Chers frères et sœurs,
C’est la première fois, dans l’Évangile de Jean, que Jésus parle de l’aimer : Si vous m’aimez… dit-il à ses disciples. Aimer Jésus, aimer Dieu, c’est garder les commandements. Aimer Dieu de ne demande pas des sentiments pour lui comme nous en avons pour un être humain — Aimer Dieu ne doit pas nous amener à l’émotion, même si ces façons d’aimer ne sont pas étrangères à Dieu et complètent parfois notre façon de l’aimer. L’amour de Dieu se concrétise réellement par nos ACTIONS menées dans la foi.
Jésus ne parle pas aujourd’hui de suivre ni d’obéir à ses commandements, même s’il est évident que nous devons les suivre, mais Jésus parle de les GARDER, les conserver, les protéger : y aurait-il un danger pour ces commandements ? Le danger viendrait d’un mauvais équilibre entre le SERVICE, l’AMOUR et la FOI. Une dérive est à craindre qui serait de réduire l’exigence de l’Évangile, de réduire la force d’amour demandée.
Prenons l’exemple de l’accueil inconditionnel que nous devons offrir à nos frères et sœurs immigrés qui fuient leur pays au risque de leur vie. Ils sont poursuivis, condamnés, maltraités à cause de leur couleur de peau, de leur religion, de leur sexualité, ils fuient leur misère de vie. Alors, ils demandent refuge. Si nous écoutons une certaine « sagesse » politique, nous ne sommes pas obligés d’accueillir toute ma misère du monde. Et pourtant, comme chrétiens nous devons faire tout notre possible pour que ces personnes persécutées trouvent un asile réconfortant. Comment tolérer que des embarcations de fortune ne soient pas secourues en mer. Le code maritime, sans être chrétien, oblige n’importe quel navire à détourner sa route pour porter secours à un autre navire, même un petit bateau, une pauvre barque en détresse. Et pourtant, cette belle et honorable coutume maritime est bafouée, et notre civilisation laisse périr en mer, dans une indifférence totale, hommes, femmes et enfants, en leur donnant l’océan comme tombeau.
Pour bien garder les commandements de Jésus, il faut se souvenir de ces passages :
- Lavez-vous les pieds les uns des autres
- Aimez-vous les uns les autres
- Que votre cœur ne se trouble pas
- Ne mettez votre foi qu’en Dieu, qu’en Jésus
Devant le tribunal de ma conscience ou celui des exigences de l’Évangile, souvent difficiles à suivre, j’ai un défenseur, un autre défenseur, comme l’annonce Jésus, lui qui était le premier.
C’est l’Esprit de vérité, l’Esprit de Jésus — qui est lui-même la Vérité — il est l’Esprit de Dieu.
Comme troisième personne de la Sainte Trinité, il se fait notre avocat, notre intercesseur et notre consolateur, pour nous aider à tenir nos engagements de foi.
Car Dieu n’est pas un accusateur, mais un défenseur : il a envoyé son Fils, et lorsque celui-ci va quitter les Apôtres, il enverra un autre Défenseur avec la promesse que l’Esprit n’abandonnera jamais les disciples : « car il demeure auprès de vous, et il sera en vous. » Matthieu nous rapporte cette autre promesse de Jésus : « Je suis avec vous jusqu’à la fin du monde ».
Si nous gardons les commandements, nous restons avec le Christ, par l’Esprit qu’il nous a envoyé et que nous connaissons. L’Esprit demeurera auprès de nous, cela dépasse la croyance, car Jésus parle de « demeurer », ce qui rejoint saint Paul qui annonce :
« Votre corps est un sanctuaire de l’Esprit Saint, lui qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu. » Co 6, 19. C’est l’accueil de l’Esprit qui est demandé pour vivre dans l’intimé avec lui.
Garder les commandements ne doit pas nous inciter à rester figés dans notre pratique religieuse, car tout ce qu’annonce Jésus dans ce passage de l’Évangile de Jean est au futur : Vous garderez, je prierai, il vous donnera, il sera en vous, je ne vous laisserai pas — Tout est au futur ! Seuls les verbes qui parlent de l’action de l’Esprit dans nos cœurs sont au présent : « vous le connaissez, car il demeure auprès de vous ».
Il y a donc une réalité actuelle, celle de la présence réelle de la troisième personne de la Trinité, ici, maintenant, et surtout lorsque nous entendons dans la prière eucharistique : « sanctifie ces offrandes en répandant sur elles ton Esprit… »
L’Esprit est avec nous au présent, et en même temps il nous entraîne vers l’avenir, vers la promesse faite à nos pères, comme le dit la prière du Magnificat au moment des Vêpres.
La promesse d’être sauvés par la venue du Christ et de l’Esprit consolateur
La promesse d’avenir de prendre part à l’amour de Dieu, en aimant Jésus et notre prochain, sera tenue, car celui qui aime Jésus sera aimé de son Père, et cet amour divin sera manifesté en nous, comme nous l’annonce l’évangile de ce 6e dimanche de Pâques. Notre vie de foi est en mouvement, elle nous fait avancer vers Dieu, petit pas après petit pas, chaque jour, et même si parfois nous avons tendance à reculer un peu, l’Esprit sera là pour nous aider à reprendre la bonne direction et le bon rythme, sans baisser les bras.
L’Esprit nous aide à connaître la personne de Jésus et à vivre comme Jésus a vécu dans l’amour de son Père. Nous aurons alors un avocat, un défenseur, face à toutes les attaques que nous subissons dans le monde, nous ne serons jamais seuls pour affronter tout ce qui peut entraver notre foi. C’est l’Espérance qui est en nous comme le dit la première lettre de saint Pierre. Gardons vive cette espérance pour aller avec joie vers la fête de l’Ascension ! Amen.
Philippe
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