L’histoire du pèlerinage des pères de famille

Nous ne sommes pas les premiers

Cinq siècles, une colline de Provence, une source qui coule encore, un jeune père qui tient sa promesse en juillet 1976. Notre pèlerinage 2027 hérite de tout cela.

Sanctuaire Notre-Dame-de-Grâces, Cotignac · photo FredSeiller (domaine public)

Le mot du Père Bertrand

Dix ans de chemin

Le pèlerinage diocésain des pères de famille a déjà toute une histoire, longue d’une dizaine d’années.

La première édition, en 2016, fut paroissiale. Organisée par le secteur pastoral de Saintes Rive Droite, elle mena les pèlerins de Saintes à Colombiers (16 km).

Dès l’année suivante, ce pèlerinage devint diocésain, pris en charge par le service de la pastorale familiale et une équipe motivée.

Depuis, de nombreux kilomètres ont été parcourus durant toutes ces années, mais surtout tout un cheminement spirituel a été vécu par les pèlerins. Chacun pourrait raconter comment ce pèlerinage a pu être une étape dans la vie spirituelle, un temps de ressourcement dans une vie très remplie, une réflexion sur sa paternité vécue à la lumière de l’Évangile. Pour certains, ce peut être aussi un bon appui pour redécouvrir la foi.

La dimension diocésaine est aussi importante, marquée par la participation de notre évêque, certaines années. Elle permet à des catholiques de toute la Charente-Maritime de se rencontrer, et cette dimension est encore à encourager. Ce pèlerinage est appelé à devenir un important rendez-vous diocésain.

Alors, si vous n’avez jamais participé à ce pèlerinage, je vous invite à vivre cette expérience marquante à plus d’un titre.

N’hésitez pas. Faites le pas !

Père Bertrand Monnard
Prêtre référent du pèlerinage depuis 2016
Chapitre I

Cotignac, la terre

Cotignac est un village du Var, en Provence. Une colline, quelques maisons de pierre chaude, un vignoble en contrebas et deux sanctuaires qui se répondent à travers les siècles.

C’est là que la Vierge Marie est apparue en 1519. C’est là qu’un roi est venu remercier le Ciel de sa propre naissance. C’est là que saint Joseph est apparu en 1660. C’est là, enfin, qu’un jeune père de famille est arrivé à pied un jour de juillet 1976, sans savoir qu’il lançait un mouvement qui rassemble aujourd’hui près de 20 000 hommes chaque année.

Un lieu discret, mais qui n’a jamais cessé d’appeler les hommes.

Chapitre II · 1519

Notre-Dame de Grâces

Le 10 août 1519, Jean de la Baume, un bûcheron de Cotignac, coupe du bois sur le mont Verdaille. La Vierge Marie lui apparaît, portant l’Enfant Jésus, entourée de saint Bernard et de saint Michel. Elle demande qu’on bâtisse une église en ce lieu, et qu’on y vienne en procession.

Jean rentre au village raconter ce qu’il a vu. On le croit, et l’église est construite. Pendant cinq siècles, rois, paysans, malades et couples en attente d’enfant y monteront. La Révolution la rasera ; en 1810, les habitants la rebâtiront de leurs mains.

On y viendra.
Chapitre III · 1637

Le roi et Cotignac

En 1637, la reine Anne d’Autriche est mariée à Louis XIII depuis vingt-deux ans. La France attend un héritier qui ne vient pas.

Un religieux augustin, frère Fiacre, reçoit dans la prière une demande de la Vierge : trois neuvaines pour que naisse un dauphin, dont l’une à Notre-Dame de Grâces de Cotignac. Elles s’achèvent le 5 décembre 1637. Neuf mois plus tard, jour pour jour, naît le futur Louis XIV. On l’appellera Louis Dieudonné.

Le 21 février 1660, le jeune roi vient à Cotignac avec sa mère pour remercier la Vierge. Entre-temps, Louis XIII a consacré la France à Marie : Cotignac tient une place à part dans cette histoire.

Ce qui, à un homme du XXIe siècle, ressemble à une anecdote pieuse est en fait l’ancrage historique d’un lieu qui n’a jamais perdu son pouvoir d’attirer les hommes.

Chapitre IV · 1660

« Soulève ce rocher »

À peine quatre mois plus tard, le 7 juin 1660, un berger de vingt-deux ans, Gaspard Ricard, garde son troupeau sur le mont Bessillon, à quelques kilomètres du village. Il est une heure de l’après-midi. La chaleur est écrasante. Couché à terre, il meurt de soif.

Un homme de belle stature apparaît à ses côtés, lui montre un rocher, et lui dit :

« Je suis Joseph, soulève ce rocher et tu boiras. »

La pierre est lourde : le soir même, huit hommes auront du mal à la déplacer. Gaspard hésite. L’homme répète son ordre. Gaspard soulève le rocher. Dessous, une source. Il boit.

Elle coule encore aujourd’hui, au sanctuaire de Saint-Joseph du Bessillon, gardé par des moniales bénédictines. Avec Notre-Dame de Grâces toute proche, Cotignac devient le lieu d’apparition de la Sainte Famille.

Chapitre V · 1976

Un père tient sa promesse

Trois siècles plus tard, à Aix-en-Provence, un jeune père de famille traverse une épreuve : la grossesse de sa femme inquiète les médecins. Il fait une promesse. Si tout se passe bien, il ira à pied jusqu’à Cotignac.

En juin 1976, la petite Emmanuelle naît, et tout se passe bien. En juillet, en pleine canicule, il tient parole. Un ami plus jeune l’accompagne. Ils partent vers l’est avec une simple carte routière et, en chemin, sortent le chapelet. À Notre-Dame de Grâces, sa femme les attend, Emmanuelle dans un couffin.

L’année suivante, il revient avec un autre ami. Puis ils sont cinq ou six. Puis une dizaine chaque année. Puis des centaines.

Un pèlerinage était né.

Aujourd’hui, près de 20 000 hommes marchent chaque année dans le même esprit, sur plus de 80 pèlerinages de pères, en France et à l’étranger. Sans publicité : d’un père à l’autre.

Chapitre VI

L’essaimage

Ce qui a commencé à Cotignac n’est pas resté à Cotignac.

De Vézelay aux Pyrénées, de la Bretagne au Dauphiné, et jusqu’à l’île de La Réunion, des pèlerinages de pères se sont créés, chacun à sa taille et à sa couleur, tous héritiers de la même intuition : un père a besoin de marcher avec d’autres pères, sur ses deux jambes et dans le silence, pour se retrouver et retrouver ce qu’il est venu faire ici-bas.

La formule reste simple : on marche, on parle, on prie. Et un prêtre marche avec le groupe, pour accueillir chacun là où il en est.

Chapitre VII · 2027

Notre place dans cette histoire

Le pèlerinage des pères de famille du diocèse de La Rochelle est né en 2016. Il n’invente rien : il s’inscrit dans un mouvement plus large et plus ancien que lui. En 2026, nous étions 110 sur le chemin, et Sud Ouest en a parlé. En 2027, il y a 300 places.

Nous n’irons pas à Cotignac. Nous marcherons en Charente-Maritime, dans les bocages et les marais de Saintonge, sur les chemins qu’ont foulés avant nous des générations de paroissiens et de curés de campagne. Nous partirons des environs de Saintes. Notre halte, l’École Saint-Louis de Pont-l’Abbé-d’Arnoult. Notre thème, « L’Aventure Chrétienne ».

Mais le geste est le même que celui du jeune père d’Aix, en 1976. Le même que celui de Gaspard Ricard, quand il se penche pour soulever la pierre parce qu’un homme le lui a demandé. Le même que celui de Jean de la Baume, quand il rentre au village raconter ce qu’il a vu.

Marcher. Ensemble. Pour se lever un peu plus haut à l’arrivée qu’au départ.

« Lève-toi, prends ton brancard, et marche. »

Jean 5, 8

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