3e dimanche de Carême – 23 mars 2025 – Année C – Luc 13, 1-9
Chers Frères & Sœurs,
Dans nos semaines, l’actualité du monde nous rapporte très souvent des événements dramatiques et révoltants comme ceux cités dans ce passage de l’Évangile de Luc.
Nous avons parfois l’occasion d’entendre autour de nous bon nombre de commentaires, à la moindre annonce d’une nouvelle dérangeante : « Qu’avait-il fait pour mériter de mourir de cette façon ? – Si Dieu existe, Il ne devrait pas permettre cela ! — Qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour subir cette épreuve ? » ou pire : « C’est bien fait pour lui, il ne méritait que cela ! ».
Jésus anticipe les éventuels commentaires de ses interlocuteurs, en posant à son tour une question : « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? » et il donne lui-même la réponse : « Eh bien, non… ». Il fait bien comprendre qu’aucun lien ne doit être établi entre les malheurs subits et le péché, comme il le fera en parlant de l’aveugle-né : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché ».
Qui est le responsable ? Voilà une question qui obsède les commentateurs d’actualités qu’ils soient professionnels au service des médias, ou simples consommateurs de nouvelles comme nous pouvons l’être tous. Il n’y a qu’un pas à franchir pour trouver que sont les autres qui sont responsables, l’autorité, l’État, l’Église, ou encore le système ! Ces personnes qui offraient des sacrifices n’étaient-elles pas trop provocatrices vis-à-vis de l’occupant romain ? Et ce Pilate n’est-il pas un tyran pour faire massacrer des Galiléens en prière ? Il faut chercher les coupables, les causes, « à qui la faute ? ». Jésus ne se laisse pas piéger par l’attente de jugement que ceux qui lui rapportent cette nouvelle tragique voudraient entendre de sa bouche.
Si ce passage de l’Évangile est proposé pendant ce temps de Carême, c’est qu’il doit nous inviter immanquablement à la Conversion ! Il ne suffit pas de changer les structures de la société, de modifier les lois, d’interdire et de censurer, pour faire disparaître la violence et l’injustice. Elles appartiennent à toutes les époques, à tous les régimes, à tous les pays.
C’est le cœur des hommes et des femmes qui doit changer, même si nous nous sentons bien petits, démunis, sans aucun pouvoir sur les événements qui nous assaillent. On se demande sans cesse ce qu’on peut faire. En réponse, Jésus ajoute avec force : « Mais, si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous comme eux. » Périr sans Espérance, en considérant la mort comme le dernier événement, tragique ou simplement naturel, en finissant sa vie terrestre dans une impasse, par une issue tournée vers le néant.
J’ai le pouvoir d’échapper à cela, en ne reculant pas devant mes propres responsabilités, en ne portant aucun jugement, en me tournant vers ma conscience, pour atteindre cette Conversion dont parle Jésus, en me réconciliant avec Dieu.

Comme pour accentuer la réflexion qu’il provoque dans le cœur de ses interlocuteurs et sans les laisser reprendre la parole, Jésus annonce lui-même un autre fait d’actualité, un accident, la chute de la tour de Siloë. Encore une fois, la vive émotion suscitée par cette nouvelle, risque de favoriser les questions de responsabilité…
Les 18 personnes victimes de cet écroulement avaient-elles une raison sérieuse de se trouver là ? L’architecte avait-il respecté les normes ? Et Dieu dans tout ça ? « Eh bien, non, je vous le dis… » répète Jésus, il n’y a pas de coupable, la souffrance n’est pas envoyée par Dieu, cette catastrophe n’est pas une punition. Nous gardons une impression d’impuissance, de fatalité, face à ces calamités, ces morts violentes, ces souffrances injustes. Jésus nous invite à se battre contre le mal, contre ce qui pourrait nous séparer de Dieu, qui risquerait de nous blinder intérieurement jusqu’à ce que nous ne soyons plus en mesure de recevoir son amour. Ses propos ne se placent pas sur le plan moral, ni social, ni politique. En quelque sorte, il nous propose d’échapper à une mort spirituelle, à la mort de notre âme !
Contrairement à de nombreux passages de l’Évangile où l’attention à nos frères et sœurs est le message essentiel, aujourd’hui, Jésus nous invite à nous tourner vers nous-même, à porter un regard intérieur, pour mieux aller vers son Père. Cette fois, il nous demande de détourner des autres notre regard accusateur, pour ni porter de jugement ni se complaire à dénoncer systématiquement un coupable, ni émettre des critiques, jusque dans notre vie d’Église, critiques sur : le prêtre, le diacre, l’animateur, l’organiste, mon voisin, ma sœur, mon frère… !
« Vous périrez tous ! » est le cri d’alarme de Celui qui ne supporte pas voir l’un de nous aller à sa perte. Jésus connaît les problèmes humains, les appréhensions bien justifiées de tous, lorsque la mort nous atteint profondément dans son injustice et sa violence. Lui-même sera condamné injustement par ce même Pilate qui a provoqué la mort des Galiléens. Jésus nous exhorte à la Conversion. Et pour nous y inviter de tout son amour, il nous parle en parabole.
Il nous témoigne de la patience de Dieu en racontant la petite histoire du figuier qui conclut ce passage. Il nous projette dans l’avenir, avec la possibilité de porter des fruits, et nous conduit sur le chemin de la promesse pascale. Il nous rassure et nous encourage, par la bouche du personnage du Vigneron… Le figuier n’a pas encore donné de fruit…. Mon Carême n’a-t-il pas encore pris « sa vitesse de croisière » ? Ma conversion peine à se produire… Le temps n’a pas de prise sur la patience du Vigneron qui me donne une 2e chance.
Le Fils est envoyé pour les pécheurs que nous sommes, et il aime les pécheurs, comme son Père les aime ! Dieu est patient, il n’oppose pas sa Miséricorde à l’exigence, mais c’est son amour qui est exigeant.
Se convertir, c’est sans cesse rétablir le cap de ma vie, la recentrer vers le Christ chaque jour, et souhaitant, comme l’avait dit Benoît XVI : « Puissions-nous expérimenter toujours la joie de mettre le Christ au centre de notre vie ».
Philippe Sanson/ diacre †
