Solennité de la Sainte Trinité — Année A — 31 mai 2026
Très chers Frères et Sœurs,
Je vous invite à faire avec moi un triple petit exercice : à la fois physique, intellectuel et spirituel ! Mais je vous invite à le faire trois fois plus lentement que de coutume : « Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit, Amen ! ». Ce signe de croix, nous le faisons bien souvent un peu vite, peut-être un peu trop extérieurement, et dans bien des cas sans trop de recueillement. Il mérite pourtant toute notre attention, notre application, toute notre foi ! Comme ce qu’il proclame – notre Dieu en trois Personnes – ce signe de la croix doit aussi, pour nous-mêmes, faire résonner en nous, les trois facettes de notre être : notre corps, notre esprit et notre âme. À l’image de notre Dieu Trinité que nous célébrons spécialement aujourd’hui, activons en nous ces trois parts de nous-mêmes.

Par un geste lent et appliqué, nous marquons physiquement notre corps de ce mouvement de la main, sur le front, la poitrine, et les deux épaules. En même temps, par cette phrase énonçant la Sainte Trinité, approfondissons par notre esprit, notre quête de connaissance, de désir de rencontre avec les trois Personnes. Enfin, mêlant à notre corps et notre esprit, notre âme, recueillons-nous pour accueillir ce profond mystère, par une adoration du fond de notre cœur, de notre Dieu : Père, Fils et Esprit Saint, qui nous accueille comme son enfant depuis notre baptême. Alors ce petit geste de reconnaissance chrétienne pourra devenir véritable prière !
Voilà un exercice qui dépasse la capacité de notre simple connaissance. Ce geste que certainement nous avons fait des milliers de fois dans notre vie de croyant et au moins trois fois depuis le début de cette messe, ce geste dépasse la connaissance limitée que nous avons de la Sainte Trinité. Dieu n’est pas une construction de notre esprit. Il reste pour nous incompréhensible, non pas qu’Il ne souhaite pas se faire comprendre – sa parole nous est parvenue et nous parvient encore ce dimanche – mais Il doit rester pour nous, hors de nos désirs d’appropriation, hors de la tentation de le modeler à nos idées. Il doit rester hors de notre envie d’en faire un objet manipulable, une énergie maîtrisable, ou comme tout autre bien matériel ou modèle intellectuel que nous souhaiterions posséder pour notre bonheur immédiat.
Pourtant, dans une intimité très présente, Dieu nous porte, nous déborde, répand en nous son souffle, nous donne vie et force, en étant très proche de nous. Mais Il reste au-delà de tout ce que nous pouvons concevoir, dire ou faire, Dieu dépasse notre intelligence humaine… En lui : un égale trois !
Il est tout entier, partout. Pour le recevoir dans nos cœurs, il nous faut abandonner l’idée de son isolement dans les hauteurs des Cieux, cesser de projeter les plans que nous aurions souhaité qu’Il fasse ou qu’Il ne fasse pas… Le don qu’Il nous a fait est impensable pour beaucoup de nos frères humains. Il a donné son Fils qui est devenu, pour nous servir, pleinement homme, Lui qui est pleinement Dieu, Il est venu accomplir pour nous, la volonté de son Père, pour le salut du monde entier : tout nous a été donné ! Cet amour réciproque entre Père et Fils, amour parfait, amour sans limite et dépassant notre savoir et notre sensibilité humaine, Dieu a voulu nous le faire partager en nous offrant l’Esprit. Dieu, le Père, nous a donné la vie. Jésus, son Fils, nous a donné sa vie, et l’Esprit vient nous insuffler la force pour que nous donnions la nôtre !

Nous sommes créés à l’image de Dieu, nous pourrions donc imaginer dans un même temps être à la ressemblance du Père, du Fils et du Saint Esprit.
À l’image du PÈRE, soyons créateur de nous-mêmes, par notre indépendance, notre personnalité, sans l’influence, ni de notre famille, ni de l’État, ni de l’Église, ni même de Dieu ! Car Dieu nous veut libres, sachons faire vivre cette liberté, pour nous et autour de nous !
À l’image du FILS, soyons celui ou celle qui reçoit, qui se doit d’être obéissant. Dans une obéissance à Dieu, bien sûr, à ceux qui ont autorité sur nous, mais pas seulement. Soyons obéissants vis-à-vis de tout et de tous ! Nous devenons alors, avec le Père et le Fils, à la fois créateur et dépendant, fils, sans être esclave.
Par cet équilibre, nous ne sommes ni dominateur, ni dominé, et à l’image de l’ESPRIT, nous devenons capables de vivre des relations d’amour désintéressé, des relations qui ne soient ni dépendance, ni domination. Cette extraordinaire liberté qui nous est offerte, mettons-la au service de l’amour, en faisant de nos vies une recherche permanente d’équilibre, à l’image de ce triangle parfait que composent le Père, le Fils et l’Esprit.
Agissons de notre mieux pour reproduire cet équilibre entre notre Dieu unique, les autres et nous-mêmes. À l’image de l’amour du Père pour le Fils qui nous parvient dans l’Esprit, sachons par l’amour porté à nos frères et sœurs, leur partager ce don reçu de Dieu, celui d’aimer.
Philippe
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