Léoville

Église Saint Christophe de LEOVILLE

 

L’église Saint-Christophe va nous révéler bien des surprises. Passé son porche gothique bâti au XVème siècle, nous découvrons que ce dernier a été élevé devant le portail du XIIIème siècle donnant ainsi naissance à un narthex, chose fort rare en nos contrées saintongeaises. Là se trouvaient autrefois deux autels dédiés à saint Fabien et saint Sébastien, le premier passant pour protéger les troupeaux des épidémies, le second pour sauver les humains de ce terrible fléau des temps anciens qu’était la peste. Restons encore un instant dans le narthex. Une inscription à peine lisible date des années 1793-1794 : « Les Français reconnaissent l’existence de l’Etre suprême et de l’immortalité de l’âme ». La section révolutionnaire de Léoville était particulièrement active en ces années et on envoya le curé réfractaire en déportation !

Passons maintenant dans la nef du XIIIème siècle et nous sommes saisis par la beauté dépouillée du chœur roman d’où se détachent trois petites fenêtres à colonnettes diffusant une triple et unique lumière, témoignage de Foi séculaire rendu à la Sainte Trinité. Témoin des temps troublés de la guerre de Cent-Ans, de la terrible peste noire de 1348-1349, une représentation de la mort couronnée, peinte sur un pilier, est unique dans la région tout comme la petite peinture d’un saint dans une niche qui s’apparente étrangement aux icônes des églises d’Orient. L’église, restaurée par les bons soins de la municipalité en 1996- 1998, vient de retrouver récemment ses stalles anciennes remises en état par les chantiers d’insertion.

Mais qui était saint Christophe ? Un saint à la jonction de l’histoire et de la légende, mais n’oublions pas que pour les hommes du Moyen-Âge, « legenda » ne veut pas dire « merveilleux », « imaginaire » mais « ce qui mérite d’être dit ». Plusieurs martyrs syriens ont porté ce nom, fêtés tant le 9 mai que le 25 juin. Et puis la tradition s’est interrogée sur ce beau nom de « Christophoros » (« Celui qui porte le Christ » en grec). On raconte que c’était un homme d’une force herculéenne, vivant de rapines et de la terreur qu’il inspirait. Décidant de se mettre au service de l’être le plus puissant du monde, il se plaça sous les ordres de l’empereur, mais celui-ci craignait le démon. Ayant recherché le démon, il se rendit compte que celui-ci tremblait au signe de la Croix. Désireux de rencontrer le Crucifié, Christophe prit conseil d’un ermite qui lui laissa seulement comme consigne de se mettre au service de son prochain. Il mit alors sa force prodigieuse en se faisant passeur sur un guet particulièrement dangereux, prenant allègrement vieillards et enfants sur son dos tout en se riant de leur faible poids.

Vint un jour un enfant, seul, qui lui demanda à franchir le torrent. Christophe le plaça sur ses épaules. Avançant dans l’eau, l’enfant devenait de plus en plus lourd, bientôt ses genoux plièrent :
« Mais qui es-tu mon enfant ? Tu pèses aussi lourd que le monde.
– Je suis celui qui crée le monde, répondit Jésus, et je suis venu t’annoncer que bientôt tu me rejoindras par ton martyr. »
Et il en fut ainsi. Et Christophe devint le saint patron des voyages. Puissions-nous tous être des Christophoros en nous mettant toujours plus au service de nos frères, surtout aux passages difficiles de l’existence.