Les gestes de la messe nous disent quelque chose

Ce dimanche, nous sommes encore dans ce que nous appelons dans la liturgie, le temps ordinaire, avant d’entrer dans le temps du carême, mercredi prochain.

Ordinaire ne veut pas dire habitude ou routine dans notre façon de célébrer, chaque dimanche, le Seigneur. En effet, comme nous le rappelle le concile Vatican II, la liturgie est le SOMMET auquel tend l’action de l’Eglise et la SOURCE d’où découle toute sa vertu.

Et les pères de ce concile de poursuivre, en désirant que tous les fidèles soient amenés à une participation pleine, consciente et active aux célébrations liturgiques.

Pour favoriser cette participation active, qui est un droit et un devoir, des fidèles, prêtres, prophètes et rois, il s’agit de favoriser entre autres choses, pour mettre en valeurs, les actions ou gestes et les attitudes corporelles.

J’en arrive ici à la réflexion que je souhaite vous partager ce matin, en laissant de côté le commentaire de l’Evangile de ce dimanche. Il me semble que cette dimension corporelle est à redécouvrir dans notre manière de célébrer : comment vivons-nous, faisons-nous les gestes, les attitudes présents dans la liturgie de la messe.

Peut-être êtes-vous étonnés par cette remarque ? Vous vous dites : pourquoi ce prêtre nous parle du corps ? A la messe, moi je viens prier Dieu, un point c’est tout !!

Réagir ainsi pose problème et montre que nous n’avons peut-être pas perçu toutes les dimensions de l’eucharistie.

La messe, en effet, ce n’est pas simplement la somme d’actes, d’attitudes spirituelles du prêtre, intérieurs et individuels.

La messe est d’abord l’action, une action commune, l’action d’un groupe qui justement veut faire corps et qui dit action, dit attitudes corporelle, gestes, d’ailleurs prévus par l’Eglise, mais aussi expression parlée ou chantée.

De manière essentielle, dans sa vision de l’homme, la Bible nous apprend à ne pas dissocier le corps et l’âme. La personne humaine est UNE, de manière substantielle, et c’est bien dans toutes ses dimensions que l’homme est créé et sauvé par Dieu. Un culte purement spirituel n’est pas humain. Au contraire d’être secondaire ou une simple enveloppe charnelle (comme on l’entend), le corps humain, destiné à la résurrection, est déjà le Temple de l’Esprit (Saint Paul), par le baptême. Il est  clair que le corps a toute sa place dans la célébration liturgique.

Alors, ce matin, très simplement, je vous propose de faire le point ensemble sur notre façon d’intégrer cette dimension corporelle dans la célébration liturgique telle que l’Eglise l’a prévue.

N’oublions pas, en effet, que tous ces gestes et attitudes sont là pour réaliser et exprimer notre attitude intérieure.

Passons donc en revue tous ces gestes pour en redécouvrir tout leur sens spirituel :

  • Il y a d’abord notre entrée dans l’Eglise : au seuil même de cette Eglise, il y a ce beau geste de la signation sur nous-mêmes avec l’eau bénite ; ce geste qui nous empêche d’entrer machinalement en ce lieu, ce geste que nous referons plusieurs fois durant la célébration, et qui  nous rappelle notre identité de baptisé, de croyant aimé de manière unique par ce Seigneur qui est Trinité.
  • Une fois entré dans l’église, il y a cette salutation faite de respect et d’adoration, que nous adressons au Seigneur présent en sa maison, dans l’eucharistie, au tabernacle. Cette salutation se manifeste par une génuflexion ou une inclinaison, avant de rejoindre notre place.
  • Il y a encore deux attitudes qui nous semblent peut-être banales, mais qui ont une signification et requiert donc une bonne tenue :
    • Attitude debout : attitude de respect, typiquement pascal : délivrés du péché et de la mort, nous ne sommes plus esclaves, mais vivant debout.
    • Attitude assise : c’est l’attitude de l’écoute : celle des lectures, de la prédication ; assis comme Jésus enfant au milieu des docteurs du temple, ou Marie, assise au pied du Christ, son Seigneur et ami.
  • Les 3 signes de croix, sur le front, les lèvres et le cœur, avant la proclamation de l’Evangile, sont à faire lentement et dignement, car ils sont là comme une prière : ouvre mon intelligence et mon cœur à Ta Parole ; aide-moi à la proclamer.
  • Il y a encore le cœur de l’eucharistie, la consécration et le récit de l’institution de la cène : nous pouvons, soit nous mettre à genoux, soit rester debout. Et lorsque le prête élève l’hostie, nous sommes invités à regarder, à contempler me Corps du Christ, Amour donné jusqu’au bout ; et ensuite, seulement, nous incliner profondément, en signe d’adoration (même chose pour le Sang du Christ).
  • Il y a encore le beau geste de paix qui s’enracine dans la phrase du Christ : « Quand tu vas présenter ton offrande à l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel et va d’abord te réconcilier avec ton frère (Mt 5, 23). Ce geste, qui existait dans la liturgie romaine dés le début du Vème siècle, n’est donc pas un banal salut amical ; il est cette paix reçue de Dieu, que nous partageons à nos voisins les plus proches, avant de communier au Corps du Christ, au Pain de l’Unité. Dans la liturgie, le but n’est pas de faire ce geste au plus grand nombre, sinon, pourquoi nous arrêter à la porte de l’église ? 
  • Il y a encore juste avant la communion ce beau geste de se frapper la poitrine : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir » : signe d’humilité, comme chez le publicain de la parabole de l’Evangile.
  • Il y a ensuite ce déplacement que nous vivons pour aller communier. Ce déplacement a du sens : il exprime notre décision personnelle, que nous prenons en conscience au plus intime de nous-mêmes. En effet, communier n’est pas automatique ; ce n’est pas parce que nous allons à la messe, que, forcément et systématiquement, nous allons communier.

Prenons quelques exemples :

  • Pendant toute la messe j’étais ailleurs dans ma tête, je ne suis pas entré en prière ; vais-je aller communier, comme si de rien n’était ?
  • Durant la semaine, j’ai vécu quelque chose qui est vraiment contraire à l’Evangile ; vais-je aller communier, comme si de rien n’était ?
  • Je redécouvre l’eucharistie, après l’avoir délaissé durant des années ; vais-je y accéder, comme cela, puisque la plupart dans l’assemblée y vient ?

Nous avons à nous interroger, car toujours, dans notre expérience de foi, amour et vérité ont à se rencontrer.

Nous avons à nous interroger, aussi, si cette communion eucharistique devient banale pour nous.

Ce mystère est si grand et si beau que nous ne serons jamais dignes de communier, mais cela ne nous dispense pas de nous interroger en conscience pour le vivre en vérité.

  • Enfin, le geste de communion : la communion peut être reçue, soit dans la bouche, soit dans la main ; quelque soit le geste choisi, il doit être fait avec respect et dignité dans la foi. L’eucharistie, nous la recevons, et j’avoue être marqué parfois par ces deux mains qui se tendent (la main gauche sur la main droite) et qui disent admirablement cette volonté d’accueillir ce trésor de l’eucharistie au creux de la vie. Ce rite est très ancien et mentionné au III et IVème siècle dans des textes chrétiens. Il a été remis en valeur il y a une quarantaine d’années. N’ayons pas peur de dire notre foi dans l’eucharistie, par un AMEN audible et convaincu. Pour les personnes qui communient dans la main, il va de soi que la communion s’effectue près du prêtre, et non à sa place.

Si nous ne communions pas, nous pouvons nous déplacer, pour recevoir du prêtre ce beau geste de la signation sur notre front (les  deux bras croisés sur la poitrine)

  • Et puis, enfin,  il y a ces temps importants dans notre liturgie : Ces temps de silence qui  ne sont pas vides, comme une pause ou une attente ; mais ces silences qui sont habités par la prière de chaque membre de l’assemblée, fait de supplication, d’écoute intérieure de la Parole, de louange, d’adoration… Et dés avant la messe elle-même, il est bon de garder le silence dans l’église, pour permettre à chacun de se disposer intérieurement, pour entrer dans cet immense mystère de la messe ; il sera temps, après la messe, d’échanger des nouvelles.
  • Et puis, enfin, il y a cette attitude, cette manière d’être à vivre pendant et à l’issue de la messe : une attitude fraternelle. Un chrétien qui communie au Christ, au même Pain de Vie, ne peut ignorer son voisin de l’assemblée. Le Christ fait de nous son Corps, dont nous sommes les membres. Réalisons la portée de cette image utilisée par Saint Paul, pour parler du mystère de l’Eglise. Elle ne peut que nous stimuler pour aller vers l’autre baptisé, ne serait-ce que trois minutes pour le saluer à l’issue de la messe.

Ce matin, que ces paroles de l’apôtre Paul, viennent éclairer et guider notre pratique de la liturgie eucharistique comme notre vie.

Votre corps est le Temple de l’Esprit Saint qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu.

Rendez gloire à Dieu par votre corps.

AMEN