Jacques-Alexis Messin et Simon-Pierre Ribeyreys

Ce fut en 1766, bien avant la Révolution, que Messin, un jeune vicaire âgé de 28 ans, arriva à Jonzac pour seconder dans son sacerdoce Étienne Lassalle, le vieux Prieur de l’église. L’homme, fin et rusé, gagna rapidement la confiance de la communauté catholique et particulièrement celle des familles les plus en vue de la ville : la famille du Juge Sénéchal, Landreau de la Cheminaderie, et de son gendre François Flornoy, intendant des Comtes de Jonzac.
Messin, personnage trouble, adopta rapidement une attitude scandaleuse, en séduisant Marie-Marguerite Collet, nièce de Landreau de la Cheminaderie. La nouvelle aussi inattendue qu’affligeante se répandit ; l’infortuné mari, Pierre-Louis-Joseph Landreau, fils du Sénéchal, marié à sa cousine, mourut de chagrin quelques années plus tard en 1771. Dans la population locale, l’image de Messin, d’abord ternie, devint détestable, l’homme était l’opprobre de l’Église.
Arrivé en 1777 à Jonzac, le nouveau Prieur, Simon-Pierre de Ribeyreys, avec l’accord de la hiérarchie catholique, s’empressa d’écarter le vicaire. Ce dernier dut démissionner de ses fonctions la même année ; dès cet instant, Messin voua au Prieur une haine implacable. Il réussit cependant à se faire désigner curé de la petite paroisse de Saint-Martial-de-Vitaterne vers 1780.
Le temps n’affaiblit pas les incartades de Messin et de sa maîtresse. Marie-Marguerite Collet était une riche héritière ; lors de son mariage, le Sénéchal Landreau avait donné à son fils l’important domaine de la Cheminaderie. Au décès de son mari, Marie-Marguerite demanda son dû et, sur les conseils de Messin, elle réclama à son beau-père la somme de 7000 livres. De plus, toujours sur les recommandations de l’ex-vicaire, elle donna à celui-ci l’usufruit de tous ses biens, estimés à une valeur de 31 000 livres. Par cette donation surprenante, Messin devenait le plus gros propriétaire de Jonzac. Cette disposition ne fit qu’accentuer la division et la haine au sein des deux familles, d’autant plus que Messin poussa l’outrecuidance jusqu’à emménager à La Cheminaderie, dans la propriété de sa maîtresse, héritée de son défunt mari. Pour sa part, Marie-Marguerite Collet avait élu domicile dans une maison Place du Minage (actuelle Place de la République), que l’on peut reconnaître encore à ce jour.
Tous ces événements eurent des conséquences dans la vie de Messin. L’homme, haï par la population, subit fréquemment des vols dans la propriété de La Cheminaderie : bois, herbes, foins disparaissaient régulièrement. Les voisins étaient visés et des insultes étaient constamment échangées avec l’occupant du Domaine. Ce dernier n’hésitait pas à engager des procès contre ses opposants et, comme les frais de justice devenaient insupportables pour ses adversaires, ils n’avaient pas d’autre solution que de s’endetter pour stopper toutes les poursuites dont ils étaient les victimes.   Cette conduite scandaleuse préparait Messin aux événements malheureux auxquels il allait participer en mettant le pays à feu et à sang. Intelligent, calculateur, éloquent, lecteur averti des troubles se déroulant dans la capitale, l’homme, avide de pouvoir, ne pouvait qu’être sensible aux idées subversives conduisant le pays jusqu’à la Révolution.

Simon-Pierre de Ribeyreys

Simon-Pierre de Ribeyreys remplaça le vieux Prieur, Étienne Lassalle, au décès de ce dernier. Né dans une famille de petite noblesse, originaire de la Dordogne, il était reconnu pour être un saint homme, honnête et dévoué. Son sacerdoce était entièrement destiné à soutenir la population et à secourir la misère des plus démunis. Très apprécié par les paroissiens jonzacais, il engagea toutes ses ressources personnelles au service de l’Église : ainsi, à son arrivée à Jonzac, la paroisse ne disposant plus de presbytère en état pour accueillir un nouveau Prieur, il décida de payer avec ses propres deniers la construction d’un nouveau bâtiment. Il s’agissait d’un logement simple, construit à l’emplacement du presbytère actuel.
Simon-Pierre de Ribeyreys mena une vie séculière digne d’un prêtre de son époque, mais par obligation, il dut plus tard prêter serment à la constitution civile du clergé. Opposé à l’ex-vicaire Messin qui bafouait les principes de l’Église, le nouveau Prieur se heurta bientôt à la fougue et à la vindicte de son adversaire. Dès les premiers événements liés à la Révolution, les deux hommes se retrouvèrent dans des camps opposés : de Ribeyreys était un modéré, plutôt « girondin » alors que Messin était gagné par les idées révolutionnaires les plus subversives.