Une lettre pastorale de Mgr Bozo pour l’année 2026-2027

En ce début d’année pastorale 2026-2027, alors que viennent d’avoir lieu la journée de rentrée diocésaine et la visite du pape Léon XIV en France, Mgr Pierre-Antoine Bozo adresse à tous les catholiques du diocèse une lettre pastorale pour partager ses impressions sur le diocèse, un an après son arrivée, et leur donner orientations et points d’attention.

Découvrez cette lettre, qui sera bientôt distribuée dans les paroisses du diocèse.

Chers frères et sœurs,

Depuis mi-octobre 2025, date à laquelle j’ai été installé comme évêque coadjuteur du diocèse, j’ai pu rencontrer les prêtres, les diacres, les communautés religieuses et les consacrées, arpenter le diocèse en faisant d’abord un tour des doyennés ; puis j’ai commencé des visites pastorales des paroisses, qui continuent cette année, en demeurant environ trois jours dans chacune des paroisses visitées.

J’ai aussi profité de multiples occasions qui m’étaient offertes pour aller célébrer des confirmations, des installations de nouveaux curés, inaugurations d’église après travaux, fêtes patronales, pèlerinages locaux. J’ai eu un bon nombre de rencontres avec les plus jeunes générations, les jeunes professionnels, les étudiants, les scouts, le groupe Béthabara et la Compagnie Secouriste Sainte Barbe à Voiville, le pélé VTT… J’ai pu rencontrer également les différents services diocésains, participer à des rencontres dans les prisons, les hôpitaux. J’ai eu également la grande joie de vivre cet été le pèlerinage diocésain à Lourdes avec les malades, l’hospitalité et les pèlerins valides et le si beau pèlerinage à l’île Madame auprès des prêtres martyrs, le bienheureux Jean-Baptiste Souzy et ses compagnons.

Je rends grâce pour les merveilles que Dieu continue de réaliser dans notre diocèse, pour ce qu’il a permis, même dans une période plus difficile. Dieu est fidèle et soutient son Église en lui assurant toujours les moyens surnaturels de sa mission. Il la conduit par l’Esprit vers le Royaume qui vient.

Merci à tous les artisans de la mission : ministres ordonnés, consacrés, baptisés, qui répondent fidèlement à l’appel du Seigneur, y compris dans les périodes plus éprouvantes.

Je souhaite vous partager quelques impressions suite à ces premiers mois bien denses, une forme de « rapport d’étonnement » comme on dit dans le monde de l’entreprise, et vous donner quelques orientations et points d’attention pour l’année pastorale 2026-2027.

Un premier regard

Mon premier étonnement concerne le nombre de prêtres venus de l’extérieur de notre pays, parfois de très loin. Cela marque notre presbyterium, mais aussi la vie des paroisses. Je voudrais dire ma gratitude à tous les prêtres venus servir dans notre diocèse, dans des lieux parfois bien déchristianisés et peu peuplés, en comparaison des églises si jeunes d’où ils viennent souvent.

Un de nos défis est de mieux accueillir nos frères prêtres étrangers pour leur donner les meilleurs moyens d’accomplir leur mission, en les aidant à épouser notre culture sans renoncer à la richesse de la leur, qu’il nous faut certainement davantage valoriser. Il y a là un chantier auquel une petite équipe va s’atteler.

Cela engendre cependant deux questions. Comment œuvrer à l’unité d’un presbyterium aussi divers et permettre à chacun de s’en sentir pleinement membre ? Faut-il resserrer, privilégier et soigner davantage les liens avec quelques-uns de ces diocèses, sous forme de partenariat, de jumelage ?

Faut-il par ailleurs continuer à nombre équivalent de prêtres, c’est-à-dire environ 90, comme nous sommes actuellement, en faisant appel à de nombreux prêtres fidei donum ? Le découpage paroissial actuel est-il adapté en fonction du nombre de prêtres, des perspectives de renouvellement ? Les prêtres ne sont-ils pas trop isolés dans les paroisses rurales ? Autant de questions que je me pose au fil de ma découverte du diocèse. Je voudrais que nous menions paisiblement et synodalement ce discernement sur le lien paroisse et territoire.

Au terme de bientôt un an de présence, je fais le constat d’un diocèse en ordre de marche, au travail, avec des prêtres et diacres généreux, l’engagement impressionnant de nombreux laïcs et consacrés dans des paroisses qui assurent la réponse aux sollicitations pour les baptêmes, mariages, funérailles, la catéchèse, et qui soignent la fraternité sous toutes ses formes. Je rends grâces pour cela. Et je voudrais vous remercier, tous et chacun, pour ce bel engagement. Votre investissement me stimule dans ma propre mission. Je suis heureux que nous collaborions ensemble et je continue donc de bien compter sur vous.

Deux orientations

1. Je voudrais vous inviter à renouveler votre élan missionnaire, pour sortir de notre « pré carré », ou d’un certain « entre soi », au-delà de l’accueil de ceux qui frappent à nos portes. Initier des projets nouveaux est stimulant, surtout quand, à vue humaine, on a conscience de la fragilité de nos communautés, de nos structures. Trouvez les moyens de rencontrer ceux qui sont loin, ceux qui sont pauvres ou isolés, ceux qui n’ont pas de liens avec nous, pour leur proposer la belle rencontre avec le Seigneur, comme y a invité le Pape Léon XIV lors de son extraordinaire voyage en France.

Dans cette perspective, nous ne devons pas oublier l’important travail mené durant la démarche synodale missionnaire. C’est pourquoi, je voudrais proposer à chaque doyenné de reprendre la lettre adressée par Mgr Colomb dans ce document de 2022, Envois en mission, pour y repérer ce qui est d’actualité, ce qui a été mis en œuvre ou qui pourrait l’être. J’aimerais qu’à partir de ces lettres adressées aux doyennés, chaque paroisse, même si elle a déjà choisi un thème ou une orientation pour l’année, puisse se donner un projet missionnaire simple, concret, évaluable.

Pour aider les paroisses à affiner leur projet, et surtout soutenir celles qui auraient besoin d’aide pour sa mise en œuvre, un « délégué épiscopal à la transformation missionnaire », en cours de recrutement, apportera une méthodologie pour mettre en forme le projet, un appui opérationnel, une mise en lien avec des associations spécialisées.

2. La finalité de la mission n’est pas la survie de l’Église mais la communication, aux hommes et aux femmes qui l’ignorent ou qui le cherchent sans le savoir, de l’amour dont Dieu les aime. Nous ne transmettons ni des slogans, ni de la poudre aux yeux, mais Celui qui nous transforme nous-mêmes, qui donne sens à nos vies, qui nous humanise et nous divinise, c’est à dire Jésus-Christ, qui nous a « aimés et s’est livré » pour nous (cf. Ga 2, 20). « Être missionnaire, c’est laisser déborder son cœur » disait le curé d’Ars. Encore faut-il qu’il soit plein de l’amour de Dieu.

« Fais-toi réservoir avant d’être canal » recommande saint Bernard… Cela se traduit concrètement en développant le goût et l’art de la prière, l’assiduité à la vie sacramentelle, la fréquentation des Écritures, l’adoration eucharistique, le chapelet et toutes les formes de dévotion adaptées aux différentes sensibilités spirituelles. Je vous invite vraiment à vérifier cela dans votre vie et j’encourage nos paroisses à être des écoles de vie dans l’Esprit, des écoles de prière.

Pour trouver un élan commun pour notre diocèse, je vous recommande donc ces deux priorités : travailler à notre enracinement spirituel, à développer l’amitié, le cœur à cœur avec le Seigneur, chercher la face de Dieu donc, se laisser rencontrer par Lui puis… laisser « déborder notre cœur » en partageant au plus grand nombre ce qui nous fait vivre, c’est à dire réveiller le zèle missionnaire, avec les moyens concrets que j’ai indiqués plus haut, à discerner en paroisse.

Cinq points d’attention

1. Les révélations récurrentes d’affaires d’abus sexuels doivent nous garder extrêmement vigilants. Nous devons continuer d’être attentifs à mettre en œuvre toutes les précautions pour que jamais un jeune ou une personne vulnérable, ou sous emprise, n’ait à souffrir et parfois à voir sa vie dévastée par ces crimes ou délits qui, non seulement sont contraires à la loi et au respect de la dignité, mais qui sont la perversion même de l’Évangile, qui place au centre les enfants, car « le Royaume est à ceux qui leur ressemble » (Mt 19, 14).

2. L’attention aux pauvres, aux petits, aux plus vulnérables. Ne lâchons pas cette « option préférentielle » de l’Église. Ne nous satisfaisons pas de ce qui existe et surtout faisons attention, dans nos paroisses à ne pas « externaliser » ou « sous-traiter » l’engagement caritatif à des associations spécialistes. Elles sont nécessaires bien sûr, mais elles ne nous dispensent pas d’une attention et d’un engagement personnels et paroissial. Voit-on que nos paroisses sont accueillantes pour les pauvres, attentives aux anonymes ?

3. L’attention aux jeunes. Le fossé de génération se creuse, qui rend la jeune génération si différente de celle qui remplit majoritairement nos églises. Nous courrons le risque de décrocher, de baisser les bras, de nous déclarer incompétents. Ne renoncez pas à être missionnaires auprès des jeunes. Gardez au cœur l’audace de proposer aux plus jeunes de suivre le Christ dans une vie toute consacrée à son service et la nécessité de prier à cette intention. Soyez attentifs aux propositions du service de la pastorale des jeunes et du service des vocations, appropriez-vous la prière qu’il propose, et récitez la si possible à la fin de chaque messe dominicale…

4. Continuer de soigner l’accompagnement des catéchumènes. Nous en accueillons de plus en plus, avec émerveillement. Ils viennent souvent de loin, par des chemins parfois compliqués. Ils ont une grande soif de Dieu, de sens, de communauté. Cela nous oblige à faire tout notre possible pour répondre à leurs attentes et cela est pour nous un très beau stimulant. C’est toute la communauté paroissiale qui doit se mobiliser pour « faire de la place », confier des missions aux néophytes et leur permettre de se sentir chez eux, chez nous.

5. Continuons de veiller à la mise en œuvre de la synodalité dans toutes les dimensions de notre vie ecclésiale, pour que, dans le respect des vocations et des missions, nous n’étouffions pas l’Esprit, mais qu’ensemble nous discernions ce qu’il dit à notre Église diocésaine, à notre communauté paroissiale et que nous nous sentions responsables de la vie de l’Église.

Je vous assure de ma prière pour chacun, de ma joie de servir avec vous l’Église en Charente-Maritime et à Saint-Pierre-et-Miquelon et vous bénis au nom du Seigneur.

Le 1er octobre 2026, en la fête
de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus,
patronne des missions.

Mgr Pierre-Antoine Bozo
Evêque coadjuteur de La Rochelle