Clam

Église Saint Martin de CLAM

 

Appartenant au canton de Saint-Genis, Clam n’en est pas moins l’une des vingt-cinq communes constituant la paroisse Saint-Eutrope en Pays Jonzacais. D’ailleurs historiquement, la terre de Clam apparaît unie à Saint-Germain-de-Lusignan, l’une et l’autre appartenant à l’illustre famille des Coligny, l’une des grandes familles de France passées à la Réforme au XVIème siècle (l’amiral Gaspart de Coligny fut l’une des premiéres vic­times de la Saint-Barthélémy en 1572). Les vestiges du château de Clam se trouvent maintenant sur le territoire de Saint-Georges-Antignac.

L’église, dédiée à saint Martin, présentait à l’origine une croix latine, mais elle a connu bien des ajouts et des destructions depuis le XIIème siècle, ainsi le croisillon sud, démoli, n’a pas été reconstruit et le clocher n’a été édifié qu’au XVème siècle, probablement lors des travaux qu’il fallut entreprendre après la guerre de Cent Ans.

Ce clocher n’est pas sans dimension symbolique : étant de forme octogonale, il évoque le « huitième jour », celui qui vient après le cycle classique de la semaine, soit le jour de la Résurrection. En effet, le dimanche peut être compris soit comme le premier jour de la semaine, soit comme le jour qui vient après la semaine ordinaire et qui ne fait pas nombre avec elle, ouvrant sur un monde déjà tout imprégné de la Présence divine. Ainsi !es anciens baptistères de l’Antiquité tardive étaient-ils octogonaux, car ils faisaient passer de ce monde-ci à un monde déjà recréé et sauvé par Dieu. De la même manière, la cloche de Clam, installée en 1629, convie-t-elle par les huit fenêtres du clocher à participer à quelque chose de la joie du « huitième jour ». Le tour de l’église ne serait pas complet sans l’évocation de l’ancien presbytère, aujourd’hui transformé en salle des fêtes, mais dont demeure la belle porte en pierre de taille, et puis il faut se faire raconter par les Clamais comment au XIXème siècle un curieux passage aérien permettait de faire communiquer la nef de l’église et le presbytère.

 

Saint Martin, évêque de Tours à la fin du IVe siècle, est le patron de l’église de Clam. A vrai dire, il est le saint le plus populaire en France, ayant donné son nom à 242 communes, devançant largement des saints aussi vénérables que les apôtres Jean (180 communes) et Pierre (163). Ces communes se situant principalement dans l’ouest de la France, c’est bien à son incessant labeur d’évangélisation des campagnes qu’est due une telle notoriété. Il a déjà été évoqué ici le geste de la charité de Martin à Tours, l’église de Clam nous rappelle qu’il est passé non loin de là lors d·une de ses innombrables missions. En 383, il est appelé à participer au concile de Bordeaux pour statuer sur le cas d’un ascète espagnol du nom de Priscillien qui a de nombreux disciples dans la région. Priscillien sera condamné et l’empereur d’alors se croira autorisé à le condamner à mort. Martin, horrifié par un tel geste, refusera à l’avenir toute relation avec l’empereur. C’est probablement au cours de ce même voyage à Bordeaux que mourut le prêtre romain disciple de Martin. Inhumé à Blaye, il sera à l’origine d’un grand pèlerinage médiéval. Martin s’est-il arrêté chez nous ? Il avait coutume de musarder un peu. On sait par Grégoire de Tours qu’il avait fait halte non à Saintes mais à Nieul-les-Saintes, reçu dans la villa d’un aristocrate converti au christianisme. Ne suivant pas forcément la grande voie romaine qui passe par Mons et Mirambeau, a-t-il fait un écart pour être héberger dans une des villae de la région semblable à celle retrouvée tout récemment à Jonzac auprès du complexe des Antilles ? Nul ne le sait. Par contre, qu’il nous soit accordé de savoir nous dépenser hardiment à son exemple pour que nos contemporains puissent goûter à quelque chose de la saveur du « huitième jour »