3e dimanche de l’Avent — Année A — 14 décembre 2025 — Matthieu 11, 2-11

Chers frères et sœurs,
Jean le Baptiste et tous ceux qui le suivaient attendaient le Messie. Un Messie triomphant, à l’image de David marqué de l’onction de Dieu donc un Christ transcendant, le Fils de l’homme annoncé par le prophète Daniel, venant des nuées du ciel pour juger tous les méchants. C’est bien ce Messie-là que Jean annonçait aux foules du désert : le justicier qui avait déjà la cognée à la racine de tout arbre improductif et la pelle à vanner pour séparer le blé de la paille, comme nous l’avons entendu dimanche dernier. De sa prison, Jean a des doutes et il interroge sur celui qui doit venir ; cette question est rapportée à Jésus.
N’avons-nous pas, nous aussi, des questions et même de la déception concernant Dieu ? Pourquoi Dieu laisse-t-il son précurseur, Jean, enfermé en prison, et subir ensuite le martyre de la décapitation ? Pourquoi Dieu ne défend-il pas ses amis ? Pourquoi Jean Baptiste, prophète de Dieu, est-il réduit au silence par Hérode ? Pourquoi Dieu est-il silencieux ? Lui qui nous annonce sa Parole ! Pourquoi tant de souffrance, tant de morts terriblement dramatiques ? Ces questions, ces doutes, sont à l’image de ce que l’on pourrait appeler la « nuit obscure de Jean ». Ce désert spirituel peut nous atteindre nous aussi.
Les contemporains de Jésus souhaitaient un Messie libérateur de l’occupant romain, un vainqueur apportant le jugement définitif de Dieu pour relever la nation juive. Presque personne, et pas même Jean, n’était préparé à accueillir le Royaume d’Amour du Christ qui se manifeste dans la faiblesse. Jésus va détruire la séparation traditionnelle entre le pur et l’impur : il s’approche des lépreux, des aveugles, des sourds, des boiteux, des morts, c’est-à-dire de tous ceux qui symbolisent l’impureté et le péché.
Une fois les envoyés de Jean repartis, c’est au tour de Jésus de questionner à propos du Baptiste. Il monte par palier à travers ses questions : qu’êtes-vous allé regarder ? : « un roseau — un homme bien habillé — un prophète ? » Et il fait lui-même la réponse : « plus qu’un prophète » L’attitude de Jean Baptiste est ferme face à celle d’Hérode. Cette attitude de droiture lui a valu la prison et lui vaudra même la mort. C’est un homme courageux, qui vit très simplement. Il est le dernier prophète, la passerelle entre l’Ancien et le Nouveau Testament.
Mais le Messie qui est venu dans le monde comme un petit enfant, fragile, à peine découvert par quelques bergers, ce Messie nous apporte la Bonne Nouvelle de Dieu qui dépasse tout ce que l’on pouvait espérer. Et Jésus conclut en donnant la plus grande place dans le Royaume des Cieux, au plus petit croyant ! Une place plus importante que celle de Jean le Baptiste. Dieu s’est fait serviteur, sa puissance et sa grandeur c’est de se faire petit. Jean-Baptiste, dans son épreuve, l’apprend, et nous avec lui.
La réponse de Jésus à Jean Baptiste devient donc, pour chaque chrétien et pour toute l’Église, une pressante interrogation. Que donnons-nous à ceux qui nous voient vivre des signes de Jésus ? Vivons-nous la Bonne Nouvelle avec la volonté de mettre tout en œuvre pour accueillir, aider, porter secours, soulager, soutenir, défendre… aimer, les plus petits d’entre nous ?
Notre foi n’est pas une chose acquise définitivement, et nous ne pouvons pas enfermer l’action de Dieu dans un système quelconque. Ce chemin vers Noël nous laisse le temps d’abandonner nos certitudes, nos habitudes de piété, pour nous laisser saisir par l’amour de Dieu. C’est la joie de ce 3e dimanche de l’Avent, la joie de se laisser transformer pour accueillir le Sauveur ! — Amen.
Philippe
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