Toussaint — 1er novembre 2025 — Année C — Matthieu 5, 1-12a

Un jour, frères et sœurs,
serons-nous comme les 144 000 élus, marqués du sceau sur leur front, dont parle l’Apocalypse de saint Jean. Faisons-nous partie du peuple qui cherche la face du Seigneur ? Comme le chante le psaume. Mettons-nous notre espérance en Dieu pour devenir semblables à lui ? Comme l’annonce la première lettre de saint Jean. En écoutant Jésus, dans l’Évangile, nous pouvons être troublés par ces annonces du bonheur présent et futur, mais il ne dit pas : Pour plaire à Dieu, soyez malheureux. Pour plaire à Dieu, versez des larmes. Pour plaire à Dieu, soyez persécutés. Non ! Dieu n’aime pas notre malheur. Quand nous pleurons, Dieu pleure avec nous. La solennité de la TOUSSAINT nous invite à méditer sur notre désir de devenir saint !
Certains diront : « Je ne peux pas être un saint ! C’est bon pour des personnes exceptionnelles qui vivent leur foi de façon bien plus forte que moi ! ». Pourtant, le premier saint est l’un des deux brigands crucifiés aux côtés de Jésus. « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » (Luc 23, 43)
Il ne s’agit pas de devenir UN SAINT qui a son prénom dans le calendrier et son portrait sur un vitrail, mais il s’agit d’accéder à la sainteté, pour rejoindre Dieu après notre temps passé sur terre et faire tout pour le rejoindre déjà en cette vie. C’est le chemin de tout baptisé, un chemin qui demande de la persévérance et une véritable volonté de conversion. Nous avons un combat spirituel à mener contre notre résistance à changer.
Existe-t-il un modèle de vie pour parvenir à la sainteté ? La réponse est : NON !
Pour rassurer ceux qui ne se sentiraient pas à la « hauteur », il faut se rappeler que : Jésus n’est pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. Nous sommes tous différents et chacun à une place bien personnelle dans le cœur de Dieu.
Il faut relire sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la sainte Face pour trouver une belle parabole à ce sujet : Thérèse Martin se posait la grande question : « Pourquoi sommes-nous si différents de caractère, en santé, en longévité, en sainteté ? »
Voilà ce qu’elle a écrit en réponse à cette question : « Jésus a daigné me faire comprendre tout cela en mettant devant mes yeux le livre de la nature. J’ai compris que toutes les fleurs qu’il a créées sont belles, que l’éclat de la rose et la blancheur du lys n’enlèvent pas le parfum de la petite violette ou la simplicité ravissante de la pâquerette. J’ai compris que si toutes les fleurs voulaient être des roses, les champs ne seraient plus émaillés de fleurettes. »
Pour illustrer la petitesse des choses et l’adaptation, sur mesure, pour chaque personne, de la grâce reçue de Dieu, la sœur de Thérèse, Pauline, lui posait cette question : « Si je remplis d’eau un dé à coudre et un grand verre, lequel des deux est le plus plein ? » « Autant l’un que l’autre » avait répondu Thérèse. Elle lui faisait comprendre par cette petite métaphore que le bon Dieu au Ciel donnerait à ses élus autant de gloire qu’ils pourraient en contenir. Chacun à sa mesure.

Thérèse se voit non petite sainte, mais grande sainte. Son ambition peut surprendre et son désir de perfection est immense. Elle cite saint Augustin : « Je ne suis pas parfait, mais je VEUX le devenir. »
Comme Thérèse, nous sommes en formation pour la sainteté, donc nous avons droit à l’erreur et à la miséricorde. Souvenez-vous de ces paroles de Jésus : « Le disciple n’est pas au-dessus de son maître », mais une fois bien formé : « Il suffit que le disciple soit comme son Maître. » C’est la conduite accompagnée !
L’amour n’a pas besoin d’œuvres éclatantes, de pensées sublimes, il suffit d’un peu d’humilité avant tout et de profiter des moindres occasions pour aimer et se donner entièrement à Dieu. Marie Martin, une autre sœur de Thérèse, lui disait : « d’être sainte par la fidélité aux petites choses. » Et Thérèse en avait fait son chemin de sainteté, sa petite doctrine : « Je n’ai d’autres moyens de te prouver mon amour, que de jeter des fleurs, c’est-à-dire de ne laisser échapper aucun petit sacrifice, aucun regard, aucune parole, de profiter de toutes les plus petites choses et de les faire par amour. » Nous aussi nous pouvons prendre cette « petite voie » de Thérèse, celle de la confiance, en nous disposant à chaque instant au service de nos frères et sœurs.
La sainteté doit être notre projet, notre intention, notre programme, à l’image de Thérèse de Lisieux, nous pouvons avancer à notre rythme dans une petite voie bien personnelle qui nous mènera vers le Christ, grâce à la miséricorde de Dieu.
La fête de la Toussaint ne doit pas nous plonger dans des pensées de mort et de tristesse. Nous pouvons dire comme Thérèse : « Je ne suis pas pressé de mourir, car le paradis sera aussi joli demain qu’aujourd’hui. »
Notre confiance en la miséricorde de Dieu est notre garantie pour accéder au Paradis.
Philippe
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