’on ne peut compter, en contradiction avec la volonté de l’empereur Auguste et son recensement au temps de la naissance de Jésus.

Très concrètement, lorsque j’entends notre petit fils raconter le camp scout qu’il vient de vivre, je retrouve dans ce trésor l’ancien qu’exprime la tradition scout initiée par Baden Powel et la nouveauté de l’aventure pour ces jeunes de partir à l’aventure, l’itinérance, se coucher à la belle étoile, construire leur campement, partir en « explo » (exploration) avec découverte de la vie paysanne. Quelle ouverture sur l’infini !
Paul, lui, nous rappelle comment l’Amour infini de Dieu accompagne l’homme tout au long de son histoire, le rejoignant par l’incarnation de son Fils, nous invitant à faire route avec lui en recevant son corps et son sang dans son eucharistie pour entrer dans l’intimité de sa vie infinie.