Homélie du troisième dimanche de carême 2026

Par Dominique Serre, diacre

Aujourd’hui : troisième dimanche de carême sur notre chemin vers Pâque, débuté le mercredi des cendres où nous avons accueilli l’Espérance de voir les cieux s’ouvrirent pour nous permettre de contempler la Gloire de Dieu comme nous le dit Saint Paul dans sa lettre aux Romains.

Sur ce chemin, pour ne pas nous égarer, il nous faut faire le point. Et comme nous n’avons pas de GPS, il nous est bon de reprendre la technique de l’estime en consultant notre carnet de bord.

Depuis le premier dimanche de carême, nous avons les yeux fixés sur la belle image de Jésus lors de son baptême sur lequel descend l’Esprit Saint et qui entend une voix qui dit « celui-ci est mon Fils bien aimé ; en lui je trouve toute ma Joie ». Puis c’est aussitôt l’image, toute aussi belle, de Jésus « jeté dans le désert, dans un monde comme le notre, plein de fureur, de guerres (et aujourd’hui nous prions pour que cessent toutes les guerres qui défigurent notre monde), pour combattre le démon et ses tentations. Nous l’avons vu en sortir vainqueur, accompagné par les anges pour le soutenir dans sa mission d’annonce de La Bonne Nouvelle.

Encore une belle image de Jésus pour le deuxième dimanche de carême, celui dit de « la transfiguration : une image de Jésus le montrant en compagnie de Moïse et d’Elie dans la gloire de Dieu avec la voix entendue au baptême, mais qui ajoute : « écoutez le ».

Mais aujourd’hui, en ce troisième dimanche de carême, notre chemin aborde un tournant : plus d’image de Jésus en relation avec son Père ou le démon, mais un Jésus en relations avec des hommes et des femmes bien concrets : une samaritaine, et un aveugle de naissance, puis, ses amies Marthe et Marie, et leur frère Lazare, les dimanches suivants.

La première lecture nous présente en contraste avec un Jésus proche de tout un chacun un Moïse qui, suite aux récriminations du peuple assoiffé, lui donne à boire en frappant le rocher. Une attitude de Moïse qui en vérité n’est pas le dessin de Dieu qui lui avait demandé de « parler » au rocher, non de le frapper par deux fois manifestant son manque de foi, ce qui lui vaudra de ne pas entrer en Terre Promise (Nb 20, 8).

Dans cet épisode de l’évangile de Saint Jean, pas de triomphalisme dans l’attitude de Jésus pour satisfaire les désirs enfouis de la samaritaine.

Jésus se fait le prochain de cette femme : il commence par reconnaître sa fatigue, une certaine vulnérabilité. Pas de surplomb de sa part dans la relation, mais de la « réciprocité » comme le dit Thimoty Radklift o.p. De là il fait naître de la confiance « donne-moi à boire » : il demande avant de donner. Une confiance qui permet à Jésus d’éveiller un désir chez la samaritaine : « si tu savais le don de Dieu » ; un désir que la conversation la conduise à faire la vérité dans sa vie, vérité que Jésus authentifie : « là, tu dis vrai ». Cela a pour effet d’agir comme une révélation pour cette femme : « je le vois bien, tu es un prophète ».

Alors le feu de brousse prend au sein de toutes les questions que se pose cette femme, jusqu’aux questions religieuses. Elle entend qu’elle est invitée à ne plus adorer Dieu, à tourner son regard vers telle ou telle montagne, ou vers Jérusalem, mais le tourner « vers l’Esprit et la Vérité ». Esprit de Dieu, Esprit d’Amour ! Nous retrouvons le Psaume 84 : « Amour et Vérité se rencontrent ; Justice et Paix s’embrassent »…

Alors « laissant sa cruche », laissant sa vie troublée derrière elle, voilà que la samaritaine devient missionnaire et que les cœurs des habitants du village voisin s’embrasent d’Amour à leur tour.

Puisse ce chemin être le nôtre pour monter vers Jérusalem à notre tour.