Comment le culte catholique est-il organisé ?

Quelles sont les affirmations matérielles de cette identité catholique collective ?
Comment le catholicisme se manifeste dans la vie publique ?

Le canton de Royan
| Breuillet | L’Eguille | Mornac | Royan | Saint-Palais | Saint- Sulpice | Vaux-sur- Mer | Total | |||||||||
| (1) | (2) | (1) | (2) | (1) | (2) | (1) | (2) | (1) | (2) | (1) | (2) | (1) | (2) | (1) | (2) | |
| 1811 | 988 | 87,6 | 136 | 29,2 | 259 | 47,6 | 844 | 39 | 586 | 81,1 | 516 | 61,4 | 289 | 84,6 | 3606 | 58,3 |
| 1851 | 965 | 75,6 | 200 | 24,3 | 274 | 44,1 | 1343 | 40,1 | 530 | 66,1 | 632 | 69,2 | 281 | 69,2 | 4225 | 51,7 |
| 1903 | 580 | 64,7 | 200 | 30,1 | 450 | 48,1 | 2620 | 30,9 | 648 | 71 | 400 | 56 | 302 | 55,3 | 5200 | 39,6 |
(1) : valeur absolue ; (2) : valeur relative.
Le canton de la Tremblade
| Arvert | Chaillevette | Etaules | Les Mathes | Saint- Augustin | La Tremblade | Total | ||||||||
| (1) | (2) | (1) | (2) | (1) | (2) | (1) | (2) | (1) | (2) | (1) | (2) | (1) | (2) | |
| 1811 | 1268 | 50 | 642 | 62,1 | 227 | 35,4 | 112 | 23,2 | 298 | 61 | 1064 | 43,8 | 3611 | 47,5 |
| 1851 | 1382 | 54,4 | 603 | 65 | 391 | 42,4 | 118 | 16,6 | 309 | 60,1 | 1275 | 47 | 4078 | 49 |
| 1903 | 1223 | 50,7 | 610 | 58,35 | 442 | 38,59 | 107 | 12,1 | 260 | 53,6 | 1300 | 36,9 | 3942 | 41,5 |
(1) : valeur absolue ; (2) : valeur relative.
« A côté de cette poussée d’incrédulité qui a entraîné les esprits sous l’influence des théories matérialistes, illogiquement bâties sur les merveilles scientifiques du xixe siècle, il y a, à La Tremblade, des causes particulières de décadence religieuse. On nous a rapporté, dans la paroisse, cette parole prophétique du vieux M. Lafon : « Le commerce des huîtres tuera les Eglises de la presqu’île d’Arvert. » Cette parole, hélas ! se réalise de plus en plus pour La Tremblade. […]
D’où vient que le commerce du pays ait cette influence néfaste ? C’est facile à comprendre. Tout d’abord, pour réussir en ostréiculture, il faut exercer le métier soi-même ; or, c’est une occupation très absorbante et qui ne contribue guère au développement spirituel de l’individu.
En second lieu, les malines – ou les grandes marées – ne respectent pas le dimanche ; et comme elles sont d’une importance capitale pour l’ostréiculture, les gens les mieux disposés se sentent parfois obligés de sacrifier leur culte à leur travail. Les expéditions d’huîtres se faisant d’ailleurs tous les jours sans distinction, les paroissiens peu zélés ont mille prétextes pour négliger le temple et le jour du Seigneur. Or, l’habitude devenant une seconde nature, ce qui était d’abord l’exception tend à devenir la règle.
Enfin, l’absence des écaillères, – femmes et jeunes filles de la paroisse, – qui vont vendre les huîtres au loin pendant 7 ou 8 mois de l’année, c’est la désorganisation des familles, ce qui est souvent fatal pour la moralité ; les hommes abandonnés à eux-mêmes, sont exposés à mille tentations, l’éducation des enfants en souffre et certaines jeunes filles rapportent des grandes villes un goût exagéré pour tout ce qui est luxe et frivolité. »
John Bost, La Réforme à la Tremblade en Saintonge, Saintes, Imprimerie A. Gay, 1904, p. 44-47.
Étaules
« Notre commune compte environ 1100 habitants, dont 350 protestants et 750 catholiques à peu près. Les protestants ne font pas beaucoup de prosélytisme, ils se bornent à nous prendre quelques mauvais catholiques. Mais en revanche, bien qu’en minorité, ils font élire leurs coreligionnaires au conseil municipal.
Cette assemblée est composée presque exclusivement de protestants. Les deux ou trois catholiques qui en font partie sont, nous assure-t-on, ou francs-maçons ou sous l’influence des francs-maçons. […]
Les protestants sont ici les maîtres, bien qu’ils soient les moins nombreux et ils le doivent aux mauvais journaux qu’ils répandent à profusion. »
Le Catholique. Organe mensuel de défense contre le péril protestant, décembre 1898.
Saint-Sulpice-de-Royan
« Saint-Sulpice compte 750 habitants, dont 350 catholiques seulement. Nos adversaires ne font pas de prosélytisme, ce sont, en général, des gens tranquilles, sauf pourtant trois ou quatre fortes têtes, encore aujourd’hui, sont-ils relativement sages, occupant toutes les places et toutes les situations.
Tout le conseil municipal est protestant ; les catholiques moins nombreux n’y peuvent rien et d’ailleurs ils manquent d’énergie et d’union pour la lutte.
Tous les fonctionnaires sont protestants : maire, adjoint, garde-champêtre, facteur, cantonnier. L’instituteur et l’institutrice seuls sont catholiques. »
Le Catholique. Organe mensuel de défense contre le péril protestant, janvier 1899.
Loi du 18 germinal an X (8 avril 1802) : Concordat et Articles organiques
Le Concordat
Article 1. La religion catholique, apostolique et romaine sera librement exercée en France. Son culte sera public, en se conformant aux règlements de police, que le Gouvernement jugera nécessaire pour la tranquillité publique.
Les Articles organiques Titre 4, section II. – De la circonscription des Paroisses.
Article 60. – Il y aura au moins une paroisse dans chaque justice de paix.
Il sera, en outre, établi autant de succursales que le besoin pourra l’exiger.
Article 61. – Chaque évêque, de concert avec le préfet, réglera le nombre et l’étendue de ces succursales. Les plans arrêtés seront soumis au Gouvernement, et ne pourront être mis à exécution sans son autorisation.
Article 62. – Aucune partie du territoire français ne pourra être érigée en cure ou en succursale, sans l’autorisation expresse du Gouvernement.
Article 63. – Les prêtres desservant les succursales sont nommés par les évêques.
Un chef-lieu de canton disposant d’une remarquable stabilité cléricale
Une singularité originelle : un chef-lieu de canton sans titre curial
Une trajectoire exemplaire au cœur de la presqu’île
L’abbé Louis-Germain Desmortiers (1789-1870), curé de La Tremblade de 1817 à 1870.
Il « y exerce le saint ministère depuis 1817, et […] a su, pendant tout le cours de son long et fructueux sacerdoce, se concilier le respect et la vénération profonde de la population tout entière. »
A. Bourricaud, Etudes historiques. Marennes et son arrondissement, Marennes, Florentin Aîné, 1867.
… et son successeur, l’abbé Louis Augustin Barbotin (1821-1904), administrateur (1867-1871) puis curé de La Tremblade (1871-1901).
| av. 1807-1814 | Jean-Thiburce Delon (v. 1746-1814) |
| 1814-1817 | François Chenuau (1791-1863) |
| 1817 (?)-1842 | André-Gabriel Beligon (1790-1842) |
| 1842-1858 | Louis-François Moussay (1806-1880) |
| 1858-1889 | Jean-Laurent Gaillard (1812-1899) |
| 1889-1899 | Lucien Fradin (1833-1921) |
| 1899-1907 | Jacques-Henri Guilbaud (1865-1921) |
Saint-Sulpice-de-Royan (1850), une paroisse catholique dans une commune majoritairement protestante: des desservants au ministère peu durable
| Dates du ministère | Desservants |
| 1852-1854 | Pierre-Marie Bonnaire (1819-1855) |
| 1854-1859 | Pierre Honoré Michaud (1827-1889) |
| 1859-1861 | Augustin Girald (1826-1884) |
| 1861-1868 | Eugène Paris (1830-1868) |
| 1868 | Victor Piton (1837-1888) |
| 1868-1882 | Maurice Jean Gordien Desrogis (1826-1882) |
| 1883-1896 | Étienne Joseph Coalhac (1851-1916) |
| 1896-1903 | Jean-Baptiste Lucazeau (1842-1921) |
| 1903-1904 | Léon Gerbier (1872-1911) |
| 1904-1919 | Aristide Menardier (1875-1965) |
Les Mathes (1853), une paroisse catholique dans une commune majoritairement catholique et conservatrice : des desservants au ministère peu contesté
| Dates du ministère | Desservants |
| 1853-1856 | Louis Guillement (1822-1866) |
| 1856-1866 | Augustin Bienaimé Dupuis (1822-1881) |
| 1866 | Pierre Chaumeil (1817-?) |
| 1866-1873 | Pierre Michel Reaux (1824-1887) |
| 1873-1909 | Arsène Renault (1846-1917) |
Un ministère délicat en terres « mixtes » ? La trajectoire heurtée de l’abbé Maulard
L’abbé Raymond Pierre Maulard (1813-1870), desservant de Chaillevette (dont dépend encore Étaules) se plaint au Ministre du refus de la municipalité d’Étaules de lancer le chantier de l’église.
« Quant à l’irritation qui se serait produite parmi les catholiques de la commune, elle n’est pas aussi grande qu’on veut bien le faire croire et […] elle ne doit, en aucun cas, être attribuée qu’à M. l’abbé Maulard qui, loin de suivre l’exemple des autres ecclésiastiques de l’arrondissement, est d’une intolérance regrettable et cherche toutes les occasions de rendre plus profonde la division qui existe entre les deux cultes.
J’ajouterai une seule observation. Dans les communes de Saint-Sulpice et de Breuillet qui sont limitrophes et où les conseils municipaux sont aussi uniquement composés de protestants, je suis, néanmoins parvenu à faire voter des fonds pour faires réparer à la fois les églises et les temples, et j’aurais déjà, j’en suis persuadé, obtenu le même résultat à Etaules sans les tracasseries incessantes de M. le desservant. Aujourd’hui, il sera difficile de réussir, mais je n’ai pas besoin de le dire, je ne négligerai rien pour y arriver. »
Rapport du sous-préfet de Marennes au préfet, 7 septembre 1855 (Arch. nat., F19 5 852).
« Je crois qu’il y a quelqu’exagération dans les plaintes des protestants d’Étaules sur le compte de M. Maulard. Cependant il n’est pas exempt d’ailleurs de reproches par suite de son caractère ardent & quelquefois imprudent. Aussi avant même l’arrivée de la lettre que m’a fait l’honneur de m’adresser Votre Excellence, j’avais arrêté dans mon conseil le déplacement de cet ecclésiastique pour lui donner une leçon de réserve, et lui apprendre à ne pas compromettre le ministère pastoral. »
Lettre de l’évêque de La Rochelle au Ministre de l’Instruction publique et des Cultes, 3 octobre 1855 (Arch. nat., F19 5 852)..
Des figures cléricales marquantes ?
Un desservant enraciné dans la presqu’île : l’abbé Jean-Laurent Gaillard (1812-1899) de Mornac à Arvert entre 1835
et 1889
À Mornac
« Les évènements de 1848 vinrent achever de cimenter l’union du pasteur et de ses ouailles. […] [Au] moment des élections législatives, M. Gaillard reçut de La Rochelle, sinon l’ordre, au moins l’autorisation très empressée de combattre de toutes ses forces le candidat anticatholique, et, durant plusieurs semaines, son ardente parole remporta, dans les paroisses environnantes, les succès qui mirent la rage au cœur des ennemis de l’Eglise. » À Arvert
« La succession, à Arvert, était difficile. […] Chose étrange ! les protestants les plus en vue se laissèrent euxmêmes séduire, et il nous serait facile de nommer quelques-uns de ceux qui avaient fait de lui leur conseiller habituel. Disons tout de suite que M. Gaillard sut profiter de cette confiance pour ramener au bercail une bon nombre d’entre eux. »
« comme L. Veuillot, l’objet de son enthousiaste admiration, il était catholique et Français avant d’être royaliste. »
Bulletin religieux du diocèse de La Rochelle-Saintes, 20 mai 1899, p. 563-567.
Une fratrie cléricale : les abbés Gendre à Étaules de 1865 à 1906.
Proposer des lieux de culte
Un tissu d’églises catholiques inégalement restauré ou reconstruit
Nature des Date Les aléas d’un chantier : ArvertNature des Date
Localité Localité
travaux« L’architected’achèvement a opéré au projet les retranchementstravaux qui lui ontd’achèvement paru dans Arvert Clocherl’espèce devoir1845 concilier à la foisRoyan les convenancesConstruction que requière un édifice1878 de
L’Eguille Constructionce genre, et1846 la solidité; il aSaint substitué-Augustin au clocher unConstruction clocheton, le comble1844 sera Etaules Clochercouvert partie1865 en ardoisesSaint-Georges et partie-de en-Didonne tuiles provenantClocher de l’ancien comble,1878 il
Etaules Agrandissementn’a pu substituer1879 le moellonSaint-Palais à la-sur pierre-Mer de tuffautConstruction pour l’exhaussement1911
Les Mathes Clocherdiminué (…1872) » Semussac Clocher 1879
Médis Agrandissement 1864Rapport présenté au Conseil général dLa Tremblade es bâtiments civils, 1Construction 0 octobre 18941844
« Depuis les fidèles de l’église ayant considéré que le clocher est ordinairement le signe caractéristique des églises romaines, qu’en outre sa non-exécution rend très imparfait l’œuvre de la restauration, puisque l’intérieur de l’église ne se trouve pas en harmonie avec son extérieur; ce qui est contre les règles du bon goût et de la convenance.
Par ces motifs, ils viennent de s’imposer de nouveaux sacrifices en se cotisant extraordinairement pour subvenir au surcroît de dépenses qu’occasionnera la construction du clocher »
Devis établi par Emas Jarousseau, 5 mars 1845. ADCM, 2 O 1 444 (NC)
Un édifice emblématique
« Le plan adopté par la Ville est dû à M. Labbé, architecte diocésain de Bordeaux ; il est dans le style du XIIIe siècle, à trois nefs, les travers de la grande nef reposant sur des piliers ronds, le transept sur des faisceaux de colonnettes au quart engagées, alternant avec des saillies à angle droit. Le sanctuaire est éclairé par sept belles fenêtres géminées, terminées chacune par une petite rose à cinq lobes. Les deux grandes ogives du transept sont occupées par de belles rosaces rayonnantes à nombreux compartiments ; la voûte en pierres de taille, exécutée avec un soin admirable, est du plus bel effet ; le tout forme un ensemble harmonieux, à la fois élégant et imposant : c’est à notre avis un vrai succès pour l’architecte d’avoir pu atteindre à l’effet monumental dans les limites du devis et par suite des dimensions qui lui étaient imposées. »
Bulletin religieux du diocèse de La Rochelle-Saintes, 10 août 1878.
Notre-Dame-deRoyan



UNE EMPREINTE SOCIALE PROTÉIFORME
l’empreinte protestante : l’église du Sacré-Cœur de La Tremblade
La Croix de
Saintonge et d’Aunis, 1er juillet 1894
3. UNE EMPREINTE SOCIALE PROTÉIFORME
Émulation et concurrence scolaires
Un domaine central : la scolarisation féminine
Les écoles de filles dans l’arrondissement de Marennes au début de la monarchie de Juillet
| Ecoles | Elèves dans les écoles : | |||||||||
| Laïques | Congréganistes | Total | Laïques | Congréganistes | Total | |||||
| Année | (1) | (2) | (1) | (2) | (1) | (2) | (1) | (2) | ||
| 1833 | 22 | 75,86 % | 7 | 24,14 % | 29 | 566 | 64,32 % | 314 | 35,68 % | 880 |
| 1834 | 12 | 66,67 % | 6 | 33,33 % | 18 | 441 | 48,84 % | 462 | 51,16 % | 903 |
| 1835 | 14 | 66,67 % | 7 | 33,33 % | 21 | 257 | 30,63 % | 582 | 69,37 % | 839 |
(1) : valeur absolue ; (2) : valeur relative par année.
Source : Statistique générale et comparative de l’arrondissement de Marennes, pour les années 1833, 1834 et 1835, présentée au Conseil de cet Arrondissement dans sa session de 1836 par M. Leterme, Sous-Préfet. 4ème année, Marennes, Imp. J.-S. Raïssac, sans date, non folioté
L’éducation des filles, un pôle de résistance dans la presqu’île d’Arvert ?
Les congrégations dans les cantons de La Tremblade et de Royan : une grande diversité
| La Tremblade | Arvert | Ursulines du Sacré-Cœur (Pons) | 1854-1904 |
| Chaillevette | Instruction de l’Enfant-Jésus (Le Puy) Saint-Cœur de Marie (Rodez) | Av. 1861-1869 1870-1874; 1887-1904 | |
| Étaules | Filles de la Sagesse (Saint-Laurent-sur-Sèvre) | 1857-1903* | |
| Les Mathes | Instruction de l’Enfant-Jésus (Le Puy) Saint-Joseph (Bordeaux) Servantes de Marie (Anglet) Saint-Cœur de Marie (Rodez) | 1855-1857 1858-av. 1863 1863-1866 ca 1866-1904 | |
| La Tremblade | Filles de la Sagesse | 1853-1903* | |
| Royan | Breuillet | Instruction de l’Enfant-Jésus (Le Puy) Saint-Cœur de Marie (Rodez) | 1854-1864 1869-1904 |
| Mornac | Charité et instruction chrétienne (Nevers) | 1854-1903* | |
| Royan | Filles de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul (Paris) Sainte-Marie de la Providence (Saintes) Notre-Dame-de-Sion (Paris) | XVIIe s.-1903* 1845-1877 1877-1903 | |
| Saint-Sulpice-de-Royan | Saint-Cœur de Marie (Rodez) | 1883-1904 | |
| Vaux-sur-Mer | Instruction de l’Enfant-Jésus (Le Puy) Immaculée Conception de la Sainte-Famille (Bx) | 1851-1855 1857-1903 |
L’explosion congréganiste : le temps des religieuses
Une présence facilitée par la générosité de notables catholiques
La Tremblade
« Mme Cotard et Mlle Céline,Le zèle conjoint d’un ecclésiastique et d’une religieuse sa fille, demeurant ensemble à Saintes, conçurent le désir de jeter quelques principes de piété dans le cœur de la population de La Tremblade dont la plus grande partie est protestante. A cet effet, elles créèrent dansUne œuvre couronnant le zèle prosélyte du desservant cette commune une Étaulesmaison d’instruction et de charité, et en confièrent la
direction««MesLa Chère paroissiens à trois Sœur Filles Marie sont de très Eméliela Sagesse impatients (née qui Godet) ende prirent voir désirant venir profession vosprocurer bonnes le une15 religieuses octobre instruction 1853; quelques religieuse. personnes à la jeunesse surtout d’Étaules dont , Ceslesemploya enfantspieuses la allaient fondatricesplus grande à l’école désirantpartie chez de assurer les son religieuses patrimoine l’existence où à lesdefonder, mèrescet établissement dans vendent cette deslocalité, songèrent huîtres une une maisonà lapartie commune d’instruction de l’année, la maison etsont de habitéedésoléescharité pardont de la ne la petite directionpouvoir Communauté, les fut envoyer confiée et àà unel’école3 Filles rente ici de. perpétuelle Carla Sagesse l’institutrice le pour 19 septembre protestantepourvoir à 1857ses a son besoins. école [ …fermée]. » pour quelque
tempsLa population; la circonstance de ce pays serait étant donc presque favorableArch. Filles de la Sagesse, « toute pour protestante, ouvrir l’écoleSituation des Établissements de la Congrégation de la Sagesse le catholiquecuré désirait. On vivement a de la peine la présence à les faire des sortir», tome 3. sœurs, de dans la confiance qu’elles réussiraient pour leur zèle & leur dévouement à inculquer des principes de piété
chez les protestants quand elles y sont une fois entrées. » dans le cœur de ces pauvres enfants qui, jusqueLettre de l’abbé Braud, desservant d’-là, avaient été laissésÉtaules aux à la supérieure des Filles de la Sagesse, 4 mai 1854 soins d’une institutrice protestante. L’attente n’a pas été déçue, aujourd’hui (1865()arch. Filles de la Sagesse, M l’école est aussi florissante14-1. Transcription de courriers concernant les établissements que possible, et il est à croire que) l’esprit de catholicisme se répandra de plus en plus dans cette contrée. »

Arch. Filles de la Sagesse, « Situation des Établissements de la Congrégation de la Sagesse », tome 5.
Une arrivée complexe : les Sœurs de l’Instruction et de la Charité chrétienne de Nevers à Mornac
Une première délibération favorable (1854)…
Le conseil municipal « « émet le vœu que le local que possède la commune près de l’église soit mis à la disposition des sœurs, qui vont arriver prochainement à Mornac »
Séance du 2 juillet 1854 (ADCM, E dépôt 3/264, 1 D 7*).
… qui laisse place à une hostilité municipale grandissante (1855)
LeInterrogé conseil par municipal les autorités, « considérant « à l’effet qu’il de savoirest auprès si le conseil de l’autorité ne serait intermédiaire pas disposé desà accepter vœux de pour ses diriger concitoyens, l’école communaleroit devoir instruireun membre M. led’une préfet congrégation du déplaisir religieuse, que leur causeaprès laavoir présence mûrement d’une délibéré, personne le appartenantconseil a décidé à une à col’unanimitégrégation qu’un pour instituteur instruire primaireles jeunes convient gens. beaucoupDans une mieux localité pour où la il commune, y a autant attendu de prot quest catholiquesnts deet catholiqueprotestants ,sont on peut à peu bien près penser en nombre que cela égal réveille ne pas des accepter susceptibilités l’offre de. [ …M] .Notre le préfet pays et fournit qu’il voulait des marins pour ;diriger parmi l’écolees hommes communale de cette un instituteurprofession, primaire les dées. » ne sont guère les mêmes qu’elles peuvent être dans d’autres endroits de l’intérieur; plusieurs familles sont privées; ellesSéance du 31 mars 1855 (ADCM, E dépôt 3/264, 1 D 7*) souffrent. Les fonds alloués pour un instituteur l’étaient pour un laïque. Le désir, le besoin de la grande majorité est qu’il n’appartienne à aucune congrégation; qu’il soit de l’un ou l’autre culte, peu importe.
Nous voyons avec regret des mésintelligences, des haines, peut-être, parmi nous, où il y a peu d’années, régnaient la meilleure harmonie, la cordialité.
Nous sollicitons de M. le préfet qu’il lui plaise de prendre en considération notre juste supplique. »
Séance du 4 novembre 1855 (ADCM, E dépôt 3/264, 1 D 7*)
Mornac, une querelle scolaire sur la longue durée
« [Le] conseil, à l’unanimité, se refuse au payement du traitement pour 1880 de l’institutrice congréganiste dirigeant l’école de garçons et de filles catholiques.
Le conseil demande que cette école soit dirigée par une instituteur catholique laïque, pour laquelle il porte au budget de la commune la somme nécessaire à payer son traitement.
Les mêmes motifs sont invoqués pour les 200 fr. de traitement alloués à une personne chargée de la direction de la salle d’asile.
Nous prions M. le préfet de bien prendre en considération le nouveau vote émis par le conseil municipal et tenir la main à ce qu’il y soit fait droit. »
Séance du 23 mai 1879 (ADCM, E dépôt 3/264, 1 D 9*)
« Dans le courant du mois d’octobre dernier, je fus avisée que le conseil municipal de Mornac demandait la suppression de l’école congréganiste et que l’intention arrêtée de l’administration supérieure était de nommer un second instituteur public à Mornac et de me destituer de ma qualité d’institutrice communale.
La population catholique ayant eu connaissance de ces projets, vous adressa une pétition, signée de tous les pères de familles ayant des enfants en âge de fréquenter l’école, pour demander que je fusse maintenue institutrice publique à Mornac. Le Conseil départemental ne crut pas devoir tenir compte de cette démarche des catholiques, et prit la décision sollicitée par le conseil municipal. »
Lettre de Sœur Apolline Bayle au préfet, 27 janvier 1880 (ADCM, 1 T 239).
| Un établissement emblématique à la tutelle changeante à Royan: le château de Mons |
Rapport de Hippolyte Roufineau, maire de Mornac au préfet, 9 juillet 1903 (ADCM, V suppl. non coté)
Une mise en œuvre originale : La Tremblade (années 1900)
Un enterrement tumultueux à l’heure de la neutralisation confessionnelle des cimetières : Mornac (1882)
« [Le] maire de Mornac prit, le 9 juin dernier, un arrêté par lequel il décidait que les cimetières catholique et protestant ne feraient à l’avenir qu’un seul cimetière et que désormais les inhumations auraient lieu à la suite les unes des autres sans distinction de culte, excepté pour les personnes ayant acquis des concessions. Cet arrêté reçut l’approbation préfectoral.
[…] Mardi dernier, 12 septembre, mourait un jeune enfant dans la commune voisine de L’Éguille. Le père se présenta devant le maire de Mornac pour lui demander d’inhumer l’enfant dans le cimetière de cette commune, où repose déjà le corps de sa femme, et à côté de la tombe de celle-ci. Le maire répondit [… que] les inhumations devaient avoir lieu, au fur et à mesure des décès, dans un terrain par lui désigné, et qu’en conséquence il avait le regret de ne pouvoir accorder ce qui lui était demandé. Le père se borna à répondre que, puisqu’il en était ainsi, l’enfant serait enterré chez lui, c’est-à-dire à L’Éguille.
[…]. [Le] maire apprend, vers midi, que sans aucun ordre de sa part, une fosse venait d’être creusée au cimetière et dans l’endroit même qu’il avait refusé de concéder quelques heures auparavant ; – et par qui ? par l’ancien fossoyeur de la fabrique, lequel avait reçu le matin même notification d’une délibération du conseil municipal lui interdisant toute fonction de fossoyeur dans le cimetière et nommant à ces fonctions une personne autre que lui. Le maire fit immédiatement combler la fosse.
Mais le curé de Mornac voulait absolument son petit scandale. Aussi, vers trois heures, se trouvait-il, avec un nombreux cortège, à la porte du cimetière pour procéder à l’inhumation. La fosse avait été recreusée dans l’intervalle. Le maire se rend en hâte sur les lieux, ceint de son écharpe et entouré de son adjoint, du garde champêtre et de deux douaniers, par lui requis. Cette fois, il se place non dans le cimetière, mais en dehors, devant la porte fermée. Le cortège arrive. Sommation est faite au curé d’avoir [à] se retirer. Le curé refuse et se précipite à la porte. La foule le suit. La porte est frappée à coups de cercueil, transformé pour la circonstance en bélier de siège, et l’ardeur à frapper est si grande que le cercueil tombe par terre. Une véritable mêlée s’engage : des femmes menaçantes se jettent sur le maire et sur l’adjoint ; des hommes tombent sur le garde-champêtre et sur les douaniers qu’ils s’efforcent de désarmer. »
Le Courrier de La Rochelle, 20 septembre 1882
« Un de MM. les pasteurs appelle l’attention du consistoire sur un fait qui s’est passé, il n’y a pas longtemps, dans la commune de Médis. Une croix dite de mission a été établie en face du temple, de l’autre côté de la route, dans l’axe même de la porte d’entrée. Ces croix sont ordinairement dressées dans les carrefours. Or 50 pas en arrière, ou 50 pas en avant du lieu où a été plantée la croix, il y a des routes qui se croisent, tandis qu’en face du temple, il n’y en a pas. L’intention malveillante et vexatoire est donc incontestable et visible.
[…] les croix de missions sont le rendez-vous ordinaire des processions du culte catholique ; […] la procession peut ainsi se trouver stationnant devant le temple au moment où les protestants seront appelés à y entrer ou à en sortir ; […] des conflits regrettables peuvent naître de cette rencontre […]. »
Délibération du consistoire de Royan, 24 avril 1867 (ADCM, 103 V 1).
Les processions, une expression de la foi catholique, régulée par la législation et la jurisprudence concordataire
Un texte susceptible d’interprétations variables : les Articles organiques
Article 45. – Aucune cérémonie religieuse n’aura lieu hors des édifices consacrés au culte catholique, dans les villes où il y a des temples destinés à différents cultes.
La situation à La Tremblade sous la Restauration
art. 1er. « L’exercice extérieur de la Religion catholique est autorisé dans la commune de La Tremblade sans cependant pouvoir rien exiger des citoyens de contraire à la liberté de conscience garantie par la Charte constitutionnelle. »
Brouillon de l’arrêté préfectoral du 5 juin 1816 (ADCM, 59 V 3)
La contestation de la religion catholique dans l’espace public
Sous la Troisième République, des arrêtés interdisant les processions
1879 : Royan, L’Eguille
- : La Tremblade
- : Saint-Augustin
1884 : Mornac
1888: Vaux-sur-Mer
1892: Chaillevette
1902: Etaules
« […] Vu la décision prise par l’autorité ecclésiastique, relative à la bénédiction d’une croix de mission, ou calvaire, établi sur un terrain privé longeant et à proximité du chemin de grande communication, n° 102, dans sa traverse de la commune ;
Considérant que les fidèles des communes environnantes et leurs curés sont invités à cette fête ; qu’un rassemblement important pourrait se produire dans 1 même endroit & provoquer des désordres, Arrête :
Art. 1er. Les processions et les cérémonies religieuses en dehors des édifices consacrés au culte sont interdites dans la commune de Chaillevette;
Art. 2. Sont seules exceptées les cérémonies extérieures du culte concernant les inhumations ;
Art. 3. Les contraventions au présent arrêté seront constatées par des procèsverbaux et poursuivies conformément aux lois. »
Registre des arrêtés municipaux de Chaillevette (mairie)
Un pèlerinage de reconquête religieuse : La Tremblade
« Grande et belle journée pour la paroisse de La Tremblade ! Les chevaliers de la Croix, l’élite des jeunes gens de Breuillet, ont fait aujourd’hui, guidés par leur
curé, leur pèlerinage au sanctuaire du Sacré-Cœur. […]
Le Sacré-Cœur de la Tremblade. Église de Pèlerinage N’était-ce pas un peu, au Sacré-Cœur de La Tremblade, « Le Sacré-Cœur établit, non sans dessein, le foyer de sa le groupe de l’héroïque de Verthamon au Sacré-Cœur de Vérité et de son amour dans un centre où les
Loigny. »
désespérantes doctrines de Calvin, où son culte froid
« nous ne disons pas encore pèlerinage » comme la mort dont il est l’apôtre ont fait échec à la La Croix de Saintonge et d’Aunis, 12 avril 1896.
plénitude de la vie catholique.
L’église de La Tremblade affiliée à Montmartre s’indique comme but de pèlerinage aux chrétiens de la région. C’est par groupes nombreux qu’ils descendront des côteaux d’Arvert et d’Étaules, des dunes de SaintAugustin et des Mathes, qu’ils viendront de Chaillevette, du bassin de la Seudre, des rives de la Gironde vers le
Sacré-Cœur qui les invite. »
La Croix de Saintonge et d’Aunis, 21 juin 1896.