Tel est le titre de ce tableau que j’ai voulu conserver. « Tout est consommé », ce sont là les paroles même de Jésus.
Lors d’une visite déjà ancienne au Musée d’Orsay à Paris, j’avais été impressionné par ce
tableau du peintre Jean-Léon Gérôme, daté de 1867 représentant de manière inhabituelle la
crucifixion Cette peinture, sérieusement critiquée à l’époque tant elle s’éloignait des
principes communément admis, m’avait donné et me donne aujourd’hui encore à penser. Ce
sont ces quelques réflexions que je voudrais vous livrer en ce début du mois d’avril alors que
dans moins de trois semaines nous célébrerons la fête de Pâques, sommet de notre année
liturgique. Fêter Pâques c’est célébrer à la fois la Passion, la Mort et la Résurrection du
Seigneur. Ces trois phases du Mystère pascal forment une unité indissociable. Ce curieux
tableau en est une belle illustration. Prenons le temps de l’observer.
Trois images se superposent, que l’on ne peut séparer sans dénaturer l’ensemble de l’œuvre.
Le calvaire en tant que tel nous ne le voyons pas, mais seulement, se détachant crûment dans
la lumière du soleil couchant, l’ombre des trois gibets. On distingue au centre la Croix du
Christ et de chaque côté les deux condamnés crucifiés avec lui. En arrière plan, un vaste
horizon où l’on devine une ville dont les contours s’estompent dans l’éclairage du soir. Et au
milieu, rassemblés en une cohorte informe les soldats, soulagés d’avoir achevé ce pénible
travail, et aussi des curieux, des badauds, tout ce petit monde de Jérusalem, intrigué, attristé
peut-être, agacé aussi par ce singulier personnage que l’on vient d’exécuter. Parmi eux les
femmes de Jérusalem, Simon de Cyrène, et pourquoi pas la Véronique du chemin de croix.
Voilà pourquoi j’aime ce tableau. J’y vois l’image de notre humanité. Au fond Jérusalem lieu
de fol espoir et d’immense déception pour tous ceux qui avaient suivi Jésus. La nuit tombe sur
la ville comme elle semble descendre sur notre monde crépusculaire en proie au doute et aux
convulsions. Sur le chemin qui s’enfonce dans la pénombre, cette foule qui nous ressemble
tant. Et en surplomb, l’ombre de la Croix dominant cet étrange décor. C’est au groupe
humain en marche sur le chemin que nous pouvons nous joindre. A quoi pensent-ils tous ces
gens qui retournent vers Jérusalem pressés d’arriver avant que tombe la nuit et le repos du
sabbat. Beaucoup, les plus nombreux peut-être, rentrent chez eux sans avoir compris ce qui
s’était passé. Ils ont assisté à un spectacle sanglant que demain ils auront oublié. Ils passeront
à autre chose. Quelques uns sont sûrement plus hargneux et agressifs. Peut-être même se
réjouissent-ils d’être enfin parvenus à supprimer cet homme qui troublait leur fragile pouvoir.
Cette fois, c’est bien fini, ils vont pouvoir retourner à leur quiétude douillette, à ces certitudes
dans lesquelles ils se sont enfermés. Un dernier groupe enfin triste et silencieux. Ils ont fait
confiance à ce Jésus dont la vie vient de s’achever de manière tragique. Ils sont les moins
nombreux, ceux dont on n’attend plus rien. Bientôt on ne s’en souviendra même plus. Jésus
est mort, ils n’y a plus d’espoir, plus le moindre avenir. Ce sont eux, ce sont elles pourtant
qui, deux jours après, sortant furtivement de la ville endormie aux premières lueurs d’un jour
nouveau semblable au premier jour de création, ce jour d’avant la mort et le péché, courront
jusqu’au tombeau et le trouveront vide. Ils partiront alors quittant Jérusalem et iront annoncer
jusqu’aux extrémités du monde la bonne nouvelle : Christ est ressuscité ! Et nous alors, quel
choix ferons-nous ? Lequel de ces trois groupes rejoindrons-nous ? Nous avons encore
quelques jours pour nous décider.
En attendant je souhaite à tous une bonne fin de carême en attendant de pouvoir fêter dans la
joie la splendeur du jour de Pâques.
Père Bernard de Lisle
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