6e dimanche de Pâques — Année C — Jean 14, 23-29
Chers frères et sœurs,
Pour méditer sur ce passage de l’Évangile de Jean, je vous propose deux thèmes, deux questions : comment sommes-nous le temple de l’Esprit et qu’est-ce que la Paix du Christ ?
1 — Se faire la demeure de Dieu, être le temple de l’Esprit Saint
Dans ma précédente maison, il y avait une chambre d’ami au second étage qui était plutôt décorée de façon religieuse : crucifix, rameau de buis, petites statues de saints et saintes, chapelets, photo du pape. Certains auraient pu la dire recouverte de « bondieuseries ». Une de nos belles-filles avait appelé cette pièce, la « chambre de Dieu » ! Je vous partage ce petit souvenir de famille pour introduire le passage de l’Évangile de Jean que nous venons d’entendre.
Comment le Père et le Fils, peuvent-ils se faire une demeure chez nous, en chacun de nous ? La réponse est donnée aux disciples : en aimant Jésus et en gardant sa parole. Et comment aimer Jésus ? Comment garder sa parole ? Grâce à l’aide de l’Esprit Saint qui nous est envoyé. Non seulement l’Esprit nous enseigne tout, mais en plus il nous fait souvenir de tout ce que Jésus à dit. Nous avons souvent l’impression que l’Esprit Saint ne surgit qu’à des moments inattendus, lorsque nous avons une effusion de notre croyance, dans l’émotion de situations qui nous emplissent le cœur et réconfortent notre foi. Mais l’Esprit Saint, qui a inspiré les Écritures, la Bible, les Évangiles, permet, à chaque moment de notre vie que nous puissions rester greffés, incorporés au Christ. Il vient jusqu’à nous aussi de façon très personnelle, intime et significative, lorsque nous recevons le sacrement de confirmation. Comme Martina et Joseph le recevront, à Royan, le 7 juin prochain.
Dans notre quotidien, qui peut paraître le plus banal à certains, l’Esprit nous guide imperceptiblement, car suivre la Parole du Christ n’est pas obligatoirement vivre des exploits ou faire des sacrifices remarquables, c’est aussi, le plus souvent, façonner notre manière de vivre pour aimer inlassablement nos frères et sœurs, les aimer à la manière du Christ, comme nous l’avons entendu dimanche dernier dans l’exhortation que nous a proposée père David. Cette force de l’Esprit, nous la recevons individuellement, mais aussi et surtout dans la communion incarnée par l’Église que l’Esprit Saint a fondée, et bien sûr jusque dans notre communauté paroissiale. L’Esprit, le Défenseur comme le nomme Jésus, est chargé de nous faire vivre le passé — comme dans Luc 22, 19 : Faites cela en mémoire de moi — le présent, à la messe, au moment de l’épiclèse, dans la prière eucharistique numéro 2, lorsque le prêtre dit : Sanctifie ces offrandes en répandant sur elles ton Esprit — moment présent et surnaturel qui se produit devant nous : la venue de l’Esprit Saint ! Et l’Esprit nous projette aussi dans l’avenir, avec cette phrase de l’Évangile d’aujourd’hui : L’Esprit vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. L’Esprit qui est, qui était et qui vient ! Mais on ne sait ni d’où il vient ni où il va.
Le Père et le Fils peuvent faire leur demeure dans notre cœur si nous accueillons l’Esprit, qui est l’Amour du Père et du Fils. Nous devons l’accueillir tous ensemble, en communauté, comme le demande le prêtre, toujours dans cette même prière eucharistique : Humblement, nous te demandons qu’en ayant part au corps et au sang du Christ, nous soyons rassemblés par l’Esprit Saint en un seul corps. Nous allons vivre cela dans quelques instants, tous ensemble, il faut en être bien conscient. La Sainte Trinité est bien présente à la messe : Père, Fils et Esprit Saint.
2 — La Paix du Christ
La très belle salutation par laquelle un évêque commence une célébration : « La paix soit avec vous ! » est issue du passage au chapitre 24, dans l’Évangile selon saint Luc, au cours duquel Jésus apparaît aux Apôtres après sa résurrection.

Jésus dit, dans le passage d’aujourd’hui : « Je vous laisse LA paix, je vous donne MA paix. » Dans cette formulation, une petite différence apparaît, il laisse LA paix et donne SA paix, en ajoutant pour cette dernière : « ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. » La paix reste une notion très humaine, une situation espérée qui tourmente bien des esprits dans notre monde où la guerre occupe une place permanente, redoutable et menaçante. Souvent, c’est donc par opposition à la guerre que nous employons ce mot de paix. Lorsque l’on souhaite se réconcilier avec une personne, nous parlons alors de faire la paix avec elle. Dans leur milieu religieux juif, les Apôtres étaient accoutumés à entendre et à dire, lors de rencontres, le mot Shalom, comme un salut familier. Cette paix, Shalom, pouvait être associée à une volonté de dire à l’autre que nous lui souhaitons que tout lui soit donné en plénitude et en compensation de ce qui pourrait lui manquer. On s’approche doucement de la paix du Christ, mais ce n’est pas encore celle-ci.
Dans le Livre des Juges (Jg 6,24), Gédéon bâtit un autel au Seigneur et il le nomme « Seigneur-de-la-paix. ». Dans la lettre aux Éphésiens (Ep 2,14), nous pouvons entendre : « C’est lui le Christ qui est notre paix… et cette phrase se poursuit par ces mots : « il a détruit ce qui les séparait — Juifs et païens — le mur de la haine ». La paix s’apparente à la beauté et à la grandeur de tout ce dont notre cœur peut être capable. La paix du Christ que le diacre invite à partager, et avec laquelle il convie l’assemblée à partir dans le monde, est une paix surnaturelle, elle jaillit de la communion intérieure avec Jésus, une paix que le chrétien est appelé à recevoir et à répandre (Mt 5,9) : Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu ! La paix du Christ nous nous en approchons lorsque toute notre vie est orientée vers Jésus, lorsque toutes nos décisions, même les plus modestes, se prennent en se tournant vers Lui. La dimension spirituelle de la paix du Christ nous est donnée par l’Esprit Saint, lorsque nous avons déjà atteint la paix de ce monde, sans guerre, sans haine, réconciliés, en pardonnant à ceux qui nous ont offensés, alors seulement nous pourrons espérer, souhaiter et faire tout pour nous remplir le cœur de la Paix du Christ.
La prière, la méditation, la lecture de la Bible, et la forte volonté d’aimer, en actes, nos frères et sœurs comme Jésus, tout cela, avec l’aide indispensable de l’Esprit Saint, nous permettra d’apercevoir la réalité de cette paix que Jésus nous offre. Demandons ensemble cette force de l’Esprit pour accueillir et répandre cette paix en invoquant l’Esprit Saint. Amen.
Viens Esprit de sainteté, viens Esprit de lumière, viens Esprit de Dieu, viens nous embraser !
Philippe
diacre
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