15e dimanche du temps ordinaire – Année A – 12 juillet 2026
Matthieu 13, 1-23

Chers frères et sœurs,
Les premiers mots introduisant ce passage de l’Évangile nous placent dans un environnement très proche de celui de la presqu’île d’Arvert. Jésus est assis au bord de la mer et pour échapper à la pression physique de la foule il monte dans une barque. Dans ce passage, il est beaucoup question d’écouter, d’entendre. Jésus annonce : Celui qui a des oreilles, qu’il entende !
Tous ceux qui écoutent Jésus sur le rivage ont une connaissance du travail d’un semeur. La petite histoire doit donc, normalement, être compréhensible par tous. Mais Jésus en doute et en vient même à citer Isaïe pour expliquer aux Apôtres les grandes difficultés que peuvent avoir ses auditeurs. Pour autant, rien n’est perdu, puisqu’Isaïe termine par une lueur d’espoir : « …et moi, je les guérirai. »
Et nous-mêmes ? Est-ce que la parole de Jésus vient nous atteindre dans une « bonne terre » ? Sommes-nous accueillants lorsque nous entendons l’Évangile, ou bien restons-nous engourdis à force d’écouter, à la messe, les mêmes passages tous les trois ans ? Sommes-nous fatigués jusqu’à relâcher notre persévérance et notre fidélité aux exigences de la Parole de Dieu ? Sommes-nous trop habitués à ces textes, en risquant de les considérer seulement comme un patrimoine culturel chrétien ? Ou bien au contraire gardons-nous la force de l’émerveillement ?
La parabole du semeur exprime toutes ces situations de réception de la parole et Jésus aujourd’hui fait lui-même l’homélie, en expliquant aux Apôtres ce que les grains ont à voir avec sa parole. Pourquoi le mystère du Royaume n’est-il pas révélé de façon incontestable ? Pourquoi la Bonne Nouvelle rencontre-t-elle tant d’oppositions ? La réponse à ces questions se trouve dans la logique de la Croix ! Nous pouvons même dire le scandale de la Croix ! Comme le dit saint Paul aux Galates.
Dieu ne se révèle pas dans la toute-puissance, mais dans l’offrande de sa personne. On peut comprendre que la parole de Dieu puisse effrayer, qu’elle puisse empêcher la compréhension par certains qui resteront durs d’oreille et les yeux bouchés. La Croix n’est pas facile à regarder, la mort du Christ n’est pas facile à entendre, seule la foi en Jésus Christ mort et ressuscité permet d’accéder à la compréhension de la Bonne Nouvelle. Heureux vos yeux puisqu’ils voient et vos oreilles puisqu’elles entendent ! Lance Jésus à ses disciples et donc peut-être à nous.
Heureux sommes-nous si nous comprenons sans préjugés, sans a priori, si nous accueillons l’Évangile avec un regard neuf à chaque fois que nous l’entendons, avec une joie nouvelle pour le lire et le méditer.

L’Évangile d’aujourd’hui nous offre deux méditations, deux temps pour approfondir le sens du texte. Tout d’abord la parabole elle-même qui nous parle des grains qui tombent dans trois mauvais terrains : le bord du chemin avec les oiseaux qui les mangent — les pierres avec le soleil qui les brûle— et enfin les ronces qui les étouffent. Ensuite, il y a les grains qui tombent dans le bon terrain avec leurs trois sortes de rendements. La semence portera donc du fruit malgré les difficultés rencontrées. Le semeur fait son travail, il est même très généreux puisque sème partout… Mais le résultat peut paraître un échec avec tous les grains tombés sans rendement. Jésus a semé sa parole et il a rencontré hostilité et refus. Sa mission serait-elle un échec pour autant ? Les disciples ne sont pas loin de le penser. La parole de Jésus est tout de même tombée et reçue dans la bonne terre, c’est-à-dire par ses disciples. Cette parabole est une parabole d’espérance.
Le deuxième temps de méditation est l’explication que Jésus donne de cette parabole du semeur. Il ne s’agit plus de la semence ni des grains, mais du terrain qui les accueille ? Cette fois l’accent est mis sur la place de celui qui entend la parole. Il doit la comprendre grâce à l’intelligence de sa foi en luttant sans cesse pour que le BIEN soit victorieux du MAL, c’est l’exemple du premier terrain.
Pour le deuxième terrain, Jésus fait une allusion aux premières communautés chrétiennes qui appréhendaient la fin des temps, dans la détresse ; elles avaient peur de la persécution, à cause de la Parole. Ce deuxième exemple met en avant le manque de persévérance, le manque de racines. Ces racines sont la prière et les sacrements qui fortifient notre écoute. Enfin, le troisième exemple nous parle de la séduction du monde qui empêche la bonne réception de la parole. Nos tracas professionnels, l’enjeu d’une certaine réussite, le souci du regard des autres sont parfois des obstacles à la bonne réception de la Parole de Dieu.

Heureusement, la parabole et son explication se terminent toutes deux par une belle note d’Espérance avec la parole qui a donné du fruit. Ne désespérons pas lorsque nous avons l’impression que l’Évangile est rejeté par le monde qui nous entoure, restons vigilants pour que notre foi ne faiblisse pas, soyons attentifs à bien recevoir la Parole de Dieu, alors comme les disciples nous porterons du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. Amen.
Philippe
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