« On se demande à quoi sert un curé » me demanda un jour une aimable dame venue me rencontrer
pour préparer les funérailles d’un membre de sa famille. Si j’en fus un peu interloqué, je ne pris
cependant pas mal cette réflexion qui trouvait en moi un écho tant elle rejoignait certaines de mes
préoccupations. En effet cette gentille personne ne cherchait pas à me provoquer, elle parlait
simplement, sans aucune agressivité, exprimant tout bonnement sa pensée qui reflétait celle de bon
nombre de nos contemporains. Elle avait le droit de s’exprimer.
A quoi sert un curé dans ce monde très indifférent dans lequel nous vivons. On pourrait fort bien s’en
passer si l’on s’en tient aux critères communément admis dans la société actuelle. Réfléchissons un
instant. Un curé ne produit aucun bien matériel, son rôle n’est plus reconnu dans la société. De
surcroît il lui arrive d’être absent ou indisponible lorsque par hasard nous avons besoin de lui. Dans
bien des cas des laïcs peuvent le remplacer sans que cela trouble grand monde. Une seule consolation :
s’il ne sert pas à grand-chose, il ne coûte toutefois pas très cher et ne demande pas beaucoup
d’entretien.
Ces réflexions un peu ironiques, j’espère, ne vous choqueront pas, Je vous les livre sans acrimonie
aucune. J’avais juste envie de vous les partager. Et la question reste entière : A quoi sert un curé ?
Un petit rappel d’abord. Pour être curé il faut être prêtre. Tous les curés sont prêtres mais tous les
prêtres ne sont pas curés. La charge de curé est une fonction et non un état de vie. C’est donc par abus
de langage que l’on parle de « curés » en parlant des prêtres.
Le mot même de « curé » est spécifique. Il trouve sa signification dans son étymologie. La racine est la
même que celle du mot « cure ». Lorsque l’on fait une cure thermale c’est pour se soigner, pour se
reposer, pour chercher l’apaisement, voire la guérison. De la même manière le curé est là pour
prendre soin de la vie spirituelle des personnes qui lui sont confiées, de ses paroissiens. De tout cela il
répondra un jour devant Dieu.
Cette vie spirituelle ne peut être disjointe de la vie quotidienne. Elle va de pair avec elle. C’est sur ce
terrain de la vie concrète que s’enracine la vie de l’esprit. C’est pourquoi ce doit être, à mon sens, une
des préoccupations premières du curé que de connaitre ce que vivent les personnes au milieu
desquelles il vit. Le curé ne peut pas rester en retrait de leurs préoccupations. Il risquerait alors de n’y
rien comprendre, pire encore : son rôle serait absolument incompris et c’est à juste titre que l’on
pourrait se poser la question : mais à quoi sert-il ?
Nous allons fêter au début de ce mois d’Août la fête du saint curé d’Ars, patron de tous les curés du
monde. Lorsque nous reprenons la vie de ce saint prêtre, nous le voyons très proche de ses
paroissiens, très attentif à leurs besoins en même temps que très soucieux de tout faire pour qu’ils
puissent progresser dans leur vie chrétienne, chemin incontournable vers la vie éternelle.
Et le premier modèle, c’est le Christ, non pas un Christ éthéré, évanescent, mais bien le Christ incarné
de l’Évangile fils de la Vierge Marie et fils de Dieu. Observons Jésus dans l’Évangile, regardons-le
s’approcher, écouter, guérir consoler. Il n’est pas de meilleur modèle. La fin de l’homme, c’est la vie
éternelle. Le curé est là pour montrer le chemin qui y mène.
Le curé vraiment ne sert à rien. Mais peut-on vraiment s’en passer ? Je me garderai bien de vous
donner mon sentiment mais en vous assurant de ma prière, je souhaite à tous un bon et reposant mois
d’Août, tout en vous redisant ma confiance pour trouver vous-mêmes la réponse.
Père Bernard de Lisle
Vous trouverez ici les annonces du mois paroissial.
