Il arrive régulièrement que des personnes, jeunes, me demandent ce qu’est le Carême chrétien et aussi quelles sont les
règles à appliquer pour vivre au mieux cette période si importante de notre année liturgique. La réponse est pour moi très
facile et en même temps un peu compliquée.
Très facile en ce sens où il n’est pas difficile de présenter le Carême, temps de pénitence qui court du mercredi des Cendres
au jeudi saint. Il nous est demandé pendant ces quarante jours de porter nos regards sur Jésus qui au désert va
expérimenter la rudesse de l’existence en vivant avec modération, en résistant aux tentations inhérentes à notre condition
humaine. C’est pour cela qu’il nous sera proposé de reprendre notre vie en mains en observant certaines règles que nous
pouvons présenter ainsi : effort de prière tout d’abord, effort de pénitence en pratiquant une certaine ascèse
physique et mentale, effort de partage enfin en nous ouvrant par notre attention et par nos offrandes à la peine et aux
soucis de ceux qui ont besoin de nous, des plus lointains jusqu’aux plus proches.
Pendant très longtemps cela n’a posé aucune difficulté. Chacun savait que pendant le Carême il fallait faire jeûne et
abstinence le mercredi des cendres et le vendredi saint. Il était également rappelé que l’on ne devait pas consommer de
viande le vendredi. Cette règle était d’ailleurs de rigueur chaque vendredi de l’année. Il fallait aussi faire des efforts, on
parlait de petits sacrifices quotidiens. Les règles étaient précises, on savait ce qu’il fallait faire pour vivre un bon carême
afin de consacrer plus de temps à la prière, au partage et à la pénitence. Le temps du Carême permettait ainsi de réfléchir
sur sa propre vie. Il était demandé, au moins durant ce temps de recourir au sacrement de réconciliation qui permet de
renouer le lien souvent altéré qui nous unit à Dieu.
Puis les choses ont changé. Si fondamentalement rien n’est supprimé de ce que je viens de dire, on a considéré qu’il fallait
beaucoup plus insister sur la responsabilité de chacun. Devenue timide l’Église a moins osé rappeler l’importance de ces
règles fondamentales, chacun étant invité à pratiquer pendant le Carême les efforts que sa conscience lui dicterait. N’était-
ce pas là s’illusionner sur la capacité de chacun à mettre en œuvre un tel programme. N’était-ce pas aussi faire peu de cas
de cette fragilité de la volonté humaine si faible lorsqu’elle doit résister aux sollicitations d’un monde dans lequel tant de
choses invitent à la facilité, chemin glissant qui nous éloigne de Dieu.
Mais depuis quelques temps nous assistons à une évolution des mentalités dans notre société sécularisée. Si l’Église
semble avoir encore du mal à rappeler les règles précises qu’elle n’a jamais abandonnées il n’en va pas de même pour tout
le monde. Je suis frappé de voir comment aujourd’hui nous sommes assaillis par toutes sortes d’injonctions que personne
ne semble contester. Ainsi au mois de janvier un « mois sans alcool » a-t-il été proposé. De la même manière, en même
temps que l’on nous invite à « prendre les transports en commun » on nous demande aussi d’éviter de « grignoter (!) entre
les repas» ainsi qu’à ne pas manger « gras, salé, sucré ». Il paraît même – cela je ne l’ai pas personnellement entendu –
qu’on nous demande de ne pas faire notre lessive n’importe quand ni n’importe comment, et bien d’autres règles encore,
sans parler du masque, de la vaccination à l’efficacité improbable ou encore du tri sélectif. En résumé on nous prend pour
des gens un peu bêtes, immatures irresponsables. Et cela ne semble chagriner personne.
Mais n’avions-nous pas déjà mis en œuvre tout cela depuis fort longtemps ? Ces pratiques de modération proposées par
l’Église, en même temps qu’elles aidaient à se tourner vers Dieu permettaient aussi de revenir à l’essentiel. Les règles du
Carême sont libératrices. N’est-il pas temps de revenir à ces préceptes qui pendant si longtemps ont permis aux chrétiens
de se ressaisir, de revenir au Seigneur. Pendant le Carême pour pratiquer une salutaire ascèse nous éviterons de donner de
grands dîners ou de grandes fêtes. Nous maîtriserons notre consommation d’alcool, de loisirs légitimes peut-être mais non
indispensables. Nous surveillerons nos téléphones et éviterons de nous répandre sur les réseaux dits sociaux. Et par-
dessus tout nous prendrons du temps pour nous retrouver autour de la Parole de Dieu, pour retrouver les chemins du
pardon et de la réconciliation sans oublier cette ouverture aux autres au moyen du partage de nos richesses et aussi de
notre temps. En résumé nous nous mettrons à nouveau sous le regard aimant du Seigneur. Je suis sûr que sensible à nos
efforts même les plus minimes il nous comblera de sa paix au cours de cette période de grâce qui nous est donnée pour
nous préparer à la joie de Pâques. Bon Carême à tous.
Père Bernard de Lisle.
Pour vous informer sur les différentes rencontres proposées ce mois-ci, je vous invite à ouvrir le document joint ici
