Près de vingt mille jeunes âgés de 18 à 25 ans, étudiants pour la plupart, se sont engagés lors de la fête de la
Pentecôte sur la route de Paris à Chartres pour ce grand pèlerinage remis à l’honneur par le poète philosophe
Charles Péguy au début du siècle dernier. Plusieurs points ont surpris les observateurs de ce grand mouvement
de foule.
Le premier c’est évidemment le nombre et la jeunesse des pèlerins. Il m’a même été rapporté que des
demandes d’inscription n’avaient pu être satisfaites pour des raisons de logistique.
Le second, c’est le style très classique de ce pèlerinage, style auquel on n’est plus guère habitué mais qui semble
répondre à une attente de cette génération nouvelle de chrétiens. Ils sont moins nombreux certainement mais
tout aussi fervents que ceux qui les ont précédés. Plusieurs personnes sont venues m’en parler s’inquiétant
presque du caractère très classique voire traditionnel de tous ces jeunes et de leur manière de prier.
Tout cela me fait réfléchir. En vérité ce n’est pas l’affluence exceptionnelle de cette année qui m’inquiète, cela
me réjouirait même plutôt. Ce n’est pas non plus la manière traditionnelle de prier de tous ces jeunes gens.
Mon sujet d’inquiétude n’est pas là. Il est plutôt de voir l’immense désaffection d’un nombre beaucoup plus
important des représentants de cette génération qui semble avoir perdu tout contact avec Dieu. Là me semble-
t-il doit être le principal objet de nos préoccupations. Je me permettrai aujourd’hui juste deux réflexions, la
seconde étant la conséquence de la première
1. Le caractère classique, voire traditionnel, qualifié parfois de manière un peu méprisante d’« intégriste »
de tous ces jeunes. Une première précision s’impose. Il ne s’agit pas là d’une tradition véritable que
cette génération n’a pas connue étant née bien des années après les réformes liturgiques issues du
second Concile du Vatican. C’est au contraire pour eux quelque chose d’absolument neuf. Ces jeunes ont
découvert le Christ dans un monde bien différent de celui de ma jeunesse. Ils sont peu nombreux,
souvent isolés, on leur a transmis bien peu de choses et même parfois rien du tout. Ils sont
pleins de zèle, pleins de cet idéal qu’il est heureux d’avoir lorsque l’on a vingt ans et c’est assez normal
qu’ils se tournent vers des formes plus rigoureuses de pratique et de vie chrétiennes. Ce n’est pas moi
qui leur en ferai le reproche. Ils sont là et c’est bien. Ils pourraient ne pas y être et ce serait vraiment
dommage.
2. Cette pratique rigoureuse qui traduit une recherche exigeante de Dieu me fait beaucoup réfléchir.
Depuis près de quarante ans je m’efforce à ma façon de transmettre le message de foi et d’espérance de
l’Évangile auquel je crois. Force est de reconnaître que je n’ai pas bien réussi si j’en juge aux résultats de
mon apostolat. Il est vrai qu’autre est le semeur, autre celui qui moissonne. Je me demande toutefois si
trop souvent mes efforts n’ont pas été empreints d’une certaine tiédeur. Dieu seul en sera le juge. Ma
conviction sur ce point est qu’il est nécessaire de retrouver une certaine vigueur spirituelle sans
laquelle aucune évangélisation n’est possible. Peut-être est-ce là l’enseignement que je puis tirer de
l’observation de ce beau pèlerinage de Chartres que j’ai fait bien souvent lorsque j’étais moi-même
jeune.
Me pardonnerez-vous ce long commentaire ? Je ne m’inquiète pas trop du sursaut de foi de cette nouvelle
génération ni même de la manière dont il se manifeste. Il me réjouit même plutôt. N’y a-t-il pas eu toujours de
tels réveils spirituels imprévus au cours de l’histoire ? C’est Dieu qui est à l’œuvre. Et je laisserai à Charles
Péguy le soin de conclure cette réflexion estivale :
« Les événements, dit Dieu, c’est Moi ! C’est Moi qui vous
caresse ou qui vous rabote. Mais c’est toujours Moi. Chaque année, chaque heure, chaque événement, c’est Moi !
C’est Moi qui viens, c’est Moi qui vous aime, c’est Moi. N’ayez pas peur ! Ainsi soit-il. »
Et bon été à tous
Père Bernard de Lisle
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