4e dimanche de Pâques — Année C — 11 mai 2025 — Jean 10, 27-30
Journée mondiale de prière pour les vocations
Chers frères et sœurs,
Nous venons d’entendre Jésus déclarer : « Mes brebis écoutent ma voix »
Il s’agit bien là de la vocation, la voix du Christ qui appelle à le suivre.
Pour introduire cette journée mondiale de prière pour les vocations, voici une petite phrase de notre regretté pape François : « L’origine de toute vocation est l’amour, parce que tel est depuis toujours et pour toujours le rêve de Dieu : que nous vivions avec lui dans une communion d’amour. » Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus disait : « Ma vocation, c’est l’Amour ! ».
Il est bien rare que l’on parle d’un appel, d’une vocation, lorsqu’est évoqué le ministère du diacre. Et inversement, lorsque les propos tournent autour des vocations, seuls les prêtres, les religieux et les religieuses sont généralement évoqués. Le diacre est un peu à la marge de l’Église ! Et c’est certainement un bien ! Il ne sert à rien ! La messe peut se dérouler sans lui et tous les sacrements être reçus sans lui. Il ne sert à rien et pourtant il est ordonné pour servir ! mais servir à la manière du Christ-Serviteur, en donnant une priorité à ceux qui n’entrent pas forcément dans l’église, qui restent à la « périphérie », de la pratique, de la foi, de la communauté.
Qu’est-ce que peut avoir de plus le diacre, en comparaison avec un fidèle de sa paroisse ? Rien ! Par son ordination, il est seulement exposé, visible, à la manière d’un caillou sur le chemin, sur lequel on a mis un peu de peinture pour permettre à d’autres de suivre la route ! Par son ordination, c’est cette peinture de l’Esprit Saint qu’il a reçu. Mais semblable en tout point aux autres baptisés, la visibilité du diacre, fait de lui un repaire pour certains, une balise pour d’autres… Qu’est-ce que le diacre a de moins que le prêtre ? Rien ! Il est ordonné comme lui, et comme l’évêque, pour annoncer l’Évangile. Le sacrement de l’ordre l’a fait serviteur des serviteurs. Diacre, comme le mot ministre, veut dire serviteur. Le diacre n’est pas un sous-prêtre, il ne tient pas le rôle de vicaire, mais il assure un service d’entraide au prêtre, à tout instant, s’il célèbre à ses côtés ; il n’est pas non plus un « super laïc » qui se serait trouvé mis en avant.
La formation pour devenir diacre dure 6 ans, avec cinq à six grands week-ends répartis sur chaque année. Un homme appelé au diaconat, un candidat, doit être âgé d’au moins 35 ans, s’il est marié, il doit l’être depuis plus de 10 ans et son épouse devra dire « oui » une seconde fois (après le oui du mariage). S’il est célibataire, l’homme qui sera ordonné diacre devra le rester toute sa vie. L’Église appelle dans l’état de vie où l’on se trouve, marié ou célibataire, rien ne doit changer après l’ordination.
Permettez-moi une parenthèse — Si un jour l’Église devait changer ses règles, ce ne sont pas les prêtres qui pourront se marier, mais des hommes mariés qui éventuellement pourraient être appelés à devenir prêtres, le nuance est d’importance.
Si l’on cherche à différencier le diacre par ses fonctions, par ce qu’il peut ou ne peut pas « faire », on réduit beaucoup sa spiritualité, du moins l’essentiel ne se trouve pas dans ses « capacités » ou dans le « « pouvoir » qu’il peut avoir. Il célèbre les baptêmes, les mariages et les obsèques, mais sa spiritualité unique est très particulière et, c’est par elle qu’il est différent. Il a reçu le sacrement de l’ordre qui lui offre une grâce extraordinaire, bien au-delà de sa mission, pour les sacrements qu’il peut donner, pour les personnes qu’il accompagne. Il traverse la vie, un pied dans l’Église, un pied dans le monde ; obligé parfois à faire un certain grand écart ! Sa famille, son métier, ses autres activités sont aussi les lieux de vie où sa mission se poursuit sans cesse. Et cette mission, comme celle de tous ses frères et sœurs baptisés, ne doit pas être l’effet d’un devoir ou d’une obligation, mais la nécessité absolue et vitale de partager un débordement, un trop plein intérieur de bonheur : celui d’être aimé de Dieu.
Les diacres peuvent avoir toutes sortes de missions, comme la visite des personnes malades, des prisonniers, être aumôniers de telle ou telle organisation d’Église, ce peut être une mission diocésaine ou paroissiale. Le diacre reçoit une lettre de mission de son évêque pour une durée de trois ans, éventuellement renouvelable. Il ne faut pas confondre la mission et le fait d’avoir reçu le sacrement de l’ordre, sacrement reçu pour la vie, comme le baptême ! À chaque messe, c’est au diacre de proclamer l’Évangile, avant cela, il s’incline devant le prêtre qui préside la célébration et demande : « Père bénissez-moi », puis à la fin de cette proclamation, en posant les lèvres sur le livre, il dit à voix basse : « Que cet Évangile efface nos péchés ».
Avant la consécration, toujours à voix basse, le diacre laisse tomber une goutte d’eau dans le vin du calice, en disant : « Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’alliance, puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité. » C’est lui qui invite à faire le geste de paix et qui envoie l’assemblée dans la paix du Christ. Peu d’interventions, mais une présence à l’autel, pour représenter toutes les personnes qui ne viennent pas à la messe.
Lorsque l’Église m’a appelé le 26 février 2006, elle confirmait le réel et bouleversant appel de Dieu, reçu six ans avant que mon engagement de vie se nomme : diaconat. L’Église m’a demandé de me mettre au service des personnes malades en assurant les visites dans les établissements hospitaliers de mon ancienne paroisse et au domicile des personnes, comme responsable du service évangélique des malades, avec une équipe formidablement engagée dans sa mission. À partir de ma retraite professionnelle, j’ai assuré le service des funérailles, accompagné par une équipe dont l’engagement déborde de compassion, de bienveillance et d’empathie, donnant son véritable sens à la Charité demandé par le Christ. Comme l’équipe de cette paroisse. :
Depuis 19 ans, j’ai pu célébrer plus de 300 baptêmes, 62 mariages et plus de 500 obsèques. Mon ministère s’est construit dans toutes ces liturgies, en partageant avec les nombreuses assemblées et familles ces moments de joie et ces moments de tristesse, mais toujours tourné vers Jésus, accompagné, soutenu et réconforté par Lui. Pour conclure, je vous propose cette belle citation du poète indien, Rabindranath Tagore, elle résume bien l’engagement d’un diacre comme serviteur : « Je dormais et je rêvais que la vie n’était que joie. Je m’éveillais et je vis que la vie n’était que service. Je servis et je vis que le service était la joie. »
Philippe
† diacre
