22e dimanche du Temps ordinaire — Année C — 31 août 2025 —
Chers frères et sœurs,
L’Évangile d’aujourd’hui nous dit que c’est un jour de Sabbat que se passe la scène. Le repas bien particulier de ce jour est préparé la veille, le jour dit de la PRÉPARATION.
Pas de cuisine à faire, ce jour de sabbat on doit être tout à ses invités.
Jésus était entré chez le chef des Pharisiens — ce groupe est habituellement contre lui — Mais Jésus n’est contre personne. C’est un homme libre. Il fréquente tout le monde, même les publicains et les pécheurs. Tellement libre qu’il entre dans cette maison : y était-il invité ? On ne le sait pas. On l’observe, les Pharisiens ont toujours tendance à vouloir le piéger et le prendre en défaut.

On pourrait croire que Jésus nous invite à adopter une technique élaborée pour tirer avantage de la situation. Comme un calcul : se mettre en retrait, en arrière volontairement, pour se faire remarquer ensuite, et venir, sans avoir à le demander, en avant de la scène. Penser cela serait mal comprendre le texte. Jésus invite à ne jamais rechercher les premières places, les honneurs, il invite à vivre dans la discrétion, l’humilité et si les honneurs viennent, savoir les accepter avec simplicité.
Les deux petites paraboles de Jésus font écho à l’Évangile entendu dimanche dernier : « il y a des derniers qui seront premiers et des premiers qui seront derniers » ; et à celui proclamé avec le Magnificat de la Vierge Marie, pour la fête de l’Assomption : « Déployant la force de son bras, il disperse les superbes, il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles ». Qu’est-ce que l’évaluation de la Grandeur d’après l’Évangile ? Pas celle du Monde ! Pas le pouvoir, ni la fortune, ni les diplômes, ni la place dans la hiérarchie, non !

La Grandeur c’est l’Humilité, et, l’Humilité suivant l’Évangile, c’est élever les autres, que l’on doit toujours considérer comme supérieurs à nous ; pour exemple, cette exhortation de saint Paul aux Philippiens : « Ne soyez jamais intrigants ni vaniteux, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-même. » Nous sommes encouragés à considérer ce qu’il y a de grand chez les autres et à reconnaître qu’il y a toujours un domaine dans lequel ils nous sont supérieurs
Nos yeux de croyants doivent regarder le monde non pas à travers la richesse, la réussite, la position sociale, la capacité intellectuelle, la connaissance religieuse, mais à partir de la perspective des oubliés, des maltraités, des exclus… Comme dans l’énumération de la deuxième parabole, les catégories citées par Jésus : pauvres, estropiés, boiteux, aveugles, qui sont alors tous rejetés de la société. Ils étaient frappés d’ignominie, interdits aux cérémonies du temple, ils étaient des parias !
C’est justement, pour Jésus, ceux qui sont invités en priorité à la table du Seigneur, car ces paraboles nous indiquent de façon imagée le chemin de vie qu’il faut suivre pour accéder au Royaume de Dieu, c’est-à-dire inviter à partager des instants de notre vie, en recherchant la justice et la paix, pour et avec tous ceux qui sont comptés pour rien, ceux qui souffrent, qui peinent, à différents titres : les personnes malades, handicapées, les chômeurs, les personnes sortant de prison, les personnes en deuil, les immigrés, les petits. La grande VALEUR d’une personne n’est pas la valeur que retient notre monde, mais celle de l’Évangile ! Jésus nous invite au don gratuit, en donnant à ceux qui ne peuvent nous le rendre, notre argent, ou notre temps, ou notre compassion, notre écoute.
La générosité n’est pas un sacrifice, c’est une source de bonheur, une béatitude, une des sources d’énergie de notre vie de foi. Elle est difficile à admettre et à vivre, cette vision évangélique de la vie ! La grâce de Dieu nous la recevons sans l’avoir mérité, quelles que soient nos actions. Jésus nous recommande de nous abaisser, c’est une bien grande chose, puisque lui-même s’est abaissé jusqu’à la mort et la mort de la croix !
S’abaisser ! Le monde moderne n’admet pas cette attitude, et la qualifie par des expressions péjoratives comme : s’écraser, démissionner, ramper, capituler, céder… Nous sommes traités de la sorte lorsque nous voulons être des artisans de paix et suivre le Christ. Nous nous mettons alors en opposition à la promotion, à l’épanouissement personnel, à la force de caractère, à l’affirmation de soi, à l’exigence, la fermeté, et parfois l’intolérance.
En prenant la dernière place, Jésus ne s’est pas diminué, il n’a pas été moins lui-même ; au contraire, c’est en cet abaissement même qu’il a manifesté sans grandeur suprême : l’Amour absolu. La résurrection n’est pas le contraire de la Croix, car son total abaissement et l’oubli complet de lui-même étaient déjà sa Gloire !
Ce qui nous oppose au Salut, à l’accès au Royaume de Dieu, ce n’est pas le péché, c’est le sentiment de Justice personnel, l’orgueil d’être satisfait de nos propres mérites, d’avoir la certitude d’être juste, en accomplissant parfaitement toutes les règles et la loi.
En renonçant à croire en nos propres forces et en faisant une confiance totale à Dieu, faibles et petits devant Lui, nous accéderons à son Royaume, comme des enfants, des enfants de Dieu !
Philippe
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