Messe de pour la fête de saint Hubert – 25 octobre 2025 – Année C – Luc 13, 1-9
Chers Frères & Sœurs,
L’actualité du monde nous rapporte très souvent des événements dramatiques et révoltants comme ceux rapportés par l’Évangile de Luc. À la moindre annonce d’une nouvelle tragique et dérangeante, nous avons l’occasion d’entendre autour de nous ce genre de remarques : « Qu’avait-il fait pour mériter de mourir de cette façon ? — Si Dieu existe, Il ne devrait pas permettre cela ! — Qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour subir cette épreuve ? » ou pire : « C’est bien fait pour lui, il est puni, il ne méritait que cela ! ». Jésus anticipe les éventuels commentaires de ses interlocuteurs, en posant à son tour une question : « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? » et il donne lui-même la réponse : « Eh bien, non… ». Il fait bien comprendre qu’aucun lien ne doit être établi entre les malheurs subits et le péché. Alors ? Qui est le responsable ?
Voilà une question qui obsède les commentateurs d’actualités, qu’ils soient journalistes ou simples consommateurs d’informations comme nous pouvons l’être tous. Il n’y a qu’un pas à franchir pour trouver que sont les autres qui sont responsables : l’État, l’ONF, l’Église, ou encore le système ! Ces personnes qui offraient des sacrifices n’étaient-elles pas trop provocatrices vis-à-vis de l’occupant romain ? Et ce Pilate n’est-il pas un tyran pour faire massacrer des Galiléens en prière ? Il faut à tout prix chercher les coupables, les causes, « à qui la faute ? » Ceux qui rapportent ces nouvelles à Jésus voudraient entendre de sa bouche un jugement, mais lui ne se laisse pas piéger.
Il ne suffit pas de changer les structures de la société, de modifier les lois, d’interdire et de censurer, pour faire disparaître la violence et l’injustice. Elles appartiennent malheureusement à toutes les époques, à tous les régimes, à tous les pays. C’est le cœur des hommes et des femmes qui doit changer, même si nous nous sentons bien petits, démunis, sans aucun pouvoir sur les événements qui nous tombent dessus. On se demande sans cesse ce qu’on peut faire. En réponse, Jésus ajoute avec force : « Mais, si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous comme eux. »
Périr comme eux ? Jésus ne parle pas de mourir dans un accident, dans des conditions horribles, mais de mourir sans Espérance, en considérant la mort comme le dernier événement, tragique ou simplement naturel, en finissant sa vie terrestre dans une impasse, par une issue tournée vers le néant.
Nous avons tous le pouvoir d’échapper à cela, en ne reculant pas devant nos propres responsabilités, en ne portant aucun jugement, en nous tournant vers notre conscience, pour atteindre cette conversion dont parle Jésus, en nous réconciliant avec Dieu, dans la foi.

Saint Hubert, dont nous anticipons le jour de la fête, qui sera le 3 novembre, fut évêque des villes de Tongres, Maastricht et Liège, au 8e siècle. Cet homme passionné de chasse est entouré d’une très belle légende remplie de foi chrétienne que la tradition nous a rapportée jusqu’ici. Pour faire écho à l’Évangile que nous venons d’entendre avec l’appel de Christ à nous convertir et à comprendre que le malheur ne vient jamais de Dieu, la légende raconte qu’un Vendredi Saint, Hubert était allé chasser. Il se retrouve face à un cerf d’une taille impressionnante qui porte dans ses bois une croix. Il entend alors une voix qui lui dit : « Chasser un jour pareil ? Pourquoi ne vas-tu pas prier ? Jusqu’à quand la passion de la chasse te fera-t-elle oublier ton salut ? »
Cette belle histoire de conversion rejoint la réalité historique qui fait qu’Hubert laisse le duché d’Aquitaine à son frère et commence une vie monastique entièrement consacrée à Dieu. Il devient ensuite évêque et entoure les fidèles de son diocèse de beaucoup d’attention où qu’ils vivent, dans les villages, près des rivières, dans les clairières ou en forêt, toujours très attentif à toute la misère.
Ce n’est pas la chasse qui est mise en accusation par la voix de Dieu, c’est la place excessive qu’une passion humaine pourrait prendre et risquer de faire oublier le sens même de la vie.
Être chasseur doit permettre de se situer humblement au milieu de la nature, de se laisser entourer des arbres, des bosquets, des fleurs et des fruits, de se retrouver participant à la vie de la forêt, au milieu des animaux, en prenant une modeste part à cet environnement qui s’inscrit dans la Création tout entière.

Même si on ne vit pas une conversion radicale comme celle de saint Hubert, la participation à la chasse doit engendrer une forme d’action de grâce, une reconnaissance de la beauté de la création du monde. Prendre le temps de se tourner vers Dieu pour le remercier d’être ici, aujourd’hui, dans cette belle forêt. Avec cette messe célébrée à la mémoire de saint Hubert, nous sommes venus rendre grâce à Dieu, c’est l’objectif de notre rassemblement, c’est le sens du mot eucharistie. Amen.
Philippe
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