Espérer contre toute espérance

Quel était l’état d’esprit de l’apôtre Saint Jean lorsqu’au matin de Pâques il entra, à la suite de Pierre
dans le tombeau vide où avait reposé le corps de Jésus ?
On peut imaginer les sentiments qui étaient alors les siens. N’avait-il pas été, seul de tous les apôtres,
témoin de la violence des évènements du vendredi saint. N’était-il pas celui auquel le Christ avait
confié sa mère au moment de mourir ? N’était-il pas rentré à la maison le cœur serré, partagé entre la
douleur et la colère au soir du vendredi saint alors que déjà « brillaient les lumières du sabbat » (1)
Colère, incompréhension, détresse profonde, voilà comment on pourrait résumer les pensées qui se
bousculaient dans la tête et le cœur de l’apôtre.
Et pourtant en ce petit matin de Pâques il va écouter le récit que lui fait Marie-Madeleine revenue du
tombeau. Qu’espère-t-il ? que pense-t-il ? on ne sait. Quelque chose s’est passé d’imprévu qu’il ne peut
même pas imaginer. Peu importe. Sans même prendre le temps de réfléchir il se lève. Il part en
courant avec Pierre au lieu où avait été déposé le corps de Jésus.
C’est en voyant le tombeau vide, les linges posés à plat, le suaire roulé à part, « à sa place » que renaît
l’espérance. Le Seigneur est vraiment ressuscité et ce matin d’un jour qui promettait d’être si triste est
en réalité l’aube d’un nouveau jour, d’un monde neuf comme s’il avait été créé de nouveau.
« Il vit et il crut » (2) est-il écrit dans l’évangile. Que vit-il ? Rien ou presque rien, quelques linges et une
absence, celle du corps mort de Jésus. La vie n’est pas dans le tombeau mais bien au dehors. Il faut
sortir pour la rencontrer. C’est ce qui va se passer. Les récits évangéliques que nous entendrons au
cours de ce temps pascal nous mettront en présence du ressuscité.
Comme Jean et les apôtres, une fois l’allégresse de Pâques achevée il nous faudra reprendre le chemin
de notre vie quotidienne alourdie par l’inquiétude légitime que nous donnent l’état du monde et de
notre société française en ce moment. Il y a lieu bien sûr d’être préoccupé et cela d’autant plus que
nous ne voyons pas très bien quoi faire pour modifier le cours des évènements.
Comme Jean nous ne voyons rien, rien que l’absence apparente de Dieu qui semble sourd à la misère
du monde, sourd aux souffrances de ces populations déplacées du Liban comme de celles qui sont
sous les bombes en Ukraine ou ailleurs.
C’est pourtant un regard de foi qu’il nous faut porter sur ce monde. Cause de notre joie, la résurrection
du Christ est aussi lumière qui vient éclairer notre horizon. Maître de l’histoire et de toute chose, Dieu
nous invite à regarder au-delà des apparences la réalité concrète de la vie des hommes. Seule la foi
ainsi que l’espérance et la charité qui lui sont inséparables permettent de dépasser l’horizon fermé de
ce moment de l’histoire humaine.
L’époque est incertaine. Plutôt que de nous lamenter n’y a-t-il pas lieu au contraire de rappeler notre
espérance chrétienne, pas seulement en paroles, mais surtout en actes concrets de générosité, en
laissant, à travers nous, agir Dieu qui par son fils ressuscité dans la nuit de Pâques et par la puissance
invincible de l’Esprit a voulu faire en nous sa demeure.
Bonnes fêtes de Pâques à tous.
Père Bernard de Lisle

1 Lc 23, 54
2 Jn 20, 8

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