18e dimanche du temps ordinaire – 31 juillet 2005 – Année A
Isaïe 55,1-3 / Psaume 144 / Romains 8,35.37-39 / Matthieu 14,13-21
Très chers frères et sœurs,
Le passage de l’Évangile que nous venons d’entendre tient une place majeure dans l’annonce de la Bonne Nouvelle. Ce même événement, appelé La Multiplication des pains, est relaté dans les quatre Évangiles, et même deux fois par Matthieu et Marc. Six fois donc, nous est révélé par ces textes, Jésus comme pasteur du peuple qu’il enseigne, qu’il organise et nourrit. L’abondance du don de Dieu surgit de ce récit, comme il est annoncé déjà par le prophète Élisée au 2e livre des Rois : Chacun aura assez à manger, et il y aura même des restes.
Essayons de rapprocher l’attitude des apôtres de celle qui pourrait être la nôtre lorsque nous nous trouvons face aux difficultés rencontrées dans notre vie. Cette foule nombreuse, pourrait ressembler à la foule d’hommes et de femmes, dont nous faisons partie, envahie par les problèmes de tous les jours, comme la violence, l’incertitude ou l’individualisme ? N’aurions-nous pas tendance à la renvoyer cette foule ? À nous sentir bien dépassés par la quantité à « fournir », de mots rassurants, d’encouragements, d’espérance, d’attention, d’amour… qu’il nous faudrait distribuer à chacun. Alors, comme les apôtres, nous souhaiterions peut-être qu’ils aillent dans les villages, pour y acheter, pour y trouver eux-mêmes, les nourritures de ce monde qui seraient peut-être les rêves, les pronostics, nos ambitions, les superstitions…

La grande faiblesse de nos moyens symbolisée dans cinq pains et deux poissons, nous amène rapidement à baisser les bras et à nous sentir dépassés, bien démunis face aux sinistres pensées, au défaitisme, au replis sur soi… Quelle nourriture donner à tous ceux qui désespèrent ? À ceux qui ne croient plus en rien ? Qui se laissent gagner par la fatalité, la résignation ou le découragement ?
Saint Paul nous stimule fraternellement dans l’Espérance. Il nous rassure sur notre immunité face aux difficultés de notre monde : rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur. Et cet amour de Dieu, il est ce que notre foule s’est mis en quête de trouver. C’est bien cet amour que Dieu donne en abondance que la foule est venue chercher, cette nourriture qui nous est donnée au temps voulu, comme le chante le psaume. C’est ce don proclamé par le prophète Isaïe, ce don de l’Alliance éternelle qui devient plus qu’une nourriture de survie, plus qu’un aliment de base, il est un véritable festin.
Isaïe, saint Paul, saint Matthieu et le psalmiste, nous servent sur un plateau, cette nourriture divine : l’amour de Dieu ! Possédons-nous suffisamment de réserves personnelles de cet amour, suffisamment de force pour le redistribuer ? Probablement pas ! Notre seule disposition à bien vouloir partager, ne peut suffire. Dans les 4 textes, quelques indications précieuses nous aident à trouver le chemin de ce partage sans limites : Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez, nous proclame Isaïe. Prêter l’oreille : à la parole de Dieu, mais aussi être à l’écoute de nos frères et sœurs. Aller vers le Seigneur, mais aussi aller vers les autres. Tous, ils espèrent, chante le psalmiste. Rester dans l’Espérance en invoquant le Seigneur pour nous, mais en invoquant aussi le Seigneur pour nos contemporains. Nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés, nous dit saint Paul. Et enfin, Matthieu nous rapporte la parole de Jésus : Apportez-les-moi ici.

En apportant seulement nos cinq pains et nos deux poissons, c’est-à-dire nos très faibles moyens, mais en les apportant avec amour, au service du Seigneur, dans la confiance et l’humilité, nous pourrons alors redistribuer cet amour qui sera multiplié, et le Christ nous demandera de distribuer nous-même cette nourriture spirituelle. Alors seulement nous serons ces grands vainqueurs, promis par Saint Paul.
Cette nourriture surabondante se composera : de notre témoignage de foi, de notre attention à l’autre, de notre vie modeste en recherche de sainteté, que Jésus, saisi de pitié envers nous, aura pris en levant les yeux au ciel, qu’il aura bénit et partagé et qu’il nous aura donner à distribuer nous-mêmes, à cette foule, c’est-à-dire à tous ceux qui vivent près de nous.
Et ni la détresse des situations, ni l’angoisse de l’avenir, ni le danger de s’exposer au monde, n’arrêteront notre partage, dans notre vie au quotidien, dans notre communion au sein de notre assemblée d’aujourd’hui. Non, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu, tant Il nous en rassasie avec bonté.
Pour que notre communion à l’autel prenne toute sa grandeur dans l’amour, acceptons de donner le peu que nous possédons et laissons faire le Seigneur. De cette petite quantité d’amour que nous mettons à son service, et que Lui seul saura multiplier, il nous en restera douze paniers pleins.
† Philippe

