Homélie de la messe de rentrée paroissiale
Ce matin, à nouveau, le Christ, le Ressuscité nous parle à travers cette parabole racontée à ses amis.
Rappelons-nous ce que nous venons d’entendre.
Le riche décédé arrive dans le séjour des morts ; il rencontre Abraham et ce dernier lui dit en parlant des frères de ce riche, qui poursuivent leur vie sur terre : « Ils ont Moïse et les prophètes (C’est-à-dire leurs paroles, leurs témoignages dans la Bible), qu’ils les écoutent, et s’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter des morts, ils ne seront pas convaincus. »
Ici, il y a pour nous un grand appel que nous lance le Christ.
Attention, en cette rentrée, c’est le moment de nous décider, c’est maintenant !
Très bien, mais nous décider pour quoi ?
Et bien, quand on est chrétien, quand on veut le devenir davantage, c’est le moment de nous laisser aimer par le Seigneur.
Nous laisser aimer par le Seigneur, car en tout premier, c’est bien cela, être chrétien, nous laisser saisir intérieurement par l’Amour du Christ.
Ce n’est pas si simple, tant il est vrai que nous pourrions être tentés de vivre par nous, pour nous, sur nous-mêmes, avec cette volonté de maitriser, de contrôler, de planifier avec Jésus en plus et à certains moments seulement.
Non, lorsque l’Amour du Christ nous saisit, c’est celui qui se révèle en son sommet, de manière indépassable, dans le mystère de sa mort et sa résurrection.
Sa mort / sa résurrection
Nous sommes bien loin de quelques valeurs humaines à respecter ; il est question ici de mort et de vie, de résurrection !
Lorsque l’Amour du Christ nous saisit, c’est toute notre personne, notre vie, notre destinée qui est éclairée, renouvelée, réorientée en profondeur. C’et bien le sens du mot conversion.
Et le Christ devient notre seule richesse, et sa lumière nous fait repérer en même temps toutes les obscurités de nos péchés, tous les freins intérieurs qui nous empêchent de le suivre plus avant, toutes les fausses sécurités, ces richesses de toutes sortes, auxquelles nous nous accrochons tant, alors qu’elles disparaitront un jour.
Et pour paraphraser Saint Paul, nous considérons alors tout cela comme peu de choses, des balayures, à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ Jésus, notre Sauveur, afin de gagner un seul avantage, le Christ.
Oui, nous laisser aimer par le Seigneur, goûter jour après jour de quel Amour unique Il nous aime, au sein de l’Eglise que le Christ a voulue pour en être le sacrement, voilà ce qui est à l’ordre du jour, pour cette année qui s’ouvre devant nous, ici à Saintes.
Car en effet, chacun de nous, nous n’avons pas fini cette belle aventure intérieure, cette découverte, cette connaissance du mystère du Christ, du mystère divin.
Cette connaissance que le Seigneur nous donne d’approfondir d’abord lorsque nous nous mettons en sa présence, dans le silence de la prière, dans la liturgie des sacrements de son Amour offert, ou bien encore l’accueil du témoignage d’un chrétien habité et animé par le Christ.
Alors et alors seulement, une liberté nouvelle se révèle en nous, pour choisir, servir, nous donner et même aller au-delà du possible et du raisonnable.
Alors et alors seulement, de cœur en cœur humain saisi par cet Amour du Christ, l’Eglise se renouvelle et vit une conversion pastorale, selon l’expression du pape François. Expérience spirituelle qui s’enracine et trouve son modèle permanent dans l’événement de la Pentecôte tel que nous le racontent Saint Luc dans les Actes des Apôtres et Saint Jean dans son Evangile.
Des disciples réunis dans le cénacle verrouillé, repliés et enfermés dans la peur.
La présence du Ressuscité est accueillie, source de Paix ;
Le souffle est reçu ;
Ils sont remplis du feu de l’Esprit.
Les disciples deviennent des témoins, car comme le Père a envoyé son Fils, celui-ci, à présent les envoie. C’est ainsi que la communauté chrétienne devient ce pour quoi elle existe : une communauté missionnaire.
Il y a là un événement sans cesse à vivre, et donc ici et maintenant, il va donner lieu pour nous-mêmes à un envoi en mission.
Il ne s’agit pas de nous engager comme nous pouvons le faire pour une cause ou une autre, ou encore en choisissant une activité paroissiale, en plus de la liste des choses à faire par ailleurs.
Cette Pentecôte renouvelée au jour de notre confirmation, comme en tout sacrement, est un événement théologique, au sens où le Seigneur est le premier acteur, avec Son Souffle, Son Feu.
Et l’Eglise apparaît dans toute sa vocation, dans toute sa beauté, lorsqu’elle se laisse agir intérieurement par le Christ et qu’elle ne connait plus aucune limite, aucune barrière, pour rejoindre bien loin de nos cénacles habituels tout homme qui ignore encore le Christ.
C’est bien tout cela que nous voulons vivre, chacun de nous et ensemble, dans cette paroisse, à travers tout les projets que nous avons entendu avant cette messe, avec aussi notre désir de proposer à nouveau de redécouvrir la foi et l’Eglise, à tous ces chrétiens non pratiquants qui nous contactent
Et puis encore ce désir d’avancer sur ce grand projet d’un immeuble dans les rues piétonnes pour faire de ce lieu visible, un lieu de premier accueil pour tous ceux qui cherchent, et aussi ceux qui veulent reprendre contact avec l’Eglise.
Offrons ce matin toute cette année pastorale au Seigneur.
Offrons-lui d’abord notre cœur, un cœur qui l’écoute et se laisse façonner par son Amour pour faire de nous des amis du Christ, des témoins audacieux.
Amen
Père Bertrand MONNARD