Pentecôte — Année C — Actes de Apôtres 2, 1-11
Mes chers frères et sœurs,
Il est certainement plus prudent pour savoir parler une autre langue de le faire aux cours de ses études ou par un séjour à l’étranger, plutôt que d’attendre la venue du Saint Esprit pour parler anglais, allemand ou espagnol. Même si l’événement vécu par les Apôtres est peut-être appelé à se reproduire à notre époque, et que l’Esprit Saint, en se manifestant, peut toujours produire des choses extraordinaires, son action est heureusement plus à la portée de nos vies ordinaires. Laissons ces démonstrations de phénomènes spirituels spectaculaires de côté et regardons plutôt ce que l’Esprit a fait naître, ce jour de la Pentecôte, au milieu des Apôtres et dont nous bénéficions encore aujourd’hui.
L’Esprit ne fait pas de révélation complémentaire qui serait plus riche et plus parfaite que celle du Christ, Il est l’Esprit de Dieu, envoyé au nom du Fils, dont l’Église est née ce jour de la Pentecôte, en premier lieu par le rassemblement des Apôtres : « ils se trouvaient réunis tous ensemble ». Aujourd’hui, comme chaque fois que nous nous rassemblons pour l’Eucharistie, c’est l’Église qui est vivante par notre assemblée. Nous sommes l’Église du Christ, sanctifiée par l’Esprit ! Hier, samedi, deux catéchumènes de notre paroisse, Téo et Clara ont reçu le sacrement de confirmation à La Rochelle, et Joseph et Martina, deux collégiens, ont reçu aussi la confirmation à Royan. Aujourd’hui, au cours de cette célébration, Hugo, un tout jeune enfant, ainsi que Jade et Romaric recevront le baptême ; Inès et Ambre feront leur profession de foi ; Robin et Mélinda recevront pour la première fois la communion. Voilà 11 témoins de l’action de L’Esprit au milieu de nous ! 11, comme les Apôtres découvrant le Christ ressuscité !
Revenons au livre des Actes des Apôtres.
« Soudain il vint du ciel un bruit pareil à celui d’un violent coup de vent… » Le bruit du vent qui remplit la maison où sont réunis les Apôtres, c’est le souffle de Dieu, souffle de vie, nécessaire à la parole, aux pleurs et aux rires, à la musique et c’est aussi le souffle qui ranime le feu. Le souffle qui pénétra les narines d’Adam, c’est aussi le fort vent d’Est qui mit la mer à sec devant Moïse. C’est le vent qui souffle où il veut, exprimant la liberté totale de l’Esprit qui nous libère, souffle invisible, imprévisible et insaisissable. Dans nos vies, cette action énergique de l’Esprit nous anime d’un élan de foi, nous pousse toujours plus loin dans notre engagement de baptisé. Ce souffle nous incite à nous tourner vers nos frères et sœurs, plus particulièrement vers ceux qui n’ont pas beaucoup de place dans notre monde. Parfois, ce souffle est si discret, si faible, que notre vigilance de croyant peine à le percevoir, empêchée par toutes sortes de priorités très personnelles, par l’encombrement dû à nos soucis, nos égoïsmes et nos peurs. Le souffle de l’Esprit est alors comme la brise du jour, dans le Jardin d’Eden où le Seigneur se promenait, comme le bruissement d’un souffle ténu entendu par le prophète Élie, dans le livre des Rois. À nous de le percevoir, le recevoir, en étant attentif au bruissement, à l’infime déplacement d’air que produit à nos côtés cette discrète action de l’Esprit. Ce souffle léger est alors notre engagement au jour le jour, notre écoute fraternelle, nos sourires, le temps passé à parler, à écouter, sans éclats. Alors parfois sans nous en rendre compte, l’Esprit travaille en nous, Il nous unit à nos frères et sœurs, dans le quotidien simple et répétitif de nos vies, parfois même laborieusement, mais en nous donnant cette force de l’endurance et de la patience, témoignage inlassable de notre amour pour les autres. Saint Paul dit aux Galates : « Voici ce que produit l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise

Nous entendons plus loin dans le texte :
« Ils virent apparaître une sorte de feu. » Ce qui brûle, c’est la Parole de Jésus. L’Esprit vient répartir son feu sur chacun des Apôtres, Il les pousse à transmettre cette Parole incandescente, c’est le Baptême du feu ! Ce feu est partagé, tout comme le pain de l’Eucharistie, il est donné à l’assemblée, mais aussi et en même temps, individuellement à chacun des Apôtres et donc à chacun d’entre nous. Plus il est partagé, plus il se multiplie. L’Esprit nous embrase jusqu’à nous donner l’ardeur apostolique, ce besoin vital de transmettre la Parole. Mais personne ne peut échapper à sa chaleur parfois insupportable, tant la Parole de Jésus dérange, elle nous déstabilise, elle nous brûle : Aimer vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent ! Cette flamme nous réchauffe le cœur, en nous donnant toutes bonnes raisons de nous satisfaire de notre foi, de nos actions fraternelles, de notre pratique religieuse et dans un même temps elle nous brûle en nous faisant découvrir notre fragilité et notre petite envergure de croyant. L’Esprit nous rend forts dans notre faiblesse.
À l’image du souffle, le feu est lui aussi insaisissable, imprévisible, comme l’action de l’Esprit en nous. Ne restons pas trop fixés sur un mot à mot de ce magnifique passage des Actes des Apôtres, en voulant que se reproduise à l’identique cette venue de l’Esprit au Cénacle. Restons réceptifs au moindre signe de l’Esprit qu’il nous est donné de recevoir au travers des vies qui se déroulent à nos côtés. Soyons aussi, dans la communion de l’Esprit Saint, des « transmetteurs » de souffle et de feu. Que notre langage reste un langage d’Amour, une langue fraternelle compréhensible par tous, un langage fait de gestes gratuits, d’actes de charité, de regards pleins d’attention, parfois sans même prononcer un mot. Donnons par le témoignage de nos vies, la possibilité, à tous nos frères et sœurs, que nous côtoyons chaque jour, d’entendre proclamer les Merveilles de Dieu!
Philippe Sanson
diacre
