Homélie – 3ᵉ dimanche de Pâques (année A) Luc 24, 13-35 (les disciples d’Emmaüs)
Frères et sœurs, l’Évangile de ce jour nous conduit sur une route, celle qui mène de Jérusalem à Emmaüs. Une route ordinaire, et pourtant elle devient le lieu d’une rencontre extraordinaire. À travers ce récit, c’est aussi notre propre chemin de foi qui est éclairé.
1. Le chemin de la déception: quand l’espérance semble s’effondrer
Ces deux disciples marchent avec un cœur lourd. Ils sont tristes, déçus, abattus. Tout ce qu’ils avaient espéré semble s’être effondré. Jésus, en qui ils avaient mis leur confiance, est mort. Et avec lui, leurs rêves, leur espérance sont disparues. Alors qu’est ce qu’ils ont fait ? Ils quittent Jérusalem (symbole de la présence de Dieu, le centre de la religiosité, l’espérance), ils s’éloignent de ce lieu pour retourner à leur vie d’avant (l’Emmaüs), pour tourner la page car tous ceux qu’ils avaient espérés sont effondrés.
Combien de fois, nous aussi, nous vivons cette situation ? Devant les épreuves, quand tout ce que nous avons espéré n’est pas réalisé, devant les déceptions ou les silences de Dieu, sommes-nous tentés de nous éloigner, d’abandonner, de perdre confiance, de « quitter Jérusalem » intérieurement?
2. La présence discrète du Christ : Dieu marche avec nous
Et pourtant, c’est précisément dans ce moment de découragement que Jésus les rejoint. Il marche avec eux. Mais ils ne le reconnaissent pas. Pourquoi ? Parce qu’ils sont enfermés dans leur tristesse, dans leur vision des événements. Leur tristesse les empêche de voir, leur déception les enferme.
Cela aussi nous parle: souvent, dans le moment difficile de notre vie, nous ne voyons plus la présence de Dieu (dans le deuil, dans la maladie, les problèmes sans issus). Mais le Christ est présent dans nos vies, même quand nous ne le percevons pas. Il marche avec nous dans nos nuits, dans nos doutes, dans nos incompréhensions. Sa présence est discrète, humble, mais elle est bien réelle. Et nous, nous ne voyons pas cette présence, nous ne le reconnaissons, parce que nous sommes enfermés, submergé dans notre déception, dans notre découragement, dans notre souffrance, dans nos problèmes.
3. La lumière de la Parole : comprendre autrement notre histoire
Jésus ne s’impose pas. Il s’approche, il marche avec eux, il écoute, il questionne, il essaie de comprendre. Il accueille leur peine sans les juger. Puis, patiemment, il leur explique les Écritures. Il leur fait comprendre que la croix n’est pas un échec, mais un passage vers la vie.
Et peu à peu, quelque chose change en eux. Leur cœur se remet à brûler. Une lumière renaît dans leur obscurité. Ils diront : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous tandis qu’il nous parlait en chemin ? »
Frères et sœurs, la Parole de Dieu a cette force aujourd’hui encore : elle éclaire nos vies, elle nous aide à relire notre histoire autrement, elle nous permet de découvrir que Dieu agit même dans ce qui nous semble incompréhensible.
4. La reconnaissance dans le partage du pain : l’Eucharistie, lieu de la rencontre
Arrivés au village, les disciples invitent cet inconnu à rester avec eux. Et c’est au moment du repas que tout s’éclaire. Jésus prend le pain, dit la bénédiction, le rompt et le leur donne. Alors leurs yeux s’ouvrent, et ils le reconnaissent.
Ce geste, nous le connaissons bien. C’est celui de l’Eucharistie. Et pour nous aussi, c’est là que le Christ se rend présent. Ce n’est pas seulement un rite, mais une rencontre vivante. Il se donne à nous, il vient nourrir notre foi, il vient rejoindre nos vies concrètes.
5. De la tristesse à la mission : devenir témoins
Et aussitôt, tout change. Les disciples se lèvent. Ils repartent vers Jérusalem, malgré la nuit. Eux qui fuyaient reviennent. Eux qui étaient tristes deviennent enthousiastes et témoins.
Voilà ce que produit la rencontre avec le Christ : elle transforme la peur en courage, la tristesse en joie, le découragement en élan. Rencontrer le Christ ne peut pas nous laisser immobiles. Nous sommes appelés, à notre tour, à nous lever, à avancer, à témoigner, chacun à notre manière, dans notre vie quotidienne.
Frères et sœurs, Cet Évangile nous pose une question simple et profonde : Sur quelle route sommes-nous aujourd’hui ? Peut-être une route de doute, de fatigue ou de perte de sens, de nuit, de déception.
Alors rappelons-nous: Le Christ marche avec nous. Il nous parle dans sa Parole. Il se donne à nous dans l’Eucharistie. Demandons la grâce d’un cœur brûlant, capable de le reconnaître. Et demandons aussi le courage de nous relever, pour devenir, à notre tour, témoins de la Résurrection. Amen.
