
Très chers frères et sœurs,
Contrairement à beaucoup de rencontres que fait Jésus, ici, l’homme aveugle de naissance ne réclame rien, il se trouve seulement sur le passage de Jésus et des apôtres qui marchent avec lui.
Cette infirmité de naissance provoque un questionnement naturel, car elle semble être une injustice. Et suite à cette question, Jésus va agir par compassion.
La première hypothèse qui vient à l’esprit des disciples c’est la faute : qui a péché ? Avec l’idée d’un Dieu vengeur, d’un Dieu qui punit.
La responsabilité des parents est suspectée, car les juifs du temps de Jésus étaient imprégnés par les textes de l’Écriture Sainte, comme par exemple l’Exode au chapitre 20, verset 5 : « …je punis la faute des pères sur les fils, jusqu’à la troisième et quatrième génération… » Pourtant, les prophètes Ézékiel et Jérémie, avant même le Christ, tentent tous les deux de faire oublier cette sorte de malédiction, en demandant de ne plus dire ce proverbe : « Les pères mangent du raisin vert, et les dents des fils en sont irritées. ». Plus loin, Ézékiel ajoute : « le fils ne portera pas la faute de son père ni le père la faute de son fils… » Donc pas d’hérédité pour une faute. Chacun est responsable de son comportement. Dieu n’est pas un notaire qui contrôle l’héritage du péché.
Mais l’idée d’un châtiment de Dieu à travers les générations reste bien ancrée. Même s’il n’y a pas de transfert d’une malédiction de génération en génération, on continu à croire que Dieu apporte une punition par la faute des aïeuls.
Une sorte de procès se met en place après que Jésus, emporté par la compassion, permet à cet homme de voir pour la première fois de sa vie. Face à la souffrance, au handicap ou à la maladie, nous souhaiterions trouver des explications et peut-être une certaine justification du mal. Ces situations terribles qui bouleversent une vie ne sont jamais l’œuvre de Dieu. De façon déroutante, Jésus lui-même annonce que la situation de cet homme aveugle de naissance va lui permettre de manifester l’œuvre de Dieu en lui. C’est que le ministère de Jésus, venu habiter parmi nous, est une œuvre de guérison face à toutes les obscurités de nos vies, face à la présence du mal dans le monde. Le véritable aveuglement c’est le péché.
Suite à la Transfiguration, du 2e dimanche de Carême, Jésus renforce cette annonce en disant à ses disciples : « je suis la lumière du monde » ; les yeux de cet homme qui s’ouvrent manifestent concrètement cette déclaration. Des signes et gestes qui sont posés et des phrases qui sont prononcées, c’est exactement ce qui se passe lorsque nous recevons un sacrement, c’est ce qui se passera bientôt pour le baptême de Rachel et de Marie-Christine.

En poursuivant cette comparaison, nous voyons ici que l’homme qui a obtenu la vue franchit trois étapes dans sa relation avec Jésus, comme père David nous l’avait présenté dimanche dernier avec la Samaritaine. L’ancien aveugle dit tout d’abord : « L’homme qu’on appelle Jésus », puis, devant les attaques virulentes des pharisiens, il finit par leur dire : « C’est un prophète ». Et enfin, lorsqu’il retrouve Jésus dehors et le voit de ses yeux ouverts pour la première fois, il l’appelle Seigneur et finit par se prosterner devant lui. Trois étapes, à l’image des trois scrutins que vivent Marie-Christine et Rachel, trois avancées dans la foi pour rejoindre Jésus, comme la Samaritaine a pu le faire elle aussi.
Aucun mal, aucune souffrance, aucune maladie, aucun handicap ne peut venir de Dieu. Dieu est amour et tout ce qui vient de lui n’est qu’amour. Nous avons du mal à échapper à une certaine croyance de la punition qui vient du Ciel. Lorsque j’étais enfant, ma grand-mère me disait si je m’étais fait mal en faisant l’imbécile avec un bâton, dans le jardin : « C’est le Bon Dieu qui t’a muni ! » Cette affirmation théologique doit rester au musée des antiquités de la foi.
Non, Dieu ne punit jamais, il nous jugera certes, lorsque nous seront passés dans l’au-delà, mais en attendant, sans tarder, rendons grâce pour l’amour qu’il nous donne aujourd’hui à travers cette eucharistie que nous vivons ensemble, et rendons grâce aussi pour la joie d’accueillir Rachel et Marie-Christine, comme catéchumènes en chemin vers leur baptême, en chemin vers Pâques. Amen.
Philippe
†

