FRAINEAU, Pierre-Théodore, naquit à Jonzac (Charente-Inférieure) le 10 octobre 1847, fit ses études au séminaire-collège de Montlieu et au grand séminaire de La Rochelle. Il était désireux de se consacrer tout de suite à l’apostolat, mais son évêque, Mgr Thomas, manquant de prêtres, voulut le garder pendant quelques temps, et le nomma professeur dans l’établissement où il avait fait ses études, à Montlieu ; il y resta deux ans.
Prêtre le 2 juillet 1871, il obtint l’année suivante l’autorisation de se présenter aux Missions Étrangères ; il y arriva le 3 octobre 1872. Le 7 mai 1873, il partit pour le Japon qui commençait à jouir de la paix religieuse. L’année suivante, il fut chargé des chrétiens d’Urakami.
En 1876, lors de la division du Japon en deux vicariats apostoliques, il fut affecté au Japon méridional. En 1877, il reçut en partage les Îles Goto qui comptaient plusieurs milliers de catholiques, mais étaient dépourvues d’églises et de résidences. Il commença l’organisation de cette région. Devenu supérieur du séminaire de Nagasaki vers 1881, il le resta deux ans.
En 1883, il se consacra à l’évangélisation des païens de la grande île de Kyu-shu, parcourut plusieurs provinces, entre autres le Bungo, et fit des conversions à Oita, Yamada, Itchimanda, etc. En 1885, il reprit la direction de la partie septentrionale des Îles Goto.
En 1889, il fut nommé par Mgr Cousin à Urakami où il devait travailler pendant 22 ans. Ses chrétiens dépassaient le nombre de 5000 ; il les administra seul pendant six ans et développa chez eux les plus belles vertus. Il construisit une résidence, et commença une grande église que le manque de ressources ne lui permit pas d’achever. Il mourut à Urakami le 24 janvier 1911.
Eglise d’Urakami dont la construction fut commencée par le P. Fraineau en 1895, dont les deux tours furent bâties par le P.Heuzet en 1925 et détruite par la bombe atomique en 1945.
Eglise cathédrale d’Urakami actuelle, rebâtie 1945. Les statues de la Passion sculptées par le P. Fraineau peu de temps avant sa mort ont été replacées au dessus de la grande porte d’entrée.
Pierre-Théodore Fraineau Le 19 juillet 2007 à Jonzac
Connaissez-vous Pierre-Théodore FRAINEAU?
Il y a encore deux mois, lorsque le curé de Jonzac posait malicieusement la question, les yeux de tout bon Jonzacais, un peu féru d’histoire locale, s’écarquillaient d’ignorance !
C’est qu’une lettre était arrivée du Japon pour nous dire toute la vénération que l’on avait là-bas pour cet homme, né à Jonzac et parti à la fin du 19e siècle pour évangéliser ce pays lointain. L’archevêque de Nagasaki s’annonçait à la tête d’une délégation de 35 personnes venant en pèlerinage sur les lieux où les missionnaires français qui les avaient évangélisés avaient vu naître leur vocation.
Pascal Delage, qui connaît bien son monde, avait de suite mis sur la piste Jean-Claude Arrivé, féru de généalogie, qui se mit au travail avec une belle ardeur. Tant et si bien que le mardi 17 juillet, il présentait, dans un auditorium bondé, une conférence extrêmement vivante et bien documentée. Tenant son auditoire en haleine, il dressait un portrait très attachant de cet homme remarquable, animé d’une foi et d’un courage tout à fait exemplaires (des documents seront disponibles ultérieurement). On vit même, à la fin, sous le coup de l’émotion, notre historien émérite, Jean Glénisson, se lever pour réclamer la réalisation d’un buste à l’effigie du missionnaire, pour le faire figurer au rang des célébrités locales ! Un coup d’œil inquiet du côté du notre curé : n’allait-il pas à son tour se lever pour réclamer un procès en béatification ? Ça allait : souriant, il restait… Zen !
Jeudi 19 juillet, sur le coup de midi, les cloches de l’église sonnaient à toute volée pour annoncer l’arrivée de cette délégation venue du pays du Soleil Levant, en partie composée de religieuses et de quelques laïcs et conduite par l’archevêque de Nagasaki et d’un missionnaire français. L’eucharistie était concélébrée par 7 prêtres, dont le père Genet, vicaire épiscopal, représentant l’évêque, en présence de Monsieur le Maire et son épouse. Les mains jointes, le recueillement des religieuses, l’alternance de la langue française et japonaise rendaient cette célébration très prenante. A la fin, notre sympathique diacre qui s’était fait fort de faire l’envoi en japonais a déclenché l’hilarité de nos invités ! Il faut dire que du japonais débutant mâtiné d’accent charentais prononcé, cela n’avait rien de triste…
A la sortie, les petites sœurs formaient spontanément une haie d’honneur pour saluer chacun avec déférence et une exquise gentillesse, multipliant les « aligato », c’est-à-dire « merci ». Sur le parvis, la table était dressée pour un vin d’honneur et un temps de joyeuse fraternité. Prudentes, nos religieuses se firent servir de l’eau, goûtèrent au pineau du bout des lèvres mais firent leurs délices de la galette charentaise.
Ensuite, le père Pascal Delage recevait la délégation et les prêtres sous les arbres du presbytère pour un buffet préparé, dans la discrétion, par de nombreuses bonnes volontés et servi par une poignée de bénévoles. C’était le temps de se redire comment nos visiteurs nous avaient redonné le Père Fraineau et ô combien enrichis de ce bel exemple. On reste pantois devant la foi et le courage de ces jeunes hommes, débordant d’énergie, quittant leurs attaches pour se consacrer à la mission et ne plus revenir !
Si à la table des prêtres on parlait le français, si plus loin on avait la présence d’une interprète ou d’un jeune Jonzacais diplômé de japonais, ailleurs les échanges se faisaient avec des gestes, force sourires et inclinations de tête tout à fait charmants… Ce qui faisait écrire, un siècle et demi plus tôt à Pierre-Théodore, s’adressant à son évêque : « Ces populations sont pacifiques et les personnes très polies et souriantes ».
A l’heure du dessert, Mgr Takami remettait documents et friandises typiques, tandis que nos invités recevaient chacun une mignonnette de Cognac illustrée par la photo de l’église de Jonzac, ce qui avait l’air de mettre en joie nos religieuses ! A n’en pas douter, notre production locale fera bon ménage au fond des sacs avec l’eau de Lourdes, précédente étape de ceux que nous appelons désormais nos frères et sœurs japonais.
Annie ROBERT