Matthieu 25, ou la rencontre de l’autre.
Le chapitre 25 de l’évangile de Matthieu, dans ses versets 31 à 46, utilise deux verbes principaux : VOIR et FAIRE. Dans la description du Jugement qui est faite, on pourrait voir une simple parabole, ou une scène terrifiante qui a inspiré des peintres comme Michel-Ange, Jérôme Bosch, ainsi que les sculpteurs des tympans des églises romanes avec la « Pesée des Âmes ».
Souvent aux obsèques, on omet de lire la deuxième partie du texte sur les « maudits » promis au « feu éternel », en le présentant comme une parabole à deux faces. Cette précaution nous permet sans doute de ne pas préjuger de la miséricorde de Dieu et de sa présence invisible, quand nous accueillons une famille en deuil qui demande un « passage à l’église » pour son défunt. Il arrive cependant que l’intégralité des versets ne pose aucune objection ni frayeur. C’est que la Parole ne peut être tronquée. Il s’agit bien de VOIR et de FAIRE, ou de NE PAS VOIR et de NE PAS FAIRE… avant la mort !
C’est sous cet éclairage que nous pourrions aborder les étapes de ce petit mois de février. Il s’ouvre, le 2, par la Présentation du Seigneur au Temple, et se termine par l’ouverture du Carême, le 22, au Mercredi des Cendres.
Le vieillard Siméon et la prophétesse Anne « voient » enfin, avant de mourir, le salut des peuples, dans un nouveau-né. Mais qu’ont-ils « fait » en attendant ? On dit que Siméon était « un homme juste et religieux ». Sans doute, alliait-il sa charité avec sa foi et son espérance. Anne servait Dieu « jour et nuit dans le jeûne et la prière ». Sans doute, dans sa consécration totale à Dieu, rejoignait-elle tous ceux qui prient pour le monde, ce monde qui cherche à voir et à être éclairé.
Le 2 février, c’est la Célébration de la Lumière et la Journée mondiale de la vie consacrée.
Le 22, c’est l’imposition des Cendres. A la fois pour marquer notre conversion et la fragilité de notre vie.
Entre ces deux portes, le 2 et le 22, ne s’agit-il pas de « voir », depuis la naissance jusqu’à la mort ? De percevoir dans les rencontres de la vie ce qui fait la vraie valeur. Le « faire » consiste-t-il en des choses extraordinaires ? « Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? », demandait l’homme riche à Jésus. Se déposséder pour un autre trésor. Dans le « suis-moi », prononcé par le Christ à chaque chrétien, s’entend le « imite-moi » dans la relation à l’autre. Jésus peut se voir dans la rencontre de l’autre. Il ne peut se voir que dans l’autre, parce que Jésus, « on ne le voit que de dos » (Christian de Chergé).
Ce mois de février nous laisse donc quelques possibilités de Le suivre à la trace, de L’imiter :
11 février : Journée mondiale des malades : « J’étais malade et vous m’avez visité »
14 février : la Saint Valentin : « Amour et Vérité se rencontrent » (Ps 84)
24 février : guerre en Ukraine, un an : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli »
26 février : 1er dimanche de Carême : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu »
« J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ». Manger du pain de boulanger et manger du pain de la rencontre. « Elle m’a regardée comme une personne » (Bernadette à Lourdes).
Jean-Yves Baudry
