Homélie 29 juin 2025 – Cathédrale Saint Pierre – fête de Saint Pierre et Saint Paul
L’Eglise associe en ce jour Saint Pierre et Saint Paul comme Apôtres.
Rappelons-nous d’abord le sens du mot « apôtre » : en grec, cela signifie l’envoyé, comme un ambassadeur, qui représente celui qui l’envoie.
Un ambassadeur, un émissaire, qui doit être respecté comme le serait celui qui l’envoie.
Cela est vrai pour Pierre et Paul, mais il nous faut encore le préciser en 3 moments :
- L’apôtre, est saisi et habité par le Christ
- L’apôtre, est choisi pour être l’ami du Christ
- L’apôtre, est celui que rien n’arrête, pour annoncer le Christ
1 – l’apôtre, saisi et habité par le Christ
Devenir apôtre ne résulte pas seulement d’une nomination comme si l’on recevait une fonction ; devenir un apôtre, c’est tout un chemin où l’on commence d’abord par se laisser rencontrer par le Christ.
Regardons les chemins de Paul et de Pierre :
- Paul a vécu une conversion radicale : celle d’un persécuteur de chrétiens à un homme rencontré et même renversé, converti par le Christ sur ce chemin de Damas.
- Sans vivre ce moment radical, Pierre a fait lui-même tout un chemin pour rencontrer le Christ.
Arrêtons-nous quelques instants :
Toute la première partie de la vie de Pierre, après l’appel du Christ, a été de suivre Jésus, avec fougue, avec volonté, même s’il ne comprenait pas tout. Il s’appuyait sur sa volonté propre, comme un bon militant.
Seulement, voilà, tout s’écroule au moment de la Passion de son Maître, dans un terrible reniement répété 3 fois. C’est alors que se joue pour Pierre le moment décisif. Le Christ ressuscité le rejoint au fin fond de sa misère humaine et de son péché. Et Pierre fait alors l’unique et extraordinaire expérience intéressante d’être aimé infiniment par le Seigneur, d’une immense miséricorde.
Désormais, ce n’est plus lui qui est au centre, mais bien le Christ qu’il reconnait pleinement comme l’Unique Sauveur.
C’est lui, le Christ, qui est en lui comme la source de tout ce qu’il vit : cette audace missionnaire qui l’entraine à porter l’Evangile, l’amenant à se déplacer tout autour du Bassin Méditerranéen, jusqu’au don de sa vie, à Rome.
Pour reprendre une superbe affirmation, de Saint Paul, cette fois : « Ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. » (Galates 2,19)
Et nous, aujourd’hui, comment vivons-nous notre foi ?
De manière volontariste, à la force de nos poignets, par nous-mêmes, en faisant quelques efforts, tout de même, pour être un bon chrétien ?
Ou bien laissons-nous le Christ nous rejoindre : laissons-nous le Seigneur se révéler à nous, nous convertir… bref, le laissons-nous nous aimer d’une manière absolument unique, lui donnons-nous notre disponibilité intérieure, sans rien vouloir maitriser à l’avance ? Peut-êtrre va-t-il nous mener sur un chemin que nous n’avions pas prévu d’emprunter : chemin de don, de service, de pardon. Laissons-le faire, consacrons-lui du temps, où nous nous rendons disponibles à sa présence, à ses appels nouveaux. Je pense à la prière personnelle, à la fréquentation de la Parole de Dieu, à la célébration des sacrements.
Nous laisser convertir encore et à nouveau, nous laisser habiter par le Christ, c’est l’unique source du zèle et de l’audace de l’apôtre.
Saint Marc rapporte que Jésus institue 12 apôtres, pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer proclamer la Bonne Nouvelle et chasser les démons. (Marc 3,14)
Voyons ces 2 autres aspects :
2 – Un apôtre est appelé avant tout autre chose à être avec le Christ, dans une profonde amitié, dont parle Jésus, lorsqu’il déclare : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisi, pour être mes amis. »
Le bonheur de l’apôtre est d’être en présence du Christ ; ce n’est pas d’abord de faire des choses, des activités.
Cela me fait penser à une phrase du cardinal Thuan, cet évêque vietnamien en prison pendant 13 ans, détenu par les communistes. Dans ces différentes prisons, il avait du mal à vivre cette inactivité, alors qu’il se dépensait précédemment pour son diocèse.
Le Seigneur parla à son cœur : « Pourquoi te tourmenter ainsi ? Tu dois faire la différence entre Dieu et les œuvres de Dieu. Tout ce que tu as entrepris et que tu désires continuer à faire est excellent ; ce sont les œuvres de Dieu, mais ce n’est pas Dieu ! Si Dieu veut que tu abandonnes tout cela, fais-le tout de suite, et mets ta confiance en Lui. Il fera les choses infiniment mieux que toi. Tu as choisi Dieu seul, et non pas ses œuvres. »
L’apôtre choisit le Seigneur ; il cherche jour après jour à mieux le connaître et à l’aimer ; il goûte son mystère, de commencement en commencement.
Quelles que soient les circonstances, ce qui tient l’apôtre, c’est son lien, son amitié avec le Seigneur, dans la foi, ce Dieu dont il est sûr, Source de toutes les audaces missionnaires.
Dans notre vie d’Eglise, ne nous attachons pas trop à ce que nous faisons, mais d’abord enracinons notre vie en ce Christ, mort et ressuscité pour nous ; il est notre seule assurance et notre appui.
3 – Enfin, l’apôtre est celui que rien n’arrête pour annoncer l’Evangile.
Rien ne l’arrête, car il ne peut garder pour lui le trésor de l’Evangile.
Regardons les 2 lectures : Jacques est décapité ; Pierre est emprisonné ; Paul raconte à Timothée tout son parcours missionnaire qui n’a pas été sans embuche…
Fêter les Apôtres comme ce matin, nous interroge sur notre mission. Là encore il ne s’agit pas d’une activité en plus dans notre vie ordinaire de chrétien, d’un militantisme si on a le temps. Rappelons-nous la phrase du Saint Pape Jean Paul II : « Un missionnaire est un contemplatif en action. » (Redemptoris mission n° 91)
Notre désir d’annoncer l’Evangile ici et maintenant est comme le débordement de notre vie intérieure avec le Christ.
C’est l’occasion de regarder ce qui peut freiner notre désir d’annoncer l’Evangile :
- Je ne sais pas parler
- Que vont dire les autres ?
- Ne sommes-nous pas influencés par ceux qui nous disent : « la foi, la religion relèvent uniquement de l’intimité, de la sphère privée, et ne doit pas se partager publiquement ?
- Ou encore, influencés par ceux qui confondent laïcité de l’Etat et laïcité de la société ; ce qui nous empêcherait, nous les chrétiens de nous exprimer ? Oui l’Etat est laïc et c’est une très bonne chose, mais notre société française n’est pas laïque, elle est faite de multiples composantes, qui ont heureusement le droit de s’exprimer. Et d’ailleurs, lorsque les chrétiens parlent et agissent dans la société, ils contribuent souvent au bien commun de celle-ci.
Rien n’arrête l’apôtre, pour annoncer le Christ, la beauté et l’actualité de l’Evangile, car l’Esprit Saint l’habite, l’emporte dans son élan, au-delà des choses possibles et raisonnables, que nous nous sommes fixées.
L’Esprit Saint nous inspire des initiatives nouvelles, pour rejoindre tous ceux qui ignorent le Christ, tout près de nous.
Saint Pierre, Saint Paul, priez pour chacun, priez pour notre paroisse ; pour que le Seigneur suscite de nouveaux apôtres parmi les baptisés-confirmés, mais aussi de nouvelles vocations sacerdotales parmi les jeunes ; Saint Pierre et Saint Paul, que votre exemple, votre témoignage soit source d’un nouvel élan missionnaire sur ce territoire ici à Saintes.
Amen
Père Bertrand Monnard