Le projet était dans l’air depuis longtemps. Une première étape de sa réalisation a été franchie. Une majorité
des députés français a voté ces derniers jours une loi visant à permettre la mort des personnes qui en feraient
la demande dès lors que leur état de santé physique ou psychologique deviendrait si dégradé qu’aucun espoir
de vie heureuse, selon les critères actuels, ne serait plus envisageable.
Il m’a semblé nécessaire d’aborder cette question dans ce courrier mensuel. Je me garderai bien d’entrer dans
tous les détails de la loi votée il y a quelques jours pas plus que je ne m’engagerai sur un quelconque terrain
politique, notre modeste feuille n’est pas faite pour cela. Je désire simplement vous faire part de mes réflexions
sur ce sujet afin peut-être de permettre à chacun de réfléchir à son tour sur cette question grave qui engage
l’avenir de notre société. Je vous livre deux réflexions :
* La première est que cette question de l’euthanasie – appelons si vous le voulez bien les choses par
leur nom – ne peut être traitée sur un plan simplement moral. Elle nous renvoie à une question
beaucoup plus fondamentale, celle du sens de la vie humaine qu’on ne saurait réduire à une simple
approche physiologique. Le Pape François au premier chapitre de sa belle encyclique « Dilexit nos »
l’explique fort bien : la personne humaine est beaucoup plus que sa réalité corporelle. Si elle partage
nombre de points communs avec d’autres espèces animales on ne peut pour autant la réduire à cela. On
ne peut nier sa dimension spirituelle. L’homme n’est pas une machine que l’on pourrait détruire dès
lors qu’elle ne fonctionne plus correctement. Qui peut raisonnablement prétendre qu’il n’y a pas en
chacun de nous une réalité profonde imperceptible par une simple observation purement clinique
aussi performante soit-elle ? Sur quel critère peut-on prétendre qu’une existence n’est pas capable
d’être vécue ? N’est-ce pas en fonction de ce que nous sommes nous-mêmes, de la perception que nous
avons du monde ? En fonction de ce qui est pour nous essentiel ? Gardons-nous en ce domaine d’une
approche trop subjective. Toute vie humaine est unique et a de la valeur même si elle ne correspond
pas à nos critères. Il faut prendre le temps de la réflexion et aller surtout au-delà de la simple
généralisation de cas particuliers avant de légiférer. On ne peut que regretter que cela ne soit pas fait.
* La seconde est tirée de mes réflexions plus personnelles. Je suis très souvent appelé au chevet de
personnes mourantes à la demande de familles que malheureusement je rencontre très rarement étant
souvent contacté par le personnel médical sollicité par les proches du mourant. Il m’arrive donc
régulièrement de me trouver seul dans la chambre d’une personne en train de mourir, parfois à une
heure avancée de la soirée, dans le calme de la nuit. Si vraiment la vie humaine n’a plus aucune raison
d’être, on pourra m’objecter que cela ne sert à rien, que la personne semblant n’avoir plus de
conscience je perds mon temps. Je suis en profond désaccord avec une telle approche. J’ai remarqué
presqu’à chaque fois que ces derniers instants avaient une importance capitale. Est-ce parce que je ne
suis pas capable de percevoir l’être profond de la personne qui s’en va qu’il ne se passe rien ? Je ne vois
rien, je n’entends rien, toute communication verbale est impossible avec cette personne que souvent je
rencontre pour la première fois et pourtant si la vie est encore là en ces instants du dernier combat
c’est qu’elle doit être vécue. Mieux, c’est peut-être le moment le plus fondamental d’une vie humaine,
l’instant où tout se délie. N’est-ce pas nous-mêmes plus encore que ceux qui s’en vont qui avons peur de
ce moment de l’agonie où tant de choses se jouent ?
Il y aurait bien d’autres choses à dire à ce sujet. Le format modeste de notre feuille mensuelle ne nous le
permet pas. Était-il nécessaire de légiférer sur cette question ? Je ne le pense pas, mais c’est ainsi.
Confions-nous tout particulièrement au Cœur de Jésus en ce mois de Juin qui lui est consacré.
Père Bernard de Lisle
Vous trouverez ici les informations du mois de juin
