Choisir la vie

« Vois ! Je mets aujourd’hui devant toi ou bien la vie et le bonheur, ou bien la mort et le malheur ». J’ai souvent été frappé par cette phrase que l’Église nous invite à réentendre au moment du Carême.
Tirées du livre du Deutéronome au chapitre 30 verset 15 ces quelques paroles sont une partie de l’enseignement donné très peu de temps avant sa mort par Moïse au peuple d’Israël en marche dans le désert tendu vers la réalisation de la promesse que Dieu lui a faite de lui donner enfin une terre.


Ces paroles marquent un moment décisif de l’histoire du Peuple de Dieu. Elles n’ont pas pour autant perdu leur actualité et peuvent nous parler aussi bien aujourd’hui que lorsqu’elles ont été prononcées. Elles ont souvent retenu mon attention en ce sens qu’elles manifestent la sollicitude de Dieu dont le projet n’est autre que de donner à tous la vie qu’il possède en plénitude. C’était là son projet initial ainsi que nous le rappelait ce beau passage du Livre de la Genèse entendu le premier dimanche de carême. L’homme et la femme au sein de l’univers créé auquel ils appartiennent sont cependant les seuls à pouvoir agir librement en ayant conscience de ce qu’ils font de manière à pouvoir mesurer la portée de leurs actes. C’est ainsi qu’ils peuvent choisir entre le bien et le mal étant éclairés par leur raison. L’homme qui en tue un autre est un assassin, l’animal qui en agresse un autre et lui ôte la vie n’est pas un meurtrier, c’est un animal incapable de mesurer la portée de ses actes. Pouvoir choisir est ainsi le propre de l’homme. C’est ce que rappelle ce passage du Deutéronome cité plus haut.


Une question se pose alors : la capacité de choisir est-elle innée ? existe-t-elle de manière spontanée en chaque individu ou est-elle le résultat de l’éducation et de l’expérience ? La réponse est entre les deux. Le petit enfant qui vient de naître même s’il n’est pas à ce moment de sa vie capable de choisir ce qui est bon pour lui porte quand même en lui la faculté de le faire. Mais il lui faudra aussi grandir, recevoir une éducation, accumuler des expériences qui lui permettront ensuite de faire de grands choix de vie. Éduquer un enfant, c’est éduquer sa liberté et sa volonté mais aussi éduquer sa conscience sans laquelle il ne pourra jamais faire de vrai choix. C’est pour cela qu’il est indispensable de s’engager à tout faire pour que chaque enfant puisse recevoir une telle éducation à laquelle il a droit.


Mais ce travail éducatif n’est jamais terminé. Nous le savons bien, nous qui sommes parvenus à l’âge adulte. Dans notre cœur se déroule constamment un vrai combat. Nous connaissons ce qui est bien, et sans doute avons-nous un vrai désir de l’accomplir et pourtant si souvent nous avons bien du mal à le réaliser. C’est pourquoi il est nécessaire, pour choisir la vie et le bonheur dont parlait l’auteur du Deutéronome d’exercer sans cesse notre volonté, de l’aguerrir pour qu’elle soit capable, quel que soit notre âge de se tourner toujours vers le bien.


Ainsi les efforts de Carême ne doivent-ils pas être compris comme des mortifications destinées à apaiser la colère d’une divinité cruelle, ce qui serait du pur paganisme, mais plutôt comme des exercices destinés à nous permettre de reprendre le contrôle de nos actions, en un mot de faire ce choix de la vie et du bonheur dont parlait le Deutéronome.


Pour réussir une compétition il faut s’exercer, pour fortifier notre âme et notre cœur il faut d’abord dompter toutes les forces mauvaises qui nous tirent vers le bas et vers la mort. Voilà qui devrait nous donner de la constance pour tenir toutes les résolutions prises au début de ce Carême que je souhaite bon et profitable à tous.


Père Bernard de Lisle

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